Les Brèves

    NADINE BIRTSCHANSKY « Et MAINTENANT », GARDER LA LUMIÈRE

    Surnommée la « Jane Fonda européenne », la chorégraphe Nadine Birtschansky est devenue paraplégique à l’âge de 45 ans. Depuis, elle continue d’écrire la danse à Tours et dirige ses danseurs au château du Plessis avec une force qui dépasse l’imagination. Claire Seznec

    Certaines rencontres vous marquent. Celle avec Nadine Birtschansky, dans son appartement tourangeau, un après-midi orageux, en fait partie. En fauteuil, elle ne vous voit qu’une fois que vous êtes installé à son côté, ou face à elle. Ses yeux bleus sont curieux, intéressés, un peu fatigués. Elle esquisse un sourire : « qu’est-ce que vous voulez savoir ? », demande-t-elle d’une voix douce. « Tout », répondrez-vous à coup sûr. Au fil des mots, elle déroule une part de sa vie, avec l’arrivée de la danse classique, alors qu’elle avait neuf ans. Certes, ça n’a pas été un coup de foudre. D’ailleurs, « pas fana », elle ne se considère pas vraiment comme une danseuse mais plutôt comme celle qui pose un regard sur le mouvement. « J’ai toujours eu envie d’avoir une distance dans ce que je fais », se souvient Nadine. Très vite, elle a écrit des pièces chorégraphiques, part à travers le monde, devient la « Jane Fonda européenne », comme on l’appelait alors dans les journaux espagnols et américains. Au début des années 80, elle a implanté l’aérobic en France et a même sorti des livres sur la gymnastique pendant la grossesse, sur les mouvements pour se maintenir en forme, ce qu’elle appelle l’« Énergie Danse ».

    Le mouvement en soi

    Et puis, un jour, suite à un vaccin, elle a appris que la sclérose en plaques grignote son corps de danseuse. L’annonce lui a été faite alors qu’elle était à Marseille. « Ce n’est pas venu tout de suite, ça a été progressif, ça a mis des années, raconte Nadine Birtschansky, aujourd’hui paraplégique. J’ai quitté Paris, ma mère, ma famille. Je ne voulais pas qu’on me rencontre comme ça dans la rue. Et puis, Paris en fauteuil, même pas en rêve. » D’abord, la chorégraphe s’est installée dans le Berry, en 1996, où elle a fondé l’Académie du mouvement, un lieu où tous ont pu se réapproprier leur corps, leur expression. Mais la maladie l’a rapidement rattrapée. Les médecins lui ont affirmé qu’il lui fallait des « soins sérieux aux mains de neurologues ». La quadra a alors décidé de se rendre à Tours, proche du CHU. Elle y a créé une association, Élan pour la vie, pour continuer à faire ce qu’elle a fait toute sa vie, écrire. Ses mains, désormais, ne peuvent plus tenir un stylo. Ses doigts ne peuvent plus tracer les lettres. Aidée par plusieurs personnes, Nadine Birtschansky fait tout pour s’inscrire dans le mouvement malgré son immobilisme. « Quelqu’un de paraplégique s’en remet aux bonnes intentions des autres, souligne-t-elle en désignant des yeux ses aides à domicile. Ils deviennent mes mains, mes bras, mes jambes. Ils prolongent ce que je pense pour leur donner vie, même pour manger, même pour dormir. » Pour elle, l’écriture est encore des gestes et des expressions qui l’animent. Avec la parole, elle décrit ses chorégraphies comme des histoires et chaque mot est retranscrit par écrit, à destination des danseurs. « Derrière cet espèce d’arrêt sur image du corps, il y a un autre mouvement qui perdure à l’intérieur de nous, qui nous fait progresser toujours », confie-t-elle, toujours avide de créer. Ses danseurs et danseuses la comprennent parfaitement, traduisent les images racontées par des mouvements dansés. Ils répètent sous les directives de la chorégraphe. Ensemble, ils sont devenus comme une famille. Chacun donnant de l’énergie à l’autre. Leur prochain spectacle, le 7 juin au château du Plessis, met en scène les éléments de la vie qui prennent la mobilité à un personnage, suite à un accident, mais qui lui permettent de continuer à dire ce qu’il ressent malgré tout. Cette histoire se rapproche de celle de Nadine Birtschansky : « on m’avait demandé de l’écrire depuis longtemps, mais je n’en avais pas envie ». Ces dernières années, la chorégraphe a voulu, enfin, éclairer cette période douloureuse de sa vie afin de lui donner un sens, de raconter le monde qu’elle a découvert, celui du handicap, avec ses multiples recoins. En l’écrivant, elle lui a rendu la vie. Elle a transmis. Elle a aussi créé. À 68 ans, dans son fauteuil, Nadine Birtschansky pétille toujours. Ses yeux brillent d’intelligence et de bienveillance. Son écriture lui apporte cette lumière qu’elle pensait avoir perdu. Cette belle lumière, elle, nous emmène, nous, à la fois en nous-mêmes et vers les autres. 

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    • Petits pédés

      Petits pédés : c'était, en 2002, l'un des titres de l'album de Renaud intitulé Boucan d’enfer. Il y dépeignait, avec tendresse et malice, les difficultés, pour un jeune homosexuel, d'avouer à son entourage ses préférences en matière de sexualité. C'était il y a 17 ans ; certes la loi sur le Mariage pour Tous est passée par là, mais au prix d'une crise d'hystérie collective dont les braises ne se sont pas encore totalement éteintes. Car les conclusions d'une étude de l'Ifop publiées ce lundi montrent que plus d'une personne sur deux se définissant comme LGBT a déjà été victime d'une agression homophobe au cours de sa vie, et que 22 % d'entre elles se sont déjà vues molester physiquement. Rappelons en sus qu'il y a deux semaines, L'Équipe Magazine faisait sa Une sur le sujet* afin de lever un tabou énorme dans le monde du sport. Signe des temps : un kiosquier parisien avait refusé de vendre ce numéro à ses clients…

      À l'heure où une journée de sensibilisation à ce sujet va se dérouler sur la place Anatole-France, à Tours, ce vendredi, et où le Centre LGBTI de Tours organise la 14e Marche des Fiertés (le 15 juin prochain), il serait plus que temps que les esprits deviennent moins rabougris et que la peur change enfin de camp, comme dirait l'autre. Il ne s'agit même plus ici d'une question de droits, mais de l'évolution de mentalités racornies par la méconnaissance et par des habitudes culturelles ancestrales. Quand nous aurons juste arrêté de nous « traiter » de pédés et d'enculés à tout bout de champ, dans les stades ou lors de soirées lourdement arrosées, cela voudra déjà dire que l'homophobie ordinaire aura baissé d'un ton. C'est un long combat : l'homosexualité, en France, n'a été dépénalisée qu'il y a… 37 ans.

      * Deux joueurs de water-polo

      s’embrassant, avec ce titre : Embrassez qui vous voudrez.