Les Brèves

    ROGER PRÉVOST MONSIEUR ABDOS

    Vous avez du mal à aligner dix abdominaux de suite ? En 2017, il en a fait... 6 788, en une heure. Record du monde ! Désigné naguère, et à cinq reprises, « plus bel athlète de France », vainqueur d’une coupe d’Europe de culturisme, Roger Prévost concentre son énergie sur de nouveaux projets. Un détail : il a 83 ans... sébastien drouet

    La sonnette sur laquelle on lit « Dynamic RP » retentit. Au pas de course, un fringant sportif vient ouvrir la porte. C’est lui, « Dynamic RP », « RP » comme Roger Prévost, ancien champion de culturisme installé à Limeray où il dispense des cours de culture physique. Bardé de diplômes dans ce domaine, le coach organise sa vie autour de la forme. La sienne, qu’il conserve par la grâce d’un entraînement d’une heure chaque jour et d’un régime alimentaire plutôt strict (« pas d’entrée, pas de fromage, pas de dessert, mais un plat unique avec ce qu’il faut en protéines, glucides et fibres »), et celle des autres, qui suivent son cours hebdomadaire à la salle des fêtes locale ou qui viennent chez lui, dans le troglo qu’il a aménagé en salle de sport, pour soulever des barres et des poids mus par des poulies, ou pour faire des étirements sur des appareils qu’il a pour la plupart conçus lui-même. Au fond du troglo, sur un meuble, il a disposé les innombrables coupes (Roger a participé à 108 compétitions !), témoignages d’un passé glorieux au cours duquel il a exposé ses muscles gonflés à bloc sur les podiums de France et d’Europe. Le culturisme ? Une discipline découverte en 1957, pendant son service militaire à Bizerte (Tunisie) : « J’ai rencontré là-bas le plus bel athlète de France junior, ce fut la révélation de ce que pouvait et devait être un homme ! » Il attendra quelques années, préférant les courses de vélo, avant de foncer tête baissée dans ce que l’on n’appelait pas encore le « bodybuilding » – le terme est apparu vers 1980. En 1995, Roger décrochait une coupe d’Europe dans cette spécialité.

    Défis à sa mesure

    « Un passé glorieux « ? Certes. Sauf qu’arrivé à un âge vénérable, notre champion n’en avait toujours pas fini avec les défis : le 7 avril 2017, à 81 ans, il portait ainsi le record du monde d’abdominaux à 6 788 – c’était à l’hôtel de ville de Tours, devant huissier. Un deuxième exploit en la matière après, déjà, un record mondial en 2001 (6 052). Et il vise désormais les 7 000 pour ses 85 ans, en 2021 !

    Ce n’est pas tout : le coach – un métier de plus pour celui qui a été notamment boucher, boyaudier, laitier, électronicien, relieur, barman, hôtelier, marchand de bière à Saumur – a revêtu la tenue d’entrepreneur. Son idée ? Des séances de body-fitness à distance. Ne reculant devant aucune initiative pour faire connaître son concept, notre homme s’est même fendu d’une lettre à Emmanuel Macron : « Vous êtes le premier à secouer le cocotier et je vous en félicite », peut-on lire en guise d’introduction sur la copie qu’il a conservée. Poli mais direct ! Il n’avait pas encore de réponse de l’Élysée quand nous l’avons rencontré, mais en mai 2018, il en avait reçu une de Laura Flessel. « Je tiens à vous adresser tous mes encouragements et mes vœux de réussite dans la concrétisation de ce projet », lui écrivait dans une lettre personnalisée la ministre des Sports de l’époque.

    Nouveau concept

    Le projet est bien ficelé. En fait, tout est prêt, il n’y a plus qu’à : les clés USB sont chargées de petits films (très bien) réalisés, sur lesquels on voit des femmes d’âges différents effectuer sous sa conduite les exercices que nous sommes invités à faire dans le même temps. Le kit comprend aussi un livre avec des plans alimentaires pour conserver la forme. Mais justement : au-delà du gain financier, on sent que c’est la santé de ses clients – qui sont des clientes surtout –, qui compte pour Roger, dont l’entourage proche a été très durement touché par le cancer. Baisser la garde ? S’avouer vaincu ? Ce serait mal connaître le bonhomme, greffé rénal il y a neuf ans et qui s’en porte très bien. Il y a peu, en ciblant le travail physique d’une femme sur son sein, il assure avoir fait reculer la tumeur qui la rongeait. Une victoire de plus pour « Dynamic RP ».

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    • Recul

      Une dizaine de jours après l’incendie de Notre-Dame de Paris, que reste-t-il de ce moment de sidération vécu en direct par des millions de Français ? Le soir-même de cette « catastrophe », les caméras plantées autour de l’édifice n’attendaient qu’une chose : que les tours s’effondrent et que nous pleurions tous. Après une déferlante d’émotions en grand et de polémiques en petit, tout petit, nous nous trouvons aujourd’hui cois, comme un peu désemparés.

      Depuis, de l’eau a coulé sur les gargouilles de Notre-Dame, et l’impression qui domine, c’est que nous en avons (beaucoup) trop fait. Oui, un élément important de notre patrimoine, situé dans le plein cœur du Paris touristique, a vacillé. Mais non, la France ne se résume pas qu’à ces pierres, fussent-elles gorgées d’histoire. Cet accident ne méritait pas non plus qu’on s’étripe sur ses braises encore fumantes et qu’on nous refasse le coup des aristocrates à la lanterne. On est passé d’une douleur très chrétienne à des diatribes révolutionnaires : la France est décidément un pays qui aime les grands écarts.

      Ce que cet épisode nous enseigne aussi, c’est qu’avant de crier aux loups et de sortir les mouchoirs, il faut savoir raison garder, et prendre du recul. C’est le sens de l’Histoire?–avec un grand H?- que de ne pas penser à chaud et de ne pas sur-réagir. Dans ce cas précis, les politiques ne sont pas toujours les meilleurs élèves. Dans certaines collectivités territoriales, on a ainsi demandé à débloquer des fonds pour participer à la reconstruction de Notre-Dame. Ces mêmes collectivités qui demandent toujours plus de décentralisation et moins de ponctions dans leurs budgets annuels, mais veulent voler au secours de l’Église et de l’État pour l’aider à régler un problème qui ne les regarde pas.

      Le recul et la mise en perspective nous manquent tant aujourd’hui, qui nous a d’ailleurs fait replonger cette semaine dans l’histoire des fêtes johanniques. Une dizaine de jours où Orléans célèbre avec une dévotion quasi-mystique sa « Libératrice » mais aussi « l’invité d’honneur » qui vient lui rendre hommage, tous les 8 mai. Ce jour-là, c’est une ville qui bat à l’unisson et des pognes qui se serrent chaleureusement, dans une forme d’œcuménisme qui reste un mystère. Tous ne sont pas à éclaircir. Il y a des voix qui restent impénétrables, et méritent juste qu’on les écoute.