Les Brèves

  • SIX CHERCHEURS POUR UN PROJET


    Le projet de recherches mené par Jean-François Dumas se déroule à l’Université de Tours depuis le début de l’année. Cinq autres personnes travaillent avec lui : Nastaran Ahmad Pour, une étudiante en thèse qui réalise la majorité des expérimentations en laboratoire ; Michel Pinault, ingénieur d’études ; Carine Maheo et Stéphane Servais, deux enseignants-chercheurs à Tours ; et Cyrille Guimares, un technicien.

« CERTAINES CELLULES CANCÉREUSES RÉSISTENT À LA CHIMIO »

Jean-François Dumas, enseignant-chercheur à l’Université de Tours

Chaque année, le cancer du sein touche plus de 54 000 nouvelles personnes.

La recherche sur ce sujet est multiple. À Tours, Jean-François Dumas s’intéresse à la résistance de certaines cellules cancéreuses lors de la chimiothérapie.

Le but ? Trouver, à terme, des molécules pour éviter ce problème. claire seznec

Dans les laboratoires de l’Université de Tours, vous faites des recherches sur le cancer du sein. Comment êtes-vous arrivé à ce sujet ?

Le cancer reste aujourd’hui une maladie grave dont beaucoup de personnes décèdent. C’est une maladie très compliquée... Avec ma formation de biochimiste et ma thèse sur le métabolisme énergétique de la mitochondrie, l’usine énergétique de la cellule, j’ai voulu apporter ma petite pierre à l’édifice. Depuis 2012, je travaille sur le cancer du sein. Ce qui m’intéresse, c’est le rôle de la fameuse mitochondrie dans le phénomène de résistance à la chimiothérapie.

Qu’est-ce que la résistance à la chimiothérapie ?

Il existe plusieurs traitements au cancer du sein. Parfois, après la chirurgie, pour limiter le risque de récidive du cancer, ou avant la chirurgie, pour réduire la taille de la tumeur, il faut faire de la chimiothérapie. Elle tue les cellules cancéreuses mammaires. Malheureusement, toutes n’y répondent pas et certaines résistent. On essaie de comprendre pourquoi.

Avez-vous déjà une hypothèse ?

Actuellement, il semble que les cellules résistantes soient capables de s’adapter, au niveau métabolique, à la chimiothérapie. Elles peuvent produire de l’énergie différemment et ne pas mourir. Notre grande interrogation est de savoir si la mitochondrie, qui est la principale source d’énergie cellulaire, participe à cette résistance. Pour le savoir, nous travaillons sur ce qu’on appelle les cardiolipines.

« On est loin de régler le problème de résistance à la chimiothérapie »

En quoi étudier les cardiolipines peut-il faire avancer vos recherches ?

Ce sont des lipides présents naturellement et exclusivement dans les mitochondries. Ils servent à structurer la mitochondrie et ils ont un rôle à la fois dans la production d’énergie et dans la mort cellulaire. C’est donc un élément central et, de part son rôle, ces cardiolipines pourraient avoir un impact important dans la résistance des cellules cancéreuses à la chimiothérapie. Et, effectivement, nous avons observé que des cellules cancéreuses qui répondent bien à la chimiothérapie ont plus de cardiolipines que les autres. Évidemment, il s’agit de recherche fondamentale et il faut maintenant réaliser plus d’expériences dans les laboratoires.

Finalement, quel est votre objectif ?

Nous avons commencé à étudier le sujet en janvier dernier, c’est donc récent. Le but de tout ce travail est de comprendre si et comment les cardiolipines peuvent être liées à la résistance des cellules cancéreuses mammaires à la chimiothérapie. Ce projet est entièrement financé par la fondation ARC pour la recherche sur le cancer, soit 50 000 € pour deux ans. Sans cette aide financière, il nous aurait été impossible de commencer le projet.

Vos recherches pourront-elles améliorer la prise en charge des patients atteints du cancer du sein ?

On l’espère ! C’est une étape indispensable pour la suite. Aujourd’hui, on ne sait pas moduler la quantité de cardiolipines. À terme, il faudrait trouver des molécules jouant sur leur augmentation ou leur diminution. Mais avant ça, vingt ans peuvent passer. On est loin de régler le problème de résistance à la chimiothérapie.

Est-ce que ces recherches seront utilisables pour d’autres types de cancers ?

Oui, en théorie nous pouvons envisager que ce soit applicable à tous les cancers où la doxorubicine est utilisée comme traitement et ceux où le métabolisme des cellules cancéreuses change en réponse à la chimiothérapie. Parallèlement, nous avons obtenu par le biais du Cancéropôle Grand Ouest (Centre-Val de Loire, Pays de la Loire et Bretagne), un financement des trois Régions pour initier une recherche sur le rôle de la mitochondrie, notamment, dans l’agressivité de différents cancers. Cela dit, toutes les cellules peuvent ne pas réagir de la même manière. Ça peut être encore plus complexe qu’il n’y paraît.

Y a-t-il d’autres leviers pour avancer dans la recherche sur le cancer ?

Oui, il n’y a pas que la biologie. Les questions du dépistage, de l’acceptation de la maladie et de la manière dont le patient la vit sont tout aussi importantes. Il est certain que parler de la recherche scientifique peut permettre aux personnes touchées d’être sensibilisées. C’est toujours pareil : grâce à la communication, la population prend conscience de la réalité des cancers. Ça favorise le dépistage et, en théorie, plus on dépiste tôt un cancer du sein, mieux ce sera pour le ou

la patiente. 

Les Brèves