Les Brèves

    LE BATEAU IVRE SE HISSE HAUT

    « Plus léger qu’un bouchon », le Bateau Ivre sort la tête de l’eau, porté par l’équipage de la SCIC Ohé depuis plus de huit ans. Sa réouverture attire le monde culturel, artistique et associatif. Et elle est espérée pour le début de l’année prochaine. Claire Seznec

    Zazie, Stéphane Eicher, Noir Désir, la Mano Negra… Environ 1 500 artistes et 250 compagnies de danse, de théâtre et d’autres arts se sont succédé sur la scène du Bateau Ivre, salle mythique de Tours. En décembre 2010, elle a arrêté ses tremplins pour artistes émergents, ses accueils d’artistes en résidence. Gisèle Vallée, la gérante jusqu’alors a pris sa retraite après vingt-huit années de journées et de nuits d’ivresses culturelles et conviviales. Deux ans avant la fermeture, elle avait confié au magazine Parallèle(s) que « des jeunes » venaient la voir, « les larmes aux yeux, en disant mais s’il n’y a plus le Bateau, on ira où ? ». À l’époque, elle a souligné les subventions nulles de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et de la Région Centre-Val de Loire. À la fin de l’année 2010, donc, le Bateau Ivre a été mis en vente. Un collectif de citoyens s’est créé, bien décidé de ne pas laisser la salle aux promoteurs immobiliers : l’association Ohé du Bateau est née, incitant les Tourangeaux à acheter les lieux, ensemble, pour tous. Depuis, des acteurs culturels, des philosophes et encore des économistes se sont greffés.

    Mais l’histoire a connu de nombreux rebondissements jusqu’à aujourd’hui : d’achat en revente, le Bateau Ivre a connu des périodes compliquées. Ce n’est qu’à la fin de l’année 2015 que l’association émet une offre d’achat en rachat participatif. Depuis 2016, l’association s’est donc muée en société coopérative d’intérêt collectif, la SCIC Ohé. En un temps record, elle a réuni la somme de 270 000 euros grâce aux tout nouveaux sociétaires. Au départ, ils étaient 1 541 ; maintenant, ils sont 1 768 sociétaires. La SCIC est devenue la plus grande coopérative culturelle. « Elle est un happening permanent », a lancé, sourire aux lèvres, Carole Lebrun, la président de la SCIC Ohé, lors de la dernière assemblée générale de la coopérative, la semaine dernière. Et ce « happening » devrait atteindre son paroxysme d’ici quelques mois avec de belles avancées pour le Bateau Ivre.


    « la salle doit répondre aux besoins des acteurs culturels du territoire. » Kévin Turpeau, relations presse à la SCIC Ohé !


    Une salle de 300 places

    Car en ce début d’année 2019, la SCIC Ohé se met en branle avec l’élection d’un nouveau conseil d’administration mais surtout l’annonce tant attendue de la future réouverture du Bateau Ivre. Avec le prêt fait pour assumer la salle (200 000 euros), et les subventions du Département d’Indre-et-Loire (200 000 euros) et de la Ville de Tours (50 000 euros), le « premier échelon », sur trois imaginés, du futur Bateau Ivre peut être créé. « On va faire une salle de 300 places, avec des matériaux assez bruts, précise Kévin Turpeau, qui gère les relations avec la presse. On attend toujours les réponses de Tours Métropole, de la Drac et de la Région qui se sont déclarés prêts à nous aider. Mais on lance la première étape sans les attendre. » Si de nouvelles subventions financières arrivent, le Bateau Ivre pourra être amélioré. Mais pour l’heure, la SCIC Ohé reste « réaliste » et ne fait pas de plan sur la comète. Les travaux de démolition ont commencé l’an dernier. Le reste doit bientôt commencer avec des remises aux normes et de l’isolation.

    Dans un premier temps, seul le rez-de-chaussée devrait être ouvert au public. Le jour, un café culturel pourrait accueillir tous ceux qui le souhaitent ; le soir, et notamment les samedis soir, la salle pourrait être louée et/ou être animée par des spectacles vivants pour les familles, les seniors, les amateurs de musique et de théâtre. « Au printemps, nous allons affiner le fonctionnement de la salle, avec, pourquoi pas, un prix fixe à l’entrée pour couvrir les frais courants de la SCIC », explique Kévin Turpeau. Mais l’objectif n’est pas d’ouvrir une énième salle dans le paysage culturel tourangeau. Il y en a déjà pléthore, le « marché » est saturé. Le Bateau Ivre a désormais pour vocation de permettre la croisée des chemins d’artistes et de structures, d’associations culturelles. « Il n’y aura pas de directeur artistique pour écrire une programmation, complète Kévin Turpeau. La salle doit répondre aux besoins des acteurs culturels du territoire. C’est un gros travail de coordination à mettre en place maintenant. »

    La SCIC Ohé souhaite ouvrir le Bateau Ivre à la fin de l’année 2019 pour un événement de lancement de la salle, réhabilitée et de nouveau vivante. « On va tout faire pour que ça se passe ainsi », affirme-t-on à la coopérative. L’ouverture « réelle » est prévue pour

    le début 2020. 

    +d'infos

    Pour suivre les avancées du projet du Bateau Ivre tourangeau, rendez-vous

    sur www.ohedubateau.com

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