Les Brèves

    « Il y a une très grande pénurie, c’est dramatique »

    Dons de gamètes

    Chaque année, des milliers de nouveaux couples souffrant d’une infertilité médicale s’inscrivent dans un centre spécialisé pour espérer bénéficier d’un don de gamètes. Mais le manque de donneurs et de donneuses se fait ressentir. La Région Centre-Val de Loire n’échappe pas à ce phénomène. Reportage. marie deroubaix

    En Centre-Val de Loire, 20 donneuses et 14 donneurs ont permis la naissance de 82 enfants, en 2015. Tours est la seule ville de la région disposant d’un centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS) accueillant ces donneurs. Mais ils sont beaucoup moins nombreux que les couples en attente d’un don. « Pour les dons de spermatozoïdes, il y a 15 mois de délai d’attente », explique Cynthia Frapsauce, praticien hospitalier et biologiste au CECOS du CHU de Tours. La moyenne nationale, elle, varie entre 12 à 18 mois. Pour les dons d’ovocytes, ça se complique : « Aujourd’hui, à Tours, nous avons 180 couples en attente d’un don d’ovocytes. Il y a environ quatre ans de délai d’attente pour en bénéficier. Nous sommes en train de proposer des dons d’ovocytes aux couples qui se sont inscrits en 2013. Il y a une très grande pénurie, c’est dramatique. » La France a toutefois cherché, en janvier 2016, à augmenter le nombre de donneurs et de donneuses en ouvrant la démarche aux personnes n’ayant pas procréé. « Ça a bien marché pour le don de spermes puisqu’on a eu une augmentation d’environ un tiers du nombre de donneurs, qui continue encore aujourd’hui. Par contre pour les donneuses, ça a bien fonctionné en 2016, mais désormais il y a un essoufflement », regrette Cynthia Frapsauce. Et pour cause, le traitement hormonal à prendre pour faire le don de ses ovocytes est « très lourd. On leur fait des injections d’hormones quotidiennes à heure fixe pendant une dizaine de jours. Cela nécessite une surveillance, par des prises de sang et des échographies, tous les deux jours pendant la durée du traitement. Ensuite, il y a la ponction d’ovocytes, qui est une petite chirurgie se réalisant sous anesthésie locale ou générale », énumère la biologiste.

    « Il ne peut pas y avoir plus de 10 naissances par donneur. » Dr Cynthia Frapsauce

    Quels moteurs pour les donneurs ?

    En France, le don est anonyme et sans compensation financière. L’altruisme est donc la principale motivation des donneurs. Par ailleurs, certains ont été sensibilisés au problème de l’infertilité par un couple de leur entourage en difficulté pour procréer. Ils sont plus de la moitié des femmes (53 %) et des hommes (57 %) à s’être portés candidats au don dans ce cas là. Se constituer donneur, peut, dans certains cas, faire avancer le processus pour un couple de son entourage en demande. Mais cette pratique est très controversée, comme le dévoile Cynthia Frapsauce : « Le récent guide des bonnes pratiques ne recommande pas d’y avoir recours. Mais cela se fait dans beaucoup de centres parce que ça favorise vraiment les dons. » Parmi les freins et les inquiétudes chez de potentiels donneurs, on retrouve la probabilité que leur enfant puisse tomber amoureux d’un hypothétique enfant né de leur don : « En théorie, on ne peut pas l’exclure, mais la probabilité est extrêmement faible. Cela relèverait presque du domaine de la fiction. » Autre point essentiel, en France, la loi limite le nombre d’enfants par donneur. « Il ne peut pas y avoir plus de 10 naissances par donneur », insiste Cynthia Frapsauce. Rien à voir avec le film Starbuck… 

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    • À savoir

      Quelles conditions pour donner ?

      Il faut être en bonne santé, avoir entre 18 et 37 ans pour les femmes et entre 18 et 45 ans pour les hommes. Trois grands principes régissent le don de gamètes : l’anonymat, la gratuité et le libre consentement. Pour les personnes en couple, le consentement du conjoint(e) est obligatoire.

      Quelles conditions pour recevoir ?

      Selon la loi française, le don d’ovocytes et le don de spermatozoïdes sont destinés à des couples composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer, mais qui n’arrivent pas à avoir d’enfant. Le don vise alors à remédier à l’infertilité de l’homme ou de la femme qui a été diagnostiquée par des médecins spécialisés. Dans certains cas, les dons d’ovocytes ou de spermatozoïdes peuvent bénéficier à des couples pour lesquels il existe un risque de transmission d’une maladie génétique grave à leurs enfants.

      Le détail des chiffres dans la région

      - 20 donneuses ont permis à 28 couples de bénéficier d’un don d’ovocytes permettant la naissance de 19 enfants, en 2015.

      - 14 donneurs ont permis à 93 couples de bénéficier d’un don de spermatozoïdes permettant la naissance de 63 enfants, en 2015.

      Où trouver un centre de dons ?

      CHRU Bretonneau – service de médecine et biologie de la reproduction – CECOS, 2 boulevard Tonnellé, à Tours.