Les Brèves

    « L’orientation par défaut sévit encore »

    Interview

    Quelles formations régionales débouchent facilement vers l’emploi ? Qu’est-ce qui pèche dans l’orientation des jeunes Tourangeaux ? Cathy Münsch-Masset, vice-présidente du Conseil régional déléguée à l’éducation et à l’apprentissage, nous donne des clefs pour comprendre ce qui se passe en termes de formation sur notre territoire.

    Claire Seznec

    Comment se porte la formation dans l’Indre-et-Loire ?

    Chaque année, les élus de la Région et le rectorat de l’académie d’Orléans-Tours travaillent sur une carte des formations conçue sur toute la formation initiale (lire p.8-9). Le territoire est assez pourvu en formation, surtout dans l’Indre-et-Loire et le Loiret. Ces deux départements concentrent une offre de formations concrètes pour beaucoup de jeunes. Globalement, on constate que les premiers niveaux de formations (CAP, BEP, baccalauréats) attirent un public de proximité mais aussi que les métiers de demain, notamment liés au numérique et au tourisme, intéressent.

    Quelles sont les filières porteuses d’emploi ?

    Le tourisme, bien évidemment, car c’est le fleuron du Centre-Val de Loire. Le potentiel est important en hôtellerie comme en restauration et il existe des baccalauréats professionnels, des DUT, des BTS, des diplômes à bac+5… Suivent le transport et la logistique, le service à la personne car il n’y a pas assez de personnel qualifié et la population vieillit, et enfin l’industrie aéronautique, cosmétologique et agroalimentaire.

    Pourtant, on dit que l’industrie n’attire pas…

    Elle a du mal à recruter durablement alors qu’elle structure l’économie de la région. Malheureusement, l’industrie garde une image populaire à la Zola avec de la saleté et du bruit. Pourtant, l’usine d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’il y a quarante ans. On y utilise beaucoup le numérique. Ce décalage entre l’image et la réalité est parfois complexe à atténuer dans les esprits.

    Comment faire pour changer la donne ?

    Il faut faire du circuit-court : les structures de formation doivent entendre les besoins des entreprises du territoire. C’est d’ailleurs ce qu’on fait avec le Campus tourisme et art de vivre, le Campus mécatronique et le Campus en cosmétologie. Il faut également mieux communiquer sur les métiers. Pour ça, les futurs salons d’orientation devraient être dotés de casques de réalité virtuelle pour voir et comprendre le concret derrière les noms des diplômes proposés.

    Tout ne passerait donc que par la communication ?

    Non. Dans la région, des labels devraient être décernés à certaines formations aéronautiques, comme un baccalauréat professionnel en chaudronnerie aéronautique, à Vierzon, à Châteauroux et encore à Loches. L’idée est de rendre attrayant le domaine de l’industrie.

    Qu’existe-il d’autre, comme filières demandées ?

    Bien évidemment, il y a la fac avec sa multitude de formations proposées. Mais dans l’Indre-et-Loire, comme dans le Loiret d’ailleurs, il y a des filières de niche comme de l’imprimerie numérique à Tours et de l’ébénisterie à Orléans. Certaines sont en apprentissage.

    D’ailleurs, comment se positionne la Région face à la future réforme de l’apprentissage ?

    La concertation est en cours. Mais la Région Centre-Val de Loire s’oppose à ce que les branches professionnelles gèrent les formations en apprentissage. Ces dernières pourraient devenir disparates sur le territoire et il y aurait une fracture dans l’égalité des chances. Comme pour l’orientation, l’apprentissage doit être porté par tous les acteurs confondus (Région, Éducation nationale, écoles, entreprises…).

    Qu’en est-il, aujourd’hui, de l’apprentissage dans la région ?

    Entre 2012 et 2014, il y a eu une baisse des contrats en apprentissage liée à la crise économique. On était passé de 20 000 à moins de 18 000 apprentis dans la région. Mais depuis trois rentrées scolaires, la tendance repart à la hausse. Chaque année, des places s’ouvrent. L’objectif est d’arriver à 23 000 apprentis en Centre-Val de Loire en 2022.

    Et après, qu’en est-il du taux d’insertion ?

    Les filières professionnelles sont plus accessibles et demandées par rapport à quelques années auparavant. Dans l’Indre-et-Loire, environ 75 % des apprentis trouvent un emploi. Plus précisément, dans l’artisanat, on atteint tout de même 70 %, y compris avec un niveau CAP. L’objectif ? L’accès à un premier niveau de qualification pour tous car sans ça, le jeune augmente son risque d’être au chômage de 20 %. Pour ça, il faut continuer à réduire le décrochage scolaire en amont.

    Ce qui veut dire qu’il a diminué ?

    Oui, environ de 50 % depuis cinq ans. Malheureusement, l’orientation par défaut sévit encore. Dans la région, deux dispositifs existent pour repérer, suivre et proposer des solutions aux décrocheurs : « Assure ta rentrée », depuis huit ans, qui recense toutes les places disponibles en formation pour les jeunes sans solution ni inscription ; et « Assure ton année », qui propose des stages en entreprises aux jeunes sans solution afin d’éviter une année blanche.

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