Les Brèves

    Quel est le nouveau visage de la prostitution ?

    Indre-et-Loire

    En Indre-et-Loire, comme ailleurs en France, le développement de la prostitution inquiète. Une commission de lutte contre ce phénomène a été mise en place le 22 décembre dernier dans le département, sous la présidence de la préfète, Corinne Orzechowski. Quelles sont ses missions ? Quel est le nouveau visage de la prostitution ? Le phénomène est-il en augmentation ? Réponses.

    Marie Deroubaix

    S’il est très difficile de chiffrer exactement le nombre de personnes qui se prostituent, pour Nadine Lorin il est en tout cas certain que le phénomène ne faiblit pas. Pire, la prostitution concernerait de plus en plus les mineurs, qui la banalisent. Pour la déléguée départementale aux droits des femmes et des inégalités, à la tête du pilotage de la nouvelle commission de lutte contre la prostitution, « la libéralisation de la pornographie » pourrait en être l’une des causes. « La référence au corps de l’autre y est dégradée. Les femmes dans les films pornographiques sont considérées comme des objets sexuels pur jus. Cela déteint sur les relations garçons/filles à l’adolescence. La notion de consentement semble être en train de se perdre. » Les autres terreaux favorables à la banalisation de la prostitution seraient l’image de la femme dans la publicité : « On se sert du corps de la femme pour sublimer des produits », s’indigne Nadine Lorin, qui regrette également « la société à domination masculine » dans laquelle nous continuons de vivre. L’une des missions de la nouvelle commission départementale de lutte contre la prostitution est ainsi de travailler sur ces problématiques pour que la marchandisation de la sexualité ne soit pas prise à la légère par la société. L’idée est également de mettre en place un accès à des parcours de sortie de la prostitution, ce qui n’ « est pas une mince affaire », insiste Nadine Lorin. En effet, il faut pour les victimes de la prostitution qui veulent en sortir, « accepter dans un premier temps de ne pas gagner sa vie ».

    De nouvelles formes de prostitution

    En Indre-et-Loire, grâce à une étude qui a été menée, 252 hommes et femmes ont été recensés comme des personnes se prostituant, dont 14 mineurs. Parmi ces personnes, 84 ont été repérées sur un grand réseau Internet. Mais Nadine Lorin précise que ces statistiques reposent sur seulement 25 % de réponses des réseaux locaux de lutte contre les violences faites aux femmes. Ainsi, on pourrait penser que ce résultat pourrait être multiplié par deux... En effet, aujourd’hui, et c’est là toute la complexité pour les quatorze membres de la commission de lutte d’Indre-et-Loire, « la prostitution prend des formes extrêmement diverses et variées. » Si le recul de la prostitution diurne est notable, on assiste au contraire au développement de la prostitution sur Internet, ou dans des lieux et espaces fermés avec séquestration et mobilité des prostitués (sex tour). Si certains hommes ou femmes se prostituent sans être sous la coupelle d’un proxénète de prime abord, Nadine Lorin précise qu’il ne s’agit jamais d’un acte anodin : « Les personnes sont généralement détruites par les actes de la prostitution. Ce sont souvent des personnes qui souffrent de dissociation : la tête est ailleurs pendant que le corps est manipulé. » Il faut aussi avoir conscience que « les personnes se prostituant seules peuvent très vite être repérées par les réseaux de prostitution, être forcées à en intégrer un et ne plus pouvoir en ressortir à cause des menaces subies. »

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