Les Brèves

  • UN CONCEPT DES ANNÉES 80

    Le village de marques repose sur les fondements du déstockage. Dans les années 1980, des « magasins d’usine » sont notamment apparus sur le territoire français mais ce fut un échec. Depuis, le concept s’est développé dans le monde. Aujourd’hui, l’Europe compte 150 centres de marques ; la France, 28 ainsi que quatre projets autorisés dont deux en cours de construction. Dans le Centre-Ouest, sept projets ont été initiés en vingt-cinq ans. Un seul a été accepté, à Romorantin-Lanthenay, mais il n’a jamais abouti, le groupe porteur du projet ayant abandonné. La région est l'une des zones de prospection les plus en vogue pour la création d’un village de marques comme le montre le projet de Sorigny. 

DES EMPLOIS CRÉÉS, D’AUTRES FRAGILISÉS

Entre les « pro » et les « anti » village de marques de Sorigny, le débat fait rage. La Chambre de commerce et d’industrie de Touraine a réalisé une étude afin de mesurer l’impact économique du projet. Résultats ? Il serait plutôt positif pour le territoire. Claire Seznec

Depuis son annonce, le projet de village de marques de Sorigny, au bord de l’A10, soulève des passions. Porté notamment par le syndicat mixte de l’agglomération de Tours, il a essuyé, cet été, un avis défavorable de la commission régionale d’aménagement commercial. Les unions de commerçants, eux, continuent de s’époumoner contre la création du village de marques. Seule la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Touraine n’a pas pris, et ne prendra pas, position dans ce dossier. « Nous ne sommes pas là pour dire si c’est bien ou pas, justifie son président, Philippe Roussy. Il s’agit d’un projet privé sur une communauté de communes.

La CCI peut simplement dire s’il est viable et s’il n’entraîne pas de catastrophe pour les commerces locaux. » Afin d’obtenir des éléments chiffrés sur le projet de Sorigny, une étude d’impact économique a été réalisée en collaboration avec l’Observatoire de la CCI de Troyes et de l’Aube qui suit depuis des années les projets de villages de marques en France. Elle porte uniquement sur le contexte économique actuel, sur celui du village de marques et sur le commerce en Touraine, mais pas sur les intérêts sociétaux, environnementaux ou encore touristiques.

« La pesée économique penche en faveur du projet de village de marques de Sorigny »
Philippe Roussy, président de la CCI Touraine

Réduire l’évasion des consommateurs

Situé à 17 km du centre-ville de Tours, le projet de Sorigny, appelé Loire Valley Village, doit être un ensemble commercial de 20 555 m2 avec une centaine de boutiques. Ces dernières auront comme activités principales le prêt-à-porter, la maroquinerie, les chaussures, la décoration, le linge de maison et encore le matériel sportif. Actuellement, « 545 établissements » de ces cibles sont répertoriés en Indre-et-Loire, dont 276 dans le cœur de Tours. Néanmoins, leur nombre diminue drastiquement : en six ans, 70 magasins ont disparu du département. Et la tendance pourrait s’accentuer, les consommateurs préférant commander sur Internet (+3,7 % en cinq ans en Centre-Val de Loire) ou acheter dans d’autres départements. Cette « évasion » s’élève à 14 % des achats totaux en Indre-et-Loire. C’est là que le projet de village de marques à Sorigny pourrait prendre un sens et permettre de garder un certain flux d’acheteurs. Sa zone de chalandise compte 2,9 millions d’habitants. Elle s’étend jusqu’à Orléans, Le Mans, Niort et encore Bourges, soit jusqu’à 1 h 30 de route. « Le chiffre d’affaires prévisionnel du village de marques de Sorigny s’élève à 76,4 millions d’euros, précise Didier Moret, de l’Observatoire économique de la CCI de Troyes. Les facteurs seraient les suivants : la récupération de l’évasion actuelle à hauteur de 10 %, une surconsommation soudaine par la création d’un nouvel équipement, mais aussi la prise du marché sur les structures locales. » C’est d’ailleurs sur ce point que les commerçants du département, et plus largement de la région, s’inquiètent.

La valse de l’emploi

Sur l’ensemble de la zone de chalandise, le projet pourrait effectivement générer une perte de chiffre d’affaires pour le commerce local. Dans un rayon de trente minutes de voiture autour de Sorigny, elle est tout de même estimée entre « 18,1 et 21,9 millions d’euros », une somme captée par le futur village de marques. « Entre 95 et 115 emplois pourraient être fragilisés, soit de 32 à 38 établissements », estime l’étude d’impact économique. Plus on s’éloigne du site, plus cet impact sur l’emploi local s’amenuise. Mais sur la totalité de la zone de chalandise, « entre 153 et 160 emplois seraient susceptibles » d’être fragilisés dans le commerce actuellement en activité.

En « compensation », des retombées dues à l’activité du village de marques sont à prévoir : 502 emplois directs devraient être créés, en dehors de la restauration et de la création du site ; le tourisme commercial pourrait également augmenter. L’Observatoire économique de la CCI de Troyes estime qu’ « entre 1 226 000 et 1 320 000 visiteurs » venant en plus d’une demi-heure de voiture pourraient consommer à Sorigny. Cela pourrait permettre au territoire de se développer voire de créer jusqu’à 94 emplois dans l’hôtellerie, la restauration et d’autres postes de consommation plus courante. « La pesée économique penche donc en faveur du projet de village de marques de Sorigny, affirme, sans donner son avis sur la question, Philippe Roussy à la CCI Touraine. Mais les autres interrogations pour appréhender la pertinence du projet n’ont pas, ici, de réponses. » Seuls les débats entre les élus et les différentes unions de commerçants pourront trancher si le projet va aboutir ou pas. Prévu pour 2021, il reste encore de nombreuses réunions et de nombreux rassemblements. Le prochain est d’ailleurs organisé le lundi 29 octobre, sur la place Jean Jaurès, à Tours. 

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