Les Brèves

  • CV

    2003

    Naissance de son premier fils (polyhandicapé)

    2011

    Publie son livre Jeunesse « Au Pays des Fruits Kiki »

    2017

    Prix UNICEF Littérature Jeunesse de 0/5 ans

    2019

    Reçoit la Médaille

    de Chevalier de l’Ordre National du Mérite

NÉBINE DOMINGUEZ À AUTEURE D’ENFANTS

Installée en Touraine depuis quelques années, cette auteure jeunesse permet aux parents de parler du handicap à leurs jeunes enfants, sans peur. De nouveau au Salon du Livre de Paris, elle sort de nouveaux livres, dont l’un sur les troubles de l’apprentissage. Claire Seznec

Une enveloppe de la Préfecture d’Indre-et-Loire dans la boîte aux lettres ? « Zut ! une amende... », a alors pensé Nébine Dominguez. Après quelques jours sans l’ouvrir, cette quadra tourangelle a été saisie de surprise : on lui a demandé de se rendre dans les services préfectoraux pour la rédaction d’un mémoire sur elle en vue... de la distinction de Chevalier de l’Ordre National du Mérite. « La demande a émané directement de la présidence de la République, c’était incroyable », se souvient-elle. Après validation auprès de la Grande Chancellerie, la remise de médaille s’est déroulée en fin de semaine dernière, des mains, fait rare pour une « si petite médaille », d’Emmanuel Macron. « Certains vont accuser le Président de démagogie, lance Nébine avec de grands gestes. Mais ça montre quand même qu’il porte un intérêt sur comment aborder le handicap différemment. » Car cette médaille souligne la démarche qu’elle a engagé il y a maintenant huit ans, celle de « parler sans parler » du handicap aux enfants, d’écrire des histoires qui ont du sens et touchent les plus jeunes comme leurs parents.

Agir sur l’ignorance

À l’origine, rien ne prédestinait Nébine à se lancer dans l’écriture de livres pour enfants. Économiste de formation et professionnelle de la stratégie en ressources humaines, elle a vadrouillé entre les États-Unis, le Japon et la France pendant des années. À 30 ans, elle a accouché de son premier enfant, Nicolas. Les médecins lui ont alors appris le polyhandicap du petit, avec des mots savants, presqu’incompréhensibles pour une jeune maman – d’autant qu’elle a « détesté la bio en cours ». Ne pouvant rien faire d’autre, elle s’est donné comme mission de travailler « le fond » auprès des enfants, à savoir « dire les choses », expliquer le handicap afin qu’ils n’aient pas peur. « À la base de la peur, on trouve l’ignorance, affirme la Tourangelle. Je me rends compte qu’en annonçant à des enfants que mon fils a mal aux jambes, par exemple, ils font naturellement attention à lui. » Depuis, entre l’écriture de ses livres pour enfants, les quelques lectures dans les bibliothèques et les écoles, et sa « vie d’adulte » avec son travail de tous les jours, Nébine s’est battue pour se faire publier. Et ça n’a pas été une mince affaire ; si bien qu’après avoir été publiée par Paja Éditions, elle rachète la maison d’édition avec quatre collaboratrices lorsqu’on lui propose de prendre la gérance, « des quadras aussi qui veulent faire des choses qui ont du sens sans avoir à prouver quelque chose », précise l’auteure. 

« c’est tellement simple d’être bienveillant »

Bousculer le monde de l’édition

Raconter sa vie, Nébine semble en avoir un peu assez. Certes, son histoire atypique de femme battante intéresse et émeut les lecteurs, les téléspectateurs, et autres utilisateurs de médias. Mais aujourd’hui, elle souhaite surtout être présente pour « porter ses livres », notamment au Salon du Livre de Paris, le week-end du 15 au 18 mars. « Je vais faire la poissonnière pendant quatre jours, mais ça fonctionne plutôt bien », souligne-t-elle. Là-bas, elle va lancer en grande pompe le 6e volet de la collection Yes They Can, avec les fruits Kiki : « Le kikinosaure : la pêche aux lettres », sur les troubles de l’apprentissage.

Malgré ses efforts pour le proposer dans les librairies indépendantes, tourangelles ou non, l’auteure a plus de succès auprès des grandes enseignes. « Tout dépend du goût du libraire, que ce soit pour l’écriture comme pour l’illustration, explique Nébine. Paja est une toute petite maison d’édition, même si elle est nationale. Donc je comprends que certains ne prennent pas le risque ou n’aiment pas. » Ne pas être vendu dans les petites structures ne l’arrêtera pas : le combat de Nébine s’élargit désormais au monde de l’édition. Elle souhaite qu’un « minimum de personnes handicapées » soit présent dans les illustrations jeunesse, qu’importe la maison éditrice. Les réfractaires sont nombreux mais les prendre à revers pour « faire un plus joli monde » demeure le paradigme de la quadra. « Me dire qu’un jour, des enfants ne se seront pas moqués d’autres pour leurs différences me fait du bien, confie-t-elle avant de conclure avec une forme de lucidité : je sème des graines que je ne verrai pas pousser. » 

Les Brèves

  • L’HYMNE DE NOS PRINTEMPS

    Le climat est l’affaire de tous. Celle des élus politiques, celle des associations, celle des artistes. Celle, aussi de la nouvelle génération. En Suède, la jeune et désormais médiatique Greta Thunberg a lancé une grève scolaire le temps d’une matinée afin de porter un message écologiste : « pourquoi étudier pour un avenir qui ne pourrait bientôt ne plus exister ? ». Le mouvement s’étend et arrive à Tours, où une grande marche de la jeunesse pour le climat s’organise pour le vendredi 15 mars. Une vingtaine de lycéens et lycéennes des lycées Balzac, Choiseul, Descartes, Notre-Dame la Riche et encore Vaucanson sont à son initiative. Ils espèrent jusqu’à 1 000 personnes. Si aujourd’hui le réchauffement climatique a peu de place dans le cursus scolaire, les jeunes ont conscience qu'il se passe « quelque chose ». Selon un prof tourangeau de Sciences de la Vie et de la Terre, récemment interrogé pour le magazine Géo, ils sont « au courant, même s’ils ne relient pas tout ». La jeunesse tourangelle s’engage, donc, pour mieux comprendre et pour réclamer des avancées en matière de protection environnementale. Elle a conscience que se déplacer à vélo, boire dans une gourde, utiliser des sacs réutilisables sont de petits gestes ; mais qu’ils pourraient permettre, à terme, de faire évoluer notre consommation et nos modes de vie pour redonner du souffle à notre belle planète bleue. Plus que tout, les jeunes Tourangeaux veulent soumettre leurs idées aux élus locaux pour lesquels, parfois, le climat leur passe bien au-dessus de la tête. Ils croiseront sans doute le Collectif Touraine Climat, le jour de leur grande marche. Peut-être même participeront-ils à la Journée mondiale pour l’urgence climatique, samedi ? Car si les discours sur l’évolution climatique sont alarmants, qu’on le veuille ou non, les actes sont joyeux, positifs, plein d’entrain et de solidarité. Les jardins partagés, les maraudes auprès des personnes sans domicile et isolées, les mouvements zéro déchet, les journées de nettoyage des bords de Loire et du Cher... Ces si « petites » actions, individuelles et/ou collectives, emplies d’humanité, pourraient bien sauver les générations suivantes, la faune, la flore, l’atmosphère. La Terre tout entière.