Les Brèves

  • ÉVALUATION

    Le ministre de l’Éducation vient de rendre public le résultat des évaluations des CP et des CE1. Sans surprise les résultats ne sont pas bons... Sans surprise ? Si quand même ! Combien de réformes sont passées ces dernières années ? Combien de modifications dans les programmes ? Combien de réflexions ou d’absences de réflexion sur les rythmes scolaires pour nos enfants ? Et pour quel résultat ? Nul, zéro !

    Et comme au sein de l’Éducation nationale toute équation se solde par un résultat approximatif, les syndicats ont déjà dénoncé la méthodologie et la pertinence des résultats.

    Ces mêmes syndicats auraient-ils peur que ces évaluations sanctionnent plus leurs adhérents que le programme pédagogique imposé par le ministère ?

    Il y a pourtant une constante que personne ne peut remettre en cause : notre incapacité à réformer réellement le Mammouth.

    Un Grenelle de l’Éducation est plus que jamais nécessaire. Il faut revoir le système en profondeur. Pas seulement pour que les notes de nos bambins remontent, car la sanction de la note n’est pas le seul critère à prendre en compte. Mais plutôt s’interroger sur les difficultés que rencontrent nos chers enfants à se montrer plus dynamiques, plus curieux, plus enthousiastes...

    Michel Blanquer, l’actuel ministre, en est déjà à sa seconde réforme depuis son arrivée. La réforme de trop pourrais-je ajouter. Des ajustements, des petites modifications, des redéfinitions de périmètre académiques et des mesures pour améliorer la qualité de l’enseignement des professeurs. Très bien, félicitations ! Encore quelques lignes de plus pour déstabiliser un édifice qui ne cesse de tanguer au fil des ajustements ministériels au point d’en avoir la nausée et de ne plus savoir où se trouve le nord.

    Stop aux ajustements ! Tentons plutôt de prendre le temps pour une fois. Le temps de l’analyse, de la réflexion et d’un véritable dialogue, y compris avec le monde associatif sportif et culturel. Et peut-être qu’enfin nous pourrons collectivement arrêter le massacre que constituent, pour beaucoup de jeunes, l’échec scolaire et son corollaire : l’absence d’estime de soi que l’on traîne ensuite comme un boulet.

ÉLOÏSE BOUTON MADAME LUTTE

Autrice, journaliste, militante féministe... Depuis son adolescence aux environs de Paris et ses études à Tours, elle s’est intéressée à la violence et au sexisme de notre société jusque dans les pratiques artistiques. Claire Seznec

Vous l’avez sans doute déjà aperçue il y a quelques années, sur une photographie ou une vidéo, dans les médias. À l’époque, ses seins nus aux messages contre le patriarcat et contre les injustices en ont indigné plus d’un. Désormais ex-Femen, Éloïse Bouton continue, seule, son combat féministe. Seule, mais pas contre tous. « Comme j’ai milité avant dans plusieurs groupes, entre autres Osez le féminisme et La Barbe, j’ai des contacts et des soutiens chez les féministes et les LGBT, avance Éloïse Bouton. L’avantage d’être en individuelle, c’est que je peux me positionner sur tout, en accord avec moi-même. » Et les sujets ne manquent pas. Débats sur la procréation médicalement assistée, mouvement me too et affaires de pédophilie... La « féministe free-lance », comme elle aime à s’appeler, identifie la violence des mots et des actes et cherche quoi en faire, pourquoi elle augmente. Ce bout de femme bien dans ses bottes semble faire converger vers elle toutes les luttes afin de les défendre. Même sa peau tatouée annonce la couleur.


« Le rap féminin est invisible »

Militantisme musical

Mais les injustices l’ont toujours fait sortir de ses gonds. Collégienne quelque part en France, entre Compiègne et Nice, la musique est entrée dans sa vie pour ne plus jamais en sortir. Dans sa chambre, le rock, le grunge, le métal et le punk ont littéralement envahi l’espace sonore. Le mouvement des Riot Grrrl, à la croisée du punk et du rock alternatif et aux idées féministes, et de son groupe phare, les Bikini Kill, l’a rapidement interpellée. Les textes engagés sont alors devenus sa marotte et certaines rappeuses, notamment américaines, se sont naturellement fait une place dans sa playlist. « Je n’étais pas encore féministe, j’étais juste sensible à leurs propos, se souvient Éloïse Bouton. Ce qu’elles racontaient faisait écho à ma propre vie ou à celles d’autres filles. » Quelques années plus tard, au lycée, ce sont les récits de Violette Leduc et d’Angèle Davis qui sont entrés dans son quotidien. Dès la classe de terminale, les associations anti-racistes et la convergence des luttes l’ont animée, alimentée par ses lectures et ses intérêts musicaux. Pendant sa fac d’anglais, à l’Université Rabelais de Tours, sa thèse sur le féminisme noir américain l’a emmenée aux États-Unis quelques mois. De fil en aiguille, Éloïse Bouton s’est orientée vers l’écriture, vers le journalisme, d’abord en s’imaginant chroniqueuse musicale spécialisée dans le rap, mais les rédactions ont préféré lui faire chroniquer du r’n’b alors elle a pigé dans des rubriques société, cinéma et culturelles dans plusieurs journaux.

Le féminisme et le rap

Ce n’est qu’à la fin de l’année 2015 qu’Éloïse Bouton revient à ses premières amours et lance Madame Rap, seul média français à mettre en avant les rappeuses. « C’est venu du constat de ne pas pouvoir parler de ce que je veux, explique la trentenaire, d’un débit rapide. Parce que, non, le rap féminin n’est pas une niche. Il est juste invisible. » Mais peut-on être féministe et aimer le rap ? Cette question, la jeune femme l’a entendue mille fois et sa réponse est très claire : oui, on peut. « Il y a une vraie méconnaissance du sujet, tempête-t-elle. En France, le rap n’est pas considéré comme une culture et est relié au monde des voyous. » Loin de défendre les propos sexistes et violents d’Orelsan, par exemple, elle précise que le sexisme existe aussi dans le rock, dans la littérature, dans le cinéma. « On est dans une société sexiste et machiste, rappelle-t-elle haut et fort. Donc la culture dominante l’est aussi. »

Pour démontrer ça tout en luttant contre, Éloïse Bouton travaille, avec l’artiste D’de Kabal, sur le projet House of Consent, une plateforme d’information sur les violences, la sexualité et le consentement. À terme, cette dernière doit devenir un média. En même temps, elle continue à s’entourer d’artistes de tous genres, toujours pour raconter les violences et « toucher par l’émotion » plus que par la parole politique. Les arts ont toujours été importants pour la jeune femme. D’ailleurs, elle se plaît à dire que même « l’écriture peut être un moyen artistique ». Et si la meilleure manière de dénoncer et de lutter contre les violences était de la dévoiler au grand jour, dans les arts ? 

Les Brèves

  • CV

    27/08/83 

    naissance à Paris

    2015 

    publication de

    Confession d’une ex-Femen

    2018

    création de la cérémonie des Kif-Kif