Les Brèves

  • CV

    1952 

    né à Angers

    17 octobre 2018

    performance en gare de Tours

    Fin 2019

    publication d’un livre sur ses 45 ans de création

DOMINIQUE SPIESSERT GRANDEUR NATURE

Depuis quarante-cinq ans, ce Tourangeau peint des toiles, des feuilles, des disques, des plats à tartes, des murs. Ses dessins nous embarquent souvent, sans qu’on le sache, dans son enfance circassienne. Rencontre dans son atelier. Claire Seznec

À côté des Halles, dans l’entresol d’un cabinet d’architecture, les murs sont recouverts de couleurs et de formes animales, humaines, voire hybrides, et végétales. Il semble y en avoir partout ; d’ailleurs, un dessin au trait noir orne même une porte, un peu en contrebas. Au cœur de cet étrange lieu, Dominique Spiessert s’affaire, peinturlure, croque, bidouille des logiciels de montage photo. Depuis quarante-cinq ans, il s’amuse à créer, son imagination guidant sa main. « C’est un jeu, il faut jouer avec la création, affirme-t-il en farfouillant dans les feuilles dessinées posées verticalement à même le sol. J’aime faire ça, c’est mon vocabulaire. » Dans son monde d’images intemporels et primales, l’Amérique latine et l’Afrique semblent nous inviter au voyage... Mais si les civilisations anciennes ont toujours intéressé Dominique Spiessert, elles ne sont pas sa principale influence. « Il y a tout un tas d’influences, confie-t-il. Avec le temps, ça se mélange avec son style à soi. »

De caravanes en ateliers

En se penchant sur ses œuvres, l’une des influences les plus présentes dans le travail de création de Spiessert semble être l’univers du cirque. Drôle de coïncidence : jusqu’à ses sept ans, l’âge d’entrer à l’école, le petit Dominique a vécu une « vie de caravane » avec sa famille dans le célèbre cirque Pinder. Son arrière-arrière-grand-père était montreur d’ours ; son propre grand-père a acheté le fameux cirque en 1927. Chacune de ses journées circassiennes, Dominique Spiessert a joué avec des gamins de tous les pays, parlant dans toutes les langues. Alors une fois la blouse grise de l’école primaire mise sur ses épaules, il s’est réfugié dans le dessin. « Je ne parlais pas trop aux autres enfants, je voulais juste aller au cirque », se souvient-il plus de cinquante ans plus tard. À n’en point douter, le gamin s’est accroché à ses dessins de monstres antiques et ses reproductions de Tintin pour garder un pied dans l’artistique. Ce stratagème inconscient a porté ses fruits même si, décidément, s’installer à une table de classe n’a jamais été évident pour Dominique Spiessert. Pendant ses études aux Beaux-Arts de Tours, il a préféré suivre des cours de théâtre. « J’allais en cours, mais bon... », sourit-t-il avec un brin de malice. Depuis, il a exposé un peu partout, dont Tokyo, Paris et Tours. Mais « faire que de l’exposition », ça n’intéresse pas du tout le peintre touche-à-tout. Loin de s’emprisonner dans un carcan artistique et dans un style immuable, il vogue sans cesse vers les « dessins à la con » qu’il conserve dans une boîte noire, la décoration d’objets et vers l’art mural.

« La spéculation du marché de l’art, ça nuit à la culture »

La création théâtrale

Être artiste aujourd’hui n’apparaît pas évident. « C’est difficile de s’en sortir financièrement, admet le peintre tourangeau. Les gens manquent de fric, alors il n’y a que les artistes bankables qui sont sur le marché de l’art. Ils deviennent des stars. C’est un peu pervers. » Certes, Spiessert ne joue pas dans la même catégorie que Banksy. Il n’aimerait pas vraiment ça. Pourtant, lui aussi peint sur les murs. Mais légalement. Ce sont même des commandes d’hôpitaux, d’écoles, d’associations. À Tours, il a décoré de ses traits un pan du Jardin botanique pour l’association Aides ainsi qu’une vitre de la fac de droit, pour le Printemps des poètes. « Ce qui est bien, c’est la rapidité dans la peinture, souligne l’artiste. C’est comme au théâtre. T’as le trac et une fois que tu es lancé, ça va. » Mercredi prochain, il va d’ailleurs se lancer dans une performance sur verre, en direct, à la gare de Tours, entouré par des danseurs hip-hop, rythmé par de la musique. Pour l’heure, il n’a pas esquissé de maquette, de croquis préparatif. L’ambiance doit générer l’œuvre picturale, s’adapter aux usagers du train et de la rue. « Rester soi sans choquer de trop », précise Dominique Spiessert. C’est certain, sur la gare tourangelle, on ne verra pas « de femmes à poil qui dansent » ni de dessins trop personnels. On pourra tout de même suivre les lignes noires ou bleues de la future œuvre, sans doute brute, animale, primale. Mais ce dont il rêve ? Peindre un éléphant, de chair et d’os ou grandeur nature, conçu de plâtre... 

Les Brèves

  • DIESEL, LA GRANDE HYPOCRISIE

    La mairie de Paris a lancé un sacré pavé dans la mare en mettant en place les vignettes Crit’Air. Une initiative qui, finalement, aura eu pour effet de faire peur aux futurs propriétaires, craignant une généralisation de la mesure à d’autres métropoles.

    Mais concrètement, à qui profite la vignette ? Pour ceux qui n’ont pas les moyens de changer de véhicules, le problème est simple : espérer que d’autres ne franchissent pas le pas. Et si par obligation, ils doivent se rendre dans la capitale, la SNCF leur tend les bras !

    Pour ceux qui envisagent le changement – et ils sont nombreux – l’hybride ou l’électrique sont-elles des options viables ? Pour ce qui est de l’électrique, compte tenu du coût d’achat malgré la prime gouvernementale (1 000 à 2 000 € selon vos revenus), on est dans le domaine de la marginalité. Pour l’hybride... Il y a certes quelques avantages mécaniques, une consommation plus faible, mais le prix, lui, n’a pas connu la même pente descendante. Exclue de la prime, l’hybride est même la grande perdante des arbitrages financiers de l’État.

    Alors ? Eh bien, vive l’essence ! Même si le moteur se fatigue plus vite et que le volume de CO2 est plus important que les derniers véhicules diesel, peu importe ! Pour les rouleurs

    (+ de 20 000 km/an), le diesel restera, même avec l’augmentation du prix à la pompe, le véhicule le plus rentable et le plus écologique des véhicules accessibles financièrement. Et ce sont ses performances (15 % de carburant en moins comparativement à l’essence) qui, paradoxalement, en font une voiture bien plus écolo que l’on ne l’imagine.

    Reste une réalité : pour ce qui est des voitures, si vous avez de forts revenus, vous pouvez devenir un automobiliste respectueux de l’environnement. Pour les autres, le compromis est simple : on fait ce que l’on peut, avec ce que l’on a, comme dans des temps très anciens, où les seuls à ne pas user leurs semelles étaient ceux qui avaient des chaises à porteur. Alors oui, la planète est en péril. Mais penser que les conducteurs polluent pour le plaisir et qu’un chèque de 1 000 € va changer la donne, voilà qui est d’une hypocrisie sans nom !