Les Brèves

    UNE ÉTUDE PRÉCURSEUSE SUR LE STRESS POST TRAUMATIQUE

    CHU DE TOURS 

    Un professeur de psychiatrie tourangeau pilote actuellement une étude pour apaiser le stress post traumatique grâce à la diffusion d’ondes magnétiques dans une région frontale du cerveau. Tout le détail sur cette étude précurseuse pour la France. Marie Olympe Deroubaix 

    « Dans les thérapies de traitement du stress post traumatique, on a souvent recours à une thérapie d’exposition, où le patient fait face à ce qui lui fait peur. En effet, plus on se confronte à sa peur, plus on la domine, mais parfois c’est difficile. Pour faciliter ce processus d’exposition, le patient peut avoir recours à des consultations spécialisées, des médicaments, mais aussi, à de la stimulation physique comme c’est le cas pour cette étude », détaille Wissam El Hage, psychiatre, professeur de psychiatrie et psychothérapeute à Tours. À la clinique psychiatrique universitaire du CHU de Tours, le médecin expérimente sa nouvelle technique basée sur une stimulation magnétique transcrânienne. 30 patients sur 60 ont déjà été recrutés. Tous ont vécu une épreuve traumatisante. Certains patients sont des victimes du Bataclan. Mais les attentats ne représentent pas la majorité des épreuves qu’ont vécu ses patients : « Dans la vie civile les agressions physiques, les agressions sexuelles et les accidents divers, notamment de la route, sont les plus grands pourvoyeurs de troubles stress post traumatique », indique Wissam El Hage. Ces troubles sont handicapants pour vivre une vie normale. Ils font ressentir à la victime de la colère, de la honte et/ou de l’angoisse. Pendant le stress post traumatique, il est constaté « une hyperactivation de l’amygdale, une zone émotionnelle profonde, et un défaut de contrôle du cortex dorsolatéral frontal », explique le professeur. L’idée est donc de stimuler via des ondes magnétiques cette région frontale du cerveau, sorte de « tour de contrôle », qui va ensuite envoyer un signal d’apaisement sur les régions émotionnelles suractivées. Mais ce n’est pas tout. Pendant la séance, le patient doit lire un texte, qu’il a écrit au préalable, racontant son histoire traumatique. Chaque sujet participant à l’étude doit venir quatre fois par semaine, deux semaines de suite. Chaque séance dure 25 minutes. Ensuite, l’état du sujet est évalué un mois puis trois mois après. « Certains patients nous disent déjà qu’avant le traitement, ils étaient obsédés par leur souvenir traumatique. Ils n’arrivaient pas à s’en débarrasser, alors qu’après le traitement, s’ils essaient de s’en rappeler il faut qu’ils aillent chercher le souvenir dans leur mémoire », confie Wissam El Hage. Mais attention, « ce n’est pas parce que vous avez modifié un souvenir que tous les problèmes sont réglés ». L’idée n’est pas d’effacer l’histoire personnelle d’une personne, comme dans le célèbre film de Michel Gondry « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » : « Une personne qui a été victime d’un viol, elle sera toujours victime d’un viol. Mais plutôt qu’être obsédée par le cauchemar de ce qu’elle a vécu, elle peut peut-être apprendre à vivre avec. »

    Une deuxième étude avec une « stimulation à courant continu »

    Une deuxième étude sur la gestion du stress post traumatique est également menée par Wissam El Hage. Mais celle-ci n’est pas monocentrique puisqu’en plus de Tours, elle implique Poitiers, Angers, Nantes et Rennes. Le dispositif n’est pas le même, puisqu’à la place d’une stimulation magnétique transcrânienne, les patients portent sur la tête un casque équipé de deux électrodes : « On fait circuler un courant très faible entre ces deux électrodes pour stimuler la région frontale du cerveau », souligne le spécialiste. Le protocole est testé à l’hôpital de Bretonneau. Il nécessite l’utilisation d’un appareil d’une valeur de 12 000 euros, alors que pour l’autre étude l’appareil est beaucoup plus cher, « de l’ordre de 80 000 euros ». C’est également un appareil plus léger. Les séances (deux par jour) se font sur cinq jours consécutifs. Pour cette étude, là aussi, la particularité réside dans le fait que le sujet doit lire son histoire traumatique pendant la séance. Le recrutement des patients est toujours en cours.

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