Les Brèves

    FAIRE RELUIRE LES RELIURES

    Restauration du patrimoine écrit

    Début avril, les Journées européennes des métiers d’art seront l’occasion de découvrir des savoir-faire aussi discrets que fascinants. Visite au Centre de formation de restauration du patrimoine écrit, à Tours, l’un des acteurs de cet artisanat particulier. Florian Mons

    Lancées en 2002 par l’Institut national des métiers d’art (Inma) les Journées européennes des métiers d’art entendent « valoriser les savoir-faire des professionnels » de ce champ d’activité très divers. 281 métiers ont été recensés par l’Inma dans seize domaines différents, parmi lesquels l’ameublement et la décoration, la bijouterie, la facture instrumentale, le verre et cristal… Du 1er au 7 avril prochain, plus de 2 300 événements et rencontres sont prévus en France dont une quarantaine en Indre-et-Loire. Céramique, textile, horlogerie, vannerie, sculpture ou encore imprimerie sont au programme de la déclinaison tourangelle des ces journées.

    À Tours, le Centre de formation de restauration du patrimoine écrit (Cfrpe), labellisé Entreprise du patrimoine vivant, se prépare aussi aux portes ouvertes qu’il organise pour l’occasion. Créé en 2009 par Olivier Maupin, on s’y forme ou on s’y perfectionne grâce à des cursus d’une ou plusieurs années, comme un cycle de préparation d’un an au Cap relieur, une formation de trois ans à la restauration de livres anciens ou une autre de deux ans à la restauration de documents graphiques. À ces cursus s’ajoutent des stages plus courts pour se former à la confection des reliures médiévales, à l’identification et la datation de ces dernières ou encore à la dorure et aux décors en mosaïque de cuir...

    « les premières éditions de balzac n’étaient pas des éditions de luxe » Olivier Maupin

    Le paradis du bibliophile

    Un savoir-faire pointu, pour ne pas dire expert, qu’Olivier Maupin a décidé d’enseigner il y a quelques années, défrichant parfois un domaine alors un peu négligé. « On ne restaurait que ce qui était prestigieux, mais pas les ouvrages plus courants, se souvient-il. Or, l’importance d’un livre ne tient pas qu’à ce prestige. Par exemple, les premières éditions de Balzac n’étaient pas des éditions de luxe. Or, elles ont maintenant une valeur historique qui nécessite un soin particulier ». Un soin dont Olivier Maupin a dû parfois mettre au point les méthodes, comme les greffes de cuir ou de papier et leur estompage, toujours dans le souci d’une « restauration discrète » et « sans traumatisme pour le livre ». Car ici, on s’en doute, le livre est roi et les rayonnages témoignent de la passion qu’on lui porte : reconstitution de livres carolingiens, reproduction de rouleaux égyptiens en papyrus dans leur étui de cuir et quelques dizaines d’autres reconstitutions d'époque et de techniques diverses, dont on ne soupçonne pas l’existence.

    Un environnement on ne peut plus motivant pour les stagiaires, pour la plupart inscrits ici dans le cadre de la formation professionnelle continue. « Certains partent ensuite à l’étranger, où les budgets des commandes sont parfois plus constants qu’en France, d’autres acquièrent une expérience utile dans leur entreprise. Le plus pertinent c’est encore de créer son activité et courir les salons pour faire des rencontres, explique Olivier Maupin. Mais le restaurateur est d’abord son propre client. Il achète des livres et les restaure pour les vendre. »

    Du plaisir en continu

    C’est ce à quoi se destine Marie*. Formée d’abord en Droit et en Sciences de l’éducation et employée de la fonction publique pendant quelques années, elle a suivi une formation d’encadreur avant de s’inscrire ici il y a deux ans. « Le livre, c’est une continuité, affirme-t-elle. C’est d’abord un peu intimidant, on appréhende de manipuler un vieux livre qui, en plus, ne nous appartient pas. » Mais rapidement, l’analyse, la technique et la manipulation des bacs et des spatules rendent l’objet plus neutre. « C’est assez scientifique, estime t-elle, et ce n’est jamais la même chose. » Venue de la Manche, Nicole partage la même expérience. Encadreuse d’art et déjà restauratrice de document graphique, elle a fréquenté l’école dans sa formule précédente, à Orléans. « Je me suis formée au fur et à mesure et je reviens maintenant pour me mettre à jour dans un endroit reconnu pour la qualité de ses formations » confie-t-elle. Pour l’une et l’autre étudiante, ces formations sont « très denses » car elles demandent « beaucoup de travail personnel et de la place chez soi pour pouvoir le faire ». Un « vrai investissement », en somme. Mais on trouve aussi ceux qui sont ici pour la passion des vieux papiers. Retraité, Roland vient ici « pour le plaisir ». Collectionneur d’estampes et de gravures anciennes, il voulait pouvoir les restaurer. « Je le faisais un peu en amateur, avec les erreurs que cela suppose... », confie-t-il tout en s’exerçant sur le décor d’une boîte de jeux des années quarante.

    Outre le catalogue des formations proposées par le Cfrpe et les réalisations des élèves, on pourra donc, début avril, découvrir l’histoire de l’évolution du livre relié, les phénomènes de dégradation du papier ou encore les techniques d’intervention démonstrations à l’appui. Un rendez-vous immanquable pour les bibliophiles comme pour les autres. 

    * Le prénom a été changé.

    + d'infos

    Le site du Cfrpe : oliviermaupin-cfrpe.blogspot.com

    Le site des Journées européennes des métiers d’art : journeesdesmetiersdart.fr

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