Les Brèves

    « 13 CAS DE ROUGEOLE ONT ÉTÉ DÉCLARÉS EN INDRE-ET-LOIRE »

    Santé

    Dr Françoise Dumay, directrice de la santé publique et environnementale (ARS) 

    Depuis le début de l’année, une épidémie de rougeole s’étend en Centre-Val de Loire et particulièrement en Indre-et-Loire. Cette maladie peut être mortelle. Pourtant, il existe un vaccin, obligatoire depuis 2018. Mise au point avec le Dr Françoise Dumay, directrice de la santé publique et environnementale à l’Agence régionale de santé (ARS). Propos recueillis par Claire Seznec

    Qu’est-ce que la rougeole ?

    Il s’agit d’une maladie virale qui se caractérise par sa contagiosité : une personne malade peut transmettre le virus à jusqu’à 15 voire 20 autres personnes, non vaccinées. Classiquement, la rougeole est une maladie de l’enfant. Avant la vaccination, il y avait 60 000 cas par an. C’est peut-être cet historique de maladie infantile qui fait qu’on pense qu’elle n’est pas grave. Or, en fait, ça peut être une maladie grave qui doit être déclarée auprès des professionnels de santé et de l’agence régionale de santé (ARS).

    À quel point est-elle dangereuse, justement ?

    Il n’existe pas de traitement pour la rougeole. Généralement, elle guérit en deux à trois semaines mais laisse une grande fatigue qui, elle, peut traîner plusieurs semaines encore. La rougeole peut tout de même donner lieu à des complications de type laryngite et otite. La complication la plus grave est l’encéphalite, une atteinte du tissu cérébral. Elle peut provoquer d’importantes lésions, voire le décès du malade. Les hospitalisations les plus fréquentes concernent les nourrissons, les enfants, les adolescents et les personnes immunodéprimées.

    « en indre-et-loire, la couverture vaccinale n’est pas brillante » Dr Françoise Dumay


    Comment savoir si on a la rougeole ?

    Cette maladie commence de manière pas franchement identifiable : on a de la toux, on éternue, on a les yeux qui coulent. C’est comme un gros rhume avec de la fièvre. Les premiers jours, on ne pense donc pas forcément avoir la rougeole. Ensuite viennent les boutons rouges, qui ne grattent pas, partant généralement du visage aux extrémités du corps. Cette éruption cutanée dure quelques jours. La contagion commence de la veille des premiers symptômes jusqu’à 5 jours après l’apparition des boutons.

    Ces dernières années, on constate de nouveaux cas de rougeole. Qu’en est-il en Centre-Val de Loire ?

    Depuis 2017, on connaît une résurgence de la maladie, petit à petit. C’est surtout l’année dernière qu’on l’a observée, avec une centaine de cas dans notre région alors qu’avant 2016, on en comptait à peine une dizaine. Cette année, à l’heure où nous échangeons, l’épidémie est moins forte que l’an dernier. Elle a commencé plus tard, aussi. D’après les chiffres de la semaine dernière, 16 cas ont été déclarés, dont 13 en Indre-et-Loire.

    Pourquoi y a-t-il autant de cas en Touraine ?

    Déjà, l’année dernière, il y avait plus de cas déclarés de rougeole en Indre-et-Loire que dans les autres départements du Centre-Val de Loire. Pour l’instant, on ne l’explique pas. Il faudrait faire une étude épidémiologique. Mais ça pose immédiatement la question de la couverture vaccinale car la rougeole fait partie des vaccins obligatoires. En effet, au niveau national, on attribue la résurgence de la maladie à une moins bonne couverture car on est bien loin des 95 % de vaccinés avec les deux doses. En Indre-et-Loire, la couverture vaccinale n’est pas brillante, mais ce n’est pas pire que dans d’autres départements. Il y a également une population très jeune. La transmission dans les collectivités d’enfants et d’adolescents se fait plus facilement.

    Comment se fait-il qu’il y ait moins de personnes vaccinées ?

    Il y a eu beaucoup de polémiques par rapport aux vaccins. Du coup, des parents sont réticents à faire vacciner leurs enfants. Avant 2018, certains vaccins (sauf contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite) étaient simplement recommandés. Mais depuis, les nourrissons nés à partir du 1er janvier 2018 doivent être obligatoirement vaccinés, avant l’âge de deux ans, contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l’haemophilus influenzae B, l’hépatite B, le méningocoque C, le pneumocoque, la rougeole, les oreillons et la rubéole.

    Pourquoi est-ce important d’être vacciné ?

    La vaccination contre la rougeole demande deux doses. Et il faut faire les deux doses. Il n’y a quasiment pas d’effets secondaires, sauf pour les immunodéprimés, ce qui est classique. Elle est obligatoire à partir de l’âge d’un an. Être vacciné permet d’empêcher l’épidémie mais aussi de se protéger soi-même. C’est aussi une responsabilité collective de protection des plus vulnérables d’entre nous.

    Comment sensibiliser la population ?

    En communiquant ! L’année dernière, l’Agence régionale de santé du Centre-Val de Loire l’a beaucoup fait. On a également suivi les ventes de vaccins et on a constaté une progression non négligeable dans la région. Avant de sensibiliser la population, il faut travailler auprès des professionnels de santé. L’ARS mène des actions avec l’Éducation nationale, la protection maternelle et infantile, les six centres de vaccination (un par département) et encore les médecins libéraux. Il ne faut pas se lasser de répéter qu’il faut se faire vacciner. 

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