Les Brèves

  • Débat de haut

    Depuis peu, le grand débat national voulu par Emmanuel Macron est donc officiellement clos. On attend désormais avec impatience ses conclusions et les grandes orientations qui en découleront. On serait déjà tenté de remettre une Légion d'honneur symbolique à toutes ces petites mains et ces grands esprits qui auront œuvré pour que la parole ne s’envole pas et qu’elle tienne à peu près debout. L’exécutif a promis pour sa part des « mesures concrètes » sans que l’on sache encore très bien à quelle sauce nous serons mangés. Cette discussion grandeur nature, à l’échelle de la France, aura-t-elle une chance de ramener un peu de cohésion dans le pays ? Permettra-t-elle de refermer la contestation ouverte lors d’un 17 novembre 2018 dont peu, parmi les représentants de l’État dans les territoires, imaginaient un instant qu’elle tiendrait plusieurs mois ? Ramènera-t-elle l’espoir d’un « futur désirable », selon l’expression d’un ancien candidat à la présidence de la République ?

    Les premiers feux seront sans doute discernables à l’aune du résultat des élections européennes du mois de mai et donneront une tendance sur ce que sera potentiellement l’Acte II du quinquennat d’Emmanuel Macron. Un Emmanuel Macron que son prédécesseur ne cesse d’ailleurs de tancer, depuis le week-end dernier, à propos de son immobilisme de ces derniers mois et quant à son incapacité à « rassembler les Français ».

    C’est qu’en politique, la revanche est un plat qui se mange glacé, tout comme certains de nos dirigeants battent leur ambition tant qu’elle est chaude. Comment lire autrement ce bal des Marcheurs qui se lancent ainsi sans refroidir dans la course à la Mairie de Paris ? Porte-parole du Gouvernement ou secrétaire d’État ne suffisent pas à Benjamin Griveaux et à Mounir Mahjoubi ? Avec de telles dents longues, impossible d’avoir les idées courtes, avec ou sans grand débat national au milieu du gué.

DELPHINE CLAIRET DOUCEUR LIBERTAIRE

Certains la connaissent sous le nom d’Inga la Douce. D’autres, sous celui de Delphine Clairet, prof de burlesque à Tours. Elle, elle ne se définit pas. Elle suit son corps, son cœur, crée des shows comme elle respire. Claire Seznec

Quand elle arrive en ville, Delphine Clairet détonne avec ses tatouages old school sur les bras, jusqu’au cou, et ses cheveux bleus à l’iroquoise. Rassurez-vous, tout le monde ne change pas de trottoir, mais certains la regardent avec une lueur de curiosité dans les yeux. Il faut dire que cette maman de trois enfants dit ce qu’elle pense haut et fort, sans filtre, même lorsque ça ne plaît pas. Elle exprime sa liberté, presque la liberté qu’elle considère comme « ce qu’on a de plus précieux même si ça nous fout les jetons ». Enfant, elle ne se sentait pas vraiment à sa place, comme coincée entre deux époques, toujours à chercher la compagnie des adultes. Mais elle a grandi « avec la peur de l’abandon » et, vers l’âge de 7 ans, s’est occupée de ses deux petits frères comme une mère, déjà. « J’ai du grandir vite », admet Delphine Clairet aujourd’hui. Malgré ça, c’est aussi à cette époque que, fraîchement arrivée à Tours avec sa famille, elle a continué les cours de théâtre – qu'elle a commencé l'année précédente, à Lille, sa ville natale, d’abord à l’école avec son premier grand rôle, « Bibi lapin » ; puis au lycée, passant son bac option théâtre, avec en support la Cie José Manuel Cano Lopez au Plessis Théâtre, une troupe engagée « qui tient toujours debout ». Tous ces souvenirs l’émeuvent, l’animent, lui en rappellent d’autres, comme cette fois où elle a pleuré toutes les larmes de son corps devant «Dans la solitude des champs de coton » de Koltés, mis en scène par Patrice Chereau et interprété par Pascal Greggory et Patrice Chereau. Ses jeunes années tourangelles l’ont forgé, assouvissant tout en nourrissant sa soif de liberté et sa soif de savoir.

Sans pudeur

Danseuse, comédienne, diplômée de lettres modernes, décoratrice de spectacles... Delphine Clairet accumule les diplômes. Pour autant, ce qui la tient en haleine reste le théâtre, là où elle peut « vivre mille vies en une », là où elle « transcende » ce qui la révolte, ce qui l’énerve, ce qu’elle défend. « Être artiste est un métier fabuleux, affirme-t-elle. Ça donne le pouvoir de donner à réfléchir aux autres. C’est une grosse responsabilité. Il ne faut pas en faire n’importe quoi. » Ces dernières années, elle a réalisé que le public n’a plus envie de réfléchir, justement ; que la culture s’appauvrit et que, peu à peu, il n’y a « plus rien à manger pour le cerveau ».

En 2004, à Paris, la comédienne a lancé la première troupe burlesque de France, « Kisses Cause Trouble », avec laquelle elle n’a eu aucune limite créative. Avec ses danseurs et danseuses, leur show burlesque, sans pudeur de corps ni de cœur, s’est mu en un art où la nudité est le prétexte d’un propos plus profond, politisé. « On a réussi à jouer au Printemps de Bourges Off, mais c’était difficile de transposer l’univers du cabaret à celui du théâtre, raconte Delphine Clairet. Tous les personnages ont incarné un travers de la société. On a notamment parlé des règles. Certains ont trouvé qu’on allait loin. » Cette période folle s’est ralentie, par la naissance de son premier enfant, puis par un cancer du sein. Mais, battante comme une lionne, la multi-artiste a inventé des battles de hip-hop avec de l’effeuillage burlesque, un concept qui a tenu pendant quatre ans, juste avant de revenir en terre tourangelle. Là, un passage à vide l’a traversée. Trois longues années pendant lesquelles Delphine Clairet a vu la scène burlesque se lisser et se normer « alors que c’est tout l’inverse, tempête-t-elle encore, c’est ce qui est jouissif, toute cette diversité de corps ». Finalement, depuis deux ans, elle donne de nouveau des cours de burlesque, pour déconstruire les barrières des femmes, pour qu’elles créent leur alter égo, pour qu’elles osent être elles-mêmes, qu’elles se libèrent. D’ailleurs, la désormais quadra pense même se former à l’art-thérapie à Tours, histoire de travailler avec des femmes, qu’elles soient victimes de violences, qu’elles soient incarcérées, qu’elles souffrent de diverses choses. « Les femmes ne sont pas une sous-catégorie, elles doivent être maîtresses de leur vie, de leur désir, de leurs décisions, lance Delphine Clairet. Ça ne veut pas dire être contre les hommes. Mais nous devons tous déconstruire le schéma type de la société qu’on traîne depuis des millénaires. » 

Les Brèves

  • CV

    1975

    née à Lille

    2016-17

    crée la Cie Être à Tours

    11 mai 2019

    Show Burlesque Déglingué au Grand Cagibi