Les Brèves

  • CV

    22/07/1985 

    née à Paris

    04/2016 

    crée Les Savons d’Amélie

    04/2017

    installe sa savonnerie à Mettray

AMÉLIE VIARD AVEC ELLE, LES BULLES MOUSSENT

Citron, café, chocolat, lavande... Non, dans son atelier, Amélie ne cuisine pas de petits plats ; mais elle fabrique des jolis savons made in Touraine. Cette ingénieure agronome s’est lancée à son compte dans ce domaine, histoire de suivre sa propre éthique. Claire Seznec

À l’entrée de la ferme de la Paternelle, à Mettray, juste à côté de vastes champs, une porte mène dans l’atelier de Bénédicte, celui de Julien et dans celui d’Amélie. Ça sent bon la fraîcheur, un doux mélange d’huiles, d’herbes aromatiques, de plantes presque médicinales et de savons.

« Ça sent la nature, non ? », soumet d’ailleurs la fameuse Amélie, installée là depuis bientôt deux ans. Elle y fabrique des savons de toutes les couleurs, estampillés « bio et naturel ». D’abord, avec ses lunettes de protection et un masque sur le nez et la bouche, elle sort la soude caustique, « seule chose chimique » qu’elle utilise et qui permet la saponification. Ensuite, elle y verse de l’huile de coco « qui fait mousser », de l’huile de karité, ou encore de l’huile de colza, toutes non traitées ; et viennent les huiles essentielles et colorants, naturels eux aussi. « Là, il y a du café. Ici, du curcuma... », détaille-t-elle en ouvrant une grande armoire bien rangée. Mais en réalité, faire ses savons ne lui prend qu’un cinquième de son temps. Être auto-entrepreneuse demande d’autres compétences annexes, comme la communication, la relation avec les clients, la comptabilité... Et la tonne de dossiers et de fiches sur les produits à écrire. « La réglementation est hyper lourde, souligne Amélie. Même si c’est une petite savonnerie, c’est tout aussi contraignant que de travailler pour L’Oréal ! » Comme dans d’autres métiers, heureusement, la passion prend le pas sur l’administratif.

Être « en phase »

Pourtant, la savonnerie n’a pas tout de suite été une évidence. Surtout bio ; surtout en Touraine. « J’ai vécu une grande partie de ma vie, on mangeait des surgelés, rit-elle. Et puis, j’ai une formation d’ingénieure agronome. Mais finalement, je n’étais pas épanouie, c’est pas mon truc. » Son attrait pour la nature semble venir de nulle part, comme tombé du ciel. Peut-être que ses six mois en Guyane, pour son stage de fin d’études, proche de cette « forêt magique, sauvage, primitive, un peu comme dans le film Avatar », ont planté leurs racines dans son cœur ? Elle a commencé par apprécier les matières végétales, les matières premières. La manipulation des huiles, le parfum qu’elles dégagent, la chimie... La transformation des matières en savon lui met des étoiles de magie au fond des yeux. S’installer en pleine Touraine pour créer de ses mains quelque chose en accord avec elle-même, quelque chose de simple, est donc devenu son grand pari. « Et c’est cool, je me sens bien, en phase avec moi-même, soulève aujourd’hui Amélie. Ça donne de l’énergie de donner du sens à son métier. » Loin des produits pétrochimiques et d’autres agressions pour la peau et l’environnement, elle prône désormais l’utilisation du bio, du local ; elle se concentre sur l’essentiel et supprime le superflu. Elle vend ses petits savons directement auprès des Tourangeaux, ou via des commerces indépendants, locaux, sans déchet, des Amap*. Finalement, notre savonnière a surtout voulu recréer du lien entre les consommateurs et les producteurs. Étant passée de l’autre côté du comptoir, elle estime connaître les interrogations des clients sur les produits, leur composition, leur provenance. Mais attention, ce n’est pas parce qu’elle fabrique du bio qu’elle participe au « bio-industriel » et au « greenwashing » : « il y a des tas de choses en bio maintenant, ça devient une vraie industrie, un vrai marketing, souligne-t-elle. Mais c’est le paysan qu’il faut mettre en avant ! » Être au cœur de cette ferme, à Mettray, semble avoir changé son approche de la consommation. Dans sa vie personnelle, Amélie évolue aussi, petit à petit, en prenant son temps, en suivant son propre rythme. Elle commence à bidouiller quelques objets et produits zéro déchet « mais j’en suis loin », précise-t-elle en faisant les yeux ronds ; elle prend toujours sa voiture mais pense à utiliser plus son vélo. « C’est compliqué de suivre à la lettre tout ce qui est écolo, c’est comme faire son potager : parfois ça fonctionne, parfois non », décrit-elle. Son paradigme ? Ne pas chercher la perfection ; mais suivre son cœur et son corps.

*Association de maintien de l’agriculture paysanne 

Les Brèves

  • La France en miettes

    Le nombre de violence augmente, les actes antisémites ou islamophobes se multiplient, les manifestations deviennent peu à peu des exutoires contre tout ce qui représente l’ordre et la République... La France est malade.

    Même si le grand débat donne l’impression d’une réunion des opinions, d’un renouvellement des modes de communication et d’un respect de la parole d’autrui, il ne peut, à lui seul, masquer le trouble qui se traduit par une augmentation des violences gratuites à travers le pays.

    Hier on en venait à supposer que les violences inter-ethniques n’étaient que la traduction sur notre sol de conflits extérieurs. Aujourd’hui, même si la situation n’a guère évolué positivement au Moyen-Orient, cette thèse n’est plus réellement au cœur du sujet.

    Non, le communautarisme s’installe peu à peu. Et quoi de mieux pour fédérer autour de soi que de désigner du doigt un ennemi commun. Pour certains ce sont les riches. Pour d’autres les politiques. Pour d’autres enfin c’est le pratiquant musulman que l’on ne différencie plus de l’islamiste radical ou le juif qui depuis des siècles semble être le bouc émissaire tout désigné dès qu’une crise passe à l’horizon.

    Comment expliquer cette dégradation ? À mon sens, la loi du plus fort est devenue une règle. Elle s’était imposée dans les quartiers. Elle sort maintenant de ces zones difficiles pour gangréner le reste de la population. Il suffit de voir les automobilistes au quotidien pour savoir que tout peu déraper à chaque instant, pour un geste, un regard, une attitude...

    Le plus fort est celui qui s’impose ou qui en impose. Faute d’être reconnu pour le bien fait à autrui, on se complait à se faire reconnaître pour le mal que l’on peut infliger. Selon la formule dorénavant consacrée, mieux vaut un « bad buzz » que l’indifférence.

    C’est une inversion des valeurs, une tendance lourde, une maladie rampante. Qui, il y a quelques années encore, aurait imaginer qu’un véhicule de l’armée française soit incendié par les habitants de ce même pays ? Et pourtant !