Les Brèves

  • À Amboise et Loches aussi

    En décembre dernier, le Donjon de Loches a intégré ses premiers Histopad, les premiers, également, dans les châteaux d’Indre-et-Loire. Neuf reconstitutions immersives ont été réalisées en 3D ainsi qu’une scène du siège de 1205, avec mise en mouvement des arbalètes à tour. Puis, le Château royal d’Amboise a inauguré les siens, en février dernier, promus par Stéphane Bern, l’ambassadeur des 500 ans de Renaissance(s) en Val de Loire pour l’année. Il dispose de 400 Histopad.

LE TEMPS SE REMONTE À CHINON

Innovation

Depuis le 1er avril, la Forteresse royale de Chinon est dotée d’un Histopad, une tablette permettant une visite augmentée des lieux. L’objectif ? Inciter à la découverte « des trésors de notre patrimoine ». Claire Seznec

« Ouvrez la porte du temps et partez au Moyen Âge », invite Marie-Eve Scheffer, la responsable de la Forteresse royale de Chinon, lundi dernier lors du lancement de l’Histopad. Tablettes en main, tous scannent un code avant de faire naviguer leurs yeux entre l’écran et le réel. Sur le premier, les tours s’élèvent de toute leur hauteur, les logis royaux, juste sous la chambre du roi, ne sont pas détruits. On trouve même une chapelle, celle du prieuré Saint-Melaine, une forge au fond de la cour, à côté des écuries, et des soldats qui montent la garde tout au long des remparts. En entrant dans les différents bâtiments et tours aujourd’hui parfois partiellement détruits, on découvre la cuisine avec le gibier pendu, le feu qui crépite, le poisson conservé dans des tonneaux ; ou encore la chambre de la reine, avec son « dressing », des tentures sur les murs, un sol tressé pour isoler du froid. La Forteresse royale de Chinon semble presque renaître à travers l’Histopad, d’autant qu’il s’agirait du « résultat le plus abouti en termes de visite augmentée » dans les châteaux du Val de Loire. Pourquoi ? « Pour la première fois, les personnages s’animent, notamment dans la Tour de l’Horloge et dans les logis royaux, en 1429, avec l’arrivée de Jeanne d’Arc qui s’avance vers le trône de Charles VII pour s’agenouiller devant lui, décrit-on à Histovery, le concepteur de la fameuse tablette de réalité augmentée*. C’est une évocation vivante du passé avec le souci scientifique et historique des faits. »


« C’est une évocation vivante du passé »

Des heures de recherches

Pendant près d’une année, les équipes de production d'Histovery ont travaillé de concert avec celles des services de conservation et d’archéologie de la région Centre-Val de Loire. Un véritable comité scientifique local a été constitué afin de garantir la rigueur historique des travaux menés. Des dizaines et des dizaines de versions de chaque reconstitution ont été modélisées pour atteindre le résultat final, celui présenté dans l’Histopad chinonais. « Lorsqu’on est arrivé à la forteresse la première fois, on a tenté de comprendre et d’analyser l’environnement, de deviner les étages des bâtiments et les structures des espaces, explique Edouard Lussan, l’un des concepteurs. On se pose ses questions partout, à 360°. » Entre la Tour de l’Horloge et la Tour du Moulin, il y a environ 250 mètres, une distance « colossale » à reconstituer en 3D, chaque détail étant important et, de fait, ayant évolué au fil des versions. Les iconographes ont travaillé des heures, des jours durant pour dénicher un objet du Moyen Âge, un chariot se rapprochant de l’époque de la forteresse, une gravure sur l’architecture, le détail d’une charpente. Ils ont fouillé de fond en comble, souvent à tâtons, les différentes bases de données Internet mais aussi « les bons vieux livres, qui restent des références importantes » dans les recherches iconographiques d'Histovery. Même les matières ont été travaillées grâce à un travail de photographies sur les dalles, la tomette, le parquet et la pierre des murs. Ces dernières demeurent compliquées à reconstituer en 3D car elles doivent être au plus proche de la réalité pour des questions historiques, scientifiques, mais aussi pour que l’utilisateur de la tablette puisse plonger plus facilement dans la visite augmentée.

Et cela fonctionne plutôt bien. Une fois l’Histopad en main, on cherche à tout voir, à chercher le trésor caché dans les reconstitutions aussi. L’année prochaine, les salles muséographiques devraient elles aussi s’incorporer à l’outil en réalité augmentée, avec des explications en sept langues. La grande majorité des pièces de la Forteresse royale de Chinon vont donc être rapidement munies de bornes. Les 300 Histopad devraient donc connaître leur petit succès.

* Depuis cinq ans, Histovery crée des visites en réalité augmentée en France. Parmi les lieux historiques à découvrir à travers l’Histopad, on trouve donc la Forteresse royale de Chinon, mais aussi le Château de Chambord, le Château royal de Blois et encore le Palais des Papes d’Avignon.

Les Brèves