Les Brèves

    Comment travaillent les forces de sécurité depuis le Bataclan ?

    Terrorisme

    Un exercice antiterroriste a eu lieu récemment à Joué-lès-Tours pour valider les nouveaux process d’intervention des forces de sécurité et de secours, mis en place suite au drame du Bataclan. Quels sont-ils ? Comment ont été élaborées les nouvelles stratégies ? Réponses avec Stéphane D’Hayer, Directeur Départemental de la Sécurité Publique. propos recueillis par marie deroubaix


    La Tribune Hebdo : Pourquoi un nouveau process d’intervention a-t-il été mis en place ?

    Stéphane D’Hayer : La stratégie n’est pas la même qu’auparavant. Il n’y avait pas de phénomène de tuerie de masse, même si on pouvait se confronter à des prises d’otages, ou même, comme cela a été déjà été le cas à Tours, à un tueur.

    Qu’est-ce qui a changé dans le nouveau process, par rapport au précédent ?

    Stéphane D’Hayer : Avant, le mode opératoire était de mettre en place un périmètre de sécurité, de façon à ce que personne ne rentre dans ce périmètre, puis attendre l’intervention des services spécialisés du type RAID. Toutefois, sur les tueries de masse, on s’est rendu compte que les tueurs tiraient tant qu’ils n’étaient pas pris à partie par des forces de l’ordre. Une fois que c’était le cas, ils se retranchaient dans un lieu, avec ou sans prise d’otages, et ils attendaient l’intervention des services spécialisés de type RAID, mais aussi les médias pour avoir leur heure de gloire. Donc pour éviter qu’il y ait un nombre encore plus important de victimes, la stratégie a changé. Dès lors que l’on est en face de gens qui tirent dans le cadre d’une tuerie de masse, les policiers engagent. C’est-à-dire qu’ils vont répliquer immédiatement face à ces tueurs. Pour cela, on a mis en place des formations, avec actuellement, trois niveaux d’intervention.

    Quels sont-ils ?

    Stéphane D’Hayer : Le premier niveau sont les primo-intervenants, c’est-à-dire la patrouille police secours qui se trouve dans le secteur et qui va engager immédiatement avec des gilets lourds, leurs armes de point, éventuellement des pistolets mitrailleurs... mais pas forcément beaucoup plus de matériel. Ensuite, il y a le deuxième niveau. Ce sont les sections d’intervention et les BAC (ndlr : brigades anti-criminalité). Pour l’agglomération tourangelle, cela correspond à une cinquantaine de policiers formés et équipés d’un niveau 2 avec boucliers balistiques, gilets et casques pare-balles, fusils d’assaut... Ils sont en capacité de se rendre sur place très rapidement, H24. Leur mission est de s’engager immédiatement pour faire en sorte que le tueur se retranche. Une fois que les individus sont retranchés et qu’il n’y a plus de tirs, ils laissent la place à un troisième niveau, constitué des équipes RAID et GIGN (ndlr : groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale).

    À côté de cela, on a d’autres unités, à savoir les CRS (ndlr : compagnies républicaines de sécurité), formés en deuxième niveau, et également là pour aller chercher les victimes en zone d’exclusion (ndlr : zone la plus sensible) et éviter qu’elles n’attendent trop longtemps d’être secourues. Nous avons aussi des pompiers désormais équipés pour aller chercher des blessés, non pas en zone d’exclusion, mais au plus loin, en relai avec les CRS.

    Combien de primo-intervenants peuvent-être rapidement sur place ?

    Stéphane D’Hayer : On peut facilement aligner une douzaine de primo-intervenants en 5-10 minutes, et dans le quart d’heure 30 à 50.

    Une réflexion sur la sécurisation de sites sensibles a-t-elle été menée à Tours ?

    Stéphane D’Hayer : Oui, on travaille en amont sur les sites sensibles de Tours, comme les salles de spectacles, et lors d’événements comme cela a été le cas pour la braderie de Tours. Des plans d’intervention sont prédéfinis. Mais évidemment, tout plan mérite d’être adapté à la réalité du terrain, au moment donné. 

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