Les Brèves

  • La Gabare, késako ?

    Une Gabare est égale à un Euro. Cette monnaie n’a pas pour but de remplacer l’Euro, elle est simplement « complémentaire », insiste Julien Gangneux. Les deux moyens de paiement peuvent se combiner. Elle est autorisée par la loi Hamon 2014 et sa valeur est garantie par la NEF, un établissement financier éthique où sont déposés les euros confiés à l’association contre des Gabares. Cette banque permet de financer de nombreux projets à valeur sociale ou écologique sur notre territoire. 

La Gabare ne chavire pas !

Économie

La gabare est un bateau à fond plat qui permet des échanges commerciaux par la voie fluviale. Mais ce n’est pas qu’un moyen de transport doux, c’est aussi la monnaie locale de Touraine. « Comme le bateau, la Gabare est un moyen d’échanges doux », où le respect de l’humain et de l’environnement est au cœur des transactions. Tous les détails avec Julien Gangneux, membre de l’association Les planches à Gabare.

Marie Deroubaix 

La Gabare est « l’une des monnaies locales qui se développe le plus vite en France ». Julien Gangneux, membre actif de l’association Les planches à Gabare, n’est pas peu fier du développement de cette monnaie locale de Touraine. Lancée il y a plus d’un an et trois mois, la Gabare compte aujourd’hui plus de 3 000 utilisateurs et 215 adhérents professionnels. La motivation première de ses usagers est d’« agir pour le développement de l’activité économique locale », résume le bénévole. Si les euros terminent généralement rapidement leur course à la banque, la Gabare au contraire va circuler pour aller chez un autre prestataire membre du réseau. Ainsi, en générale, une valeur de monnaie locale fait huit rebonds avant d’être échangée en euros pour retourner à la banque. Mais attention, seuls les professionnels peuvent les rééchanger en euros. Les particuliers ne doivent pas trop tarder à faire flamber leurs billets puisqu’ils ont une validité limitée dans le temps. Au bout de douze mois, ils périment ! Le particulier doit alors se rendre dans un des seize comptoirs d’échanges de Touraine pour les transformer en billets valides, grâce à un timbre qui coûtera 2 % de la valeur du billet. « Le but d’une monnaie n’est pas de rester dans un placard. Ce système de péremption est fait pour inciter à l’utilisation et éviter la spéculation », détaille Julien Gangneux. Ce dernier point est cher au jeune homme : « Les banques inventent l’argent par les prêts. Plus on fait circuler de l’argent sur un compte bancaire, plus la banque peut créer de la monnaie fictive. Mais pourquoi, si l’argent est inventé, laisse t-on dormir les gens dehors ? », s’indigne-t-il. Très investi dans l’association, il a intégré 125 professionnels dans le réseau, soit plus de la moitié : « c’est gratifiant de pouvoir faire entrer en contact les acteurs économiques du territoire ». Il se souvient notamment de l’Oxford Pub qui se fournit désormais à La Boutique Cafés, contre une grande chaîne auparavant. « Le goût de son café n’est plus du tout le même, et pour rien au monde il ne rechangerait de fournisseur ! », s’extasie-t-il. Et ce n’est pas tout, pour le shampouinage de ses moquettes, l’Oxford Pub se tourne vers Éco-Logis, une société de nettoyage écologique à Tours, et fait imprimer ses cartes de visite à La Graffinerie de Nazelles-Negron. Le tout payé en... Gabares ! De quoi créer une belle économie circulaire. Plus de 68 000 Gabares ont été échangées depuis le lancement de cette monnaie, et actuellement elles sont environ 35 000 en circulation, « avec une croissance forte de 10 % par mois ». La différence entre le nombre de Gabares en circulation actuellement et celles échangées depuis le début s’explique par la conversion de certains professionnels de leurs Gabares récoltées en euros : « avec seulement 50 % de rééchange, c’est un bon ratio. Cela veut dire que les 50 % autres arrivent à les réutiliser », se réjouit le bénévole.

Une monnaie locale pour plus de lien social ?

En plus de relocaliser les échanges économiques, une monnaie locale peut aussi avoir pour objectif de créer plus de lien social entre les acteurs d’un même territoire. La Gabare en fait partie. Elle est tournée, selon ses créateurs, « vers le respect des êtres humains et de la nature ». Pour faire partie du réseau de prestataires adhérents, il faut respecter les mêmes valeurs éthiques de l’association, inscrites dans une charte. « Si vous vendez des pesticides ou des armes à feu, vous ne pourrez pas faire partie du réseau », cite en exemple Julien Gangneux. La Gabare veut redonner du sens à nos achats : « Elle incite les personnes à revoir leurs modes de consommation actuels », insiste le bénévole. Elle permet d’élargir ses horizons, de se questionner sur sa façon de penser le monde, « plutôt que de se laisser enfermer dans des dogmes économiques », peut-on lire sur le dépliant de l’association. Une monnaie locale est ainsi un moyen de sortir de la complexité des flux financiers, et de ses faiblesses. Les monnaies alternatives ont d’ailleurs connu une montée en puissance à la suite du krach boursier de 2008. Cela rejoint la volonté de combattre la finance toxique, en écartant chaque euro échangé en monnaie locale des circuits financiers spéculatifs et des paradis fiscaux. La Gabare crée ainsi du sens, et devient un véritable outil identitaire et de revendication d’un territoire, à savoir La Touraine. ?

La carte des prestataires acceptant la Gabare et la liste des comptoirs d’échanges où s’en procurer sont visibles sur le site Internet www.gabare.mlc.camp.

Les Brèves

  • La Gabare en chiffres

    35 000 Gabares sont actuellement en circulation.

    3 000 personnes l’utilisent.

    215 professionnels adhèrent au réseau, pour un total de 300 lieux d’acceptation.