Les Brèves

  • Mais... Pourquoi Vaujours est-il en ruines ?

    Alors que le château de Vaujours a accueilli Louis XI, le Duc de Bretagne, Catherine de Médicis et encore Henri de Navarre, il est pourtant en ruines aujourd’hui. D’après la version officielle, en 1815, l’édifice a été vendu à un industriel anglais. Il aurait transformé les lieux en une carrière de pierres afin de construire un autre château, plus imposant. Certains habitants des environs auraient donc également pu se servir afin de construire, à leur tour, leurs propres maisons.

    L’un des rêves d’Antoine Pilette, actuel propriétaire, a été de reconstruire entièrement le château pour lui donner une seconde jeunesse mais aussi pour combattre le lierre qui attaque les morceaux restants. « Un architecte du patrimoine m’a dit qu’un tel chantier vaudrait environ 50 millions d’euros... », confie-t-il. Impossible, donc. Le projet serait donc d’ « assainir les murs en les figeant » pour éviter leur assèchement et la chute de pierres.

LES RUINES ÉCRIVENT LEUR HISTOIRE

Château de Vaujours

Classé monument historique, le château de Vaujours demeure assez méconnu du grand public tourangeau. Pourtant, même en ruines, il se visite aux côtés du propriétaire. Ce dernier souhaite d’ailleurs faire venir une troupe de théâtre à la fin du mois d’août. Claire Seznec

Au nord de la Touraine, à côté de Château-la-Vallière, se dressent, derrière de grands arbres verts, des ruines d’un château oublié, celui de Vaujours. On y accède par une petite route, passant devant une ferme, puis, sur un chemin étroit entre deux douves remplies d’iris jaune. Un salon de thé attend les visiteurs et une boutique-accueil doit ouvrir pour cet été, à l’entrée du site. Antoine Pilette, le propriétaire, tente ainsi de faire vivre les lieux. Il fait lui-même les visites commentées, un dessin du château (entier) sous le bras. Et il semble connaître son histoire par cœur depuis le XVe siècle, lorsque la demeure appartenait à Jean V du Bueil*, qui fut également le Comte de Sancerre et l’un des compagnons de Jeanne d’Arc. Car le château de Vaujours fut une place-forte imprenable pendant la guerre de Cent Ans. « Cela dit, d’après certaines fondations, on pourrait penser que l’édifice date plutôt du XIIe siècle et pas du XVe, avance, prudemment, Antoine Pilette, en montrant comme un bout de mur différent des autres. J’avais demandé à ce que des étudiants tourangeaux viennent y jeter un coup d’œil mais ça ne s’est jamais fait... Peut-être vais-je réessayer avec ceux de Poitiers ? »

Reproduire un gisant

Toujours est-il que Vaujours est resté longtemps dans la même famille, celle des de Bueil. À l’époque, la fortification du château était impressionnante, avec ses boulevards circulaires et ses cinq bastions avancés qu’on devine encore aujourd’hui. Sur l’un d’eux, il reste des mâchicoulis, l’encadrement d’une porte, un restant de fenêtre. « Il n’y a plus d’escalier mais le plafond est en arc de voûte », précise l’actuel propriétaire. D’un autre, on découvre une vue sur la ruine la plus préservée du site, le dos du grand logis ; deux sculptures celtiques païennes y trônent, quasiment tout en haut, l’une pour lutter contre le mauvais œil, l’autre pour protéger le jardinier et les végétaux.

En entrant entre les pans de murs restants, deux fenêtres en ogive se dressent sur la gauche et un renfoncement se fait, au fond. Il s’agirait d’une chapelle. Le sol a semble-t-il été creusé, comme s’il fallait dorénavant une ou deux marches à descendre pour s’y rendre. « Selon une légende, il y avait un trésor à Vaujours, raconte Antoine Pilette. Des scouts ont dû venir et le chercher... Sauf qu’au Moyen Âge, la richesse était dans les terres, pas dans l’or. » Aujourd’hui, le propriétaire rêve d’y installer la reproduction d'un gisant, celui de Jehan d’Alluye qui aurait pu contribuer à la construction des lieux vers le XIIIe siècle.

Du théâtre en verdure

Du côté du grand logis, à l’intérieur du château, une plateforme de terre recouverte d’herbe a été créée dans les années 1940, alors que les ruines étaient tout bonnement abandonnées. Plusieurs pièces de théâtre y ont été jouées dans le cadre d’un festival. « Il y a même eu un premier spectacle en son et lumière fait par les pompiers », se souvient Antoine Pilette. Alors, histoire de refaire vivre Vaujours et de faire renaître sa tradition théâtrale, le propriétaire a lancé un appel aux dons pour faire venir une troupe de théâtre. Car dans le nord de la Touraine, il affirme qu’il est « difficile de faire se déplacer » les habitants, les châteaux de la Loire étant, de fait, plus au sud. La compagnie Taprobane, installée à Tours, doit donc y jouer la pièce « Le Chevalier Geignard », une farce médiévale, le temps d’un après-midi d’août. L’événement devrait s’inscrire dans la programmation culturelle locale des « goûters-patrimoine ». 

* Militaire de métier, Jean V de Bueil (1405-1478) a notamment combattu les Anglais avec La Hire. Il a participé aux batailles de Jargeau, Meung-sur-Loire, Beaugency, au siège d’Orléans (dans le réapprovisionnement des marchandises) et à la libération de la Normandie (Rouen et Sainte-Suzanne). Son surnom ? Le « Fléau des Anglais ». 

Pour participer au financement participatif, rendez-vous sur www.dartagnans.fr

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  • 3 500 €

    sont nécessaires pour faire renaître la tradition théâtrale du château de Vaujours