Les Brèves

    « L’EUROPE EST UNE GRANDE PUISSANCE »

    Élections européennes

    Christine Bousquet, présidente de la Maison de l’Europe à Tours

    Dimanche, les Tourangeaux sont conviés à glisser leur enveloppe dans l’urne pour les élections européennes. Mais vont-ils se déplacer ? Christine Bousquet, la présidente de la Maison de l’Europe à Tours, l’espère. Elle revient sur la campagne électorale française mais aussi sur les grands sujets potentiellement « moteurs » pour l’Europe. propos recueillis par Claire Seznec

    Vous êtes présidente de la Maison de l’Europe, à Tours. Qu’est-ce donc ?

    Unique en Centre-Val de Loire, la Maison de l’Europe est une association ayant pour but d’essayer de faire vivre la citoyenneté européenne, de lui donner de la chair, d’expliquer ce que ça veut dire. La question est : comment appréhender l’Europe concrètement ? Avec des jeunes mais aussi des moins jeunes, habitants de Tours, d’Indre-et-Loire voire même d’Orléans, on tente d’apporter une réflexion sur la mobilité, le volontariat et encore les institutions européennes.

    Le 9 mai dernier, vous avez investi les Prébendes…

    Oui, pour la Fête de l’Europe, comme chaque année. Jusqu’à présent, les visiteurs ne faisaient que regarder de loin les stands. Cette fois, la majorité d’entre eux ont fait le tour, ont participé à des jeux, ont posé des questions. Il y a quand même un intérêt des citoyens français pour l’Europe. Mais cet intérêt, les politiques ne savent pas y répondre. D’ailleurs, je n’ai pas vu un seul élu de Tours pendant la manifestation…

    Comment les citoyens perçoivent-ils donc l’Europe ?

    Généralement, il y a une certaine méfiance. Mais après des explications, ils se prennent au jeu et, souvent, affirment qu’ils vont aller voter. Même les jeunes en parlent.

    D’ailleurs, les élections européennes sont dimanche 26 mai. Que pensez-vous de la campagne française ?

    Elle est inexistante, ça n’a pas beaucoup d’intérêt… On a l’impression que les têtes de liste ne savent pas ce qu’ils veulent. Il faudrait un vrai projet, un leader, et ce n’est pas le cas. Le fait qu’il y ait 34 listes en France (lire p.08-09) montre bien que certains se présentent pour faire parler d’eux, dans une quête individuelle. Le problème reste que les petits partis ou groupes vont faire à peine 1 % des voix au détriment des autres, qui auront moins de poids au parlement européen. Il faut un vote utile, pas franco-français, pas pour une personne.

    En 2014, lors des élections européennes à Tours, l’abstention a atteint 55 %. Comment mobiliser les Tourangeaux pour qu’ils se rendent aux urnes dimanche ?

    Il faut leur rappeler l’histoire européenne. L’Europe est née bien avant les traités de Rome de 1957 puisque son idée date de l’Antiquité ! Les points communs entre les pays européens et leurs éléments de définition en disent beaucoup sur nous-mêmes. On l’oublie aussi mais l’Europe est une très grande puissance économique, de consommation, agricole, industrielle, intellectuelle et culturelle. Elle a du sens. Depuis 60 ans, le drapeau européen n’a jamais fait couler le sang. Quand on s’en rend compte, on a envie d’Europe. Aujourd’hui, on est dans un creux, on manque juste de projet motivant pour faire avancer le continent.

    « depuis 60 ans, le drapeau européen n’a jamais fait couler le sang »


    Qu’est-ce qui pourrait être moteur ?

    Les enjeux économiques sont présents mais ne mobilisent pas. La défense européenne, par contre, est l’un des thèmes phares, à mon sens, qu’il faudrait mettre en avant. Actuellement, nous dépendons de l’OTAN, des États-Unis, qui n’en ont plus rien à faire de nous. Si un pays non-européen attaque un pays européen, comment fait-on ? Pour l’heure, on est loin d’avoir une armée européenne mais les politiques n’en parlent pas, faute de savoir comment traiter le sujet. L’autre thématique concerne l’écologie. Certes, l’Europe est le continent le plus propre du monde mais les citoyens n’ont pas envie d’agir pour la planète. Pourquoi ? L’écologie politique est punitive. Ça ne peut pas fonctionner ainsi.

    Qu’en est-il des migrations ?

    L’Europe, située dans une zone actuellement compliquée, attire depuis toujours. Avant de savoir si on accepte, ou non, des migrants, il faut absolument s’organiser : qu’est-ce qu’on veut ? Que propose-t-on à ceux qui arrivent ? C’est notamment une ânerie d’avoir laissé l’Italie et l’Espagne se débrouiller seules avec les embarcations des migrants méditerranéens. On agit dans l’urgence, mais il n’y a aucune réflexion commune sur le sujet !

    Quel est le dernier grand succès de l’Europe ?

    Pour la première fois, les vingt-sept pays membres sont restés comme un seul homme, derrière le négociateur Michel Barnier, face au Brexit. Pourtant, ils ont tous des intérêts différents. En réalité, ils sont d’accord sur deux points : l’unité dans la négociation du Brexit, qu’on devrait plus valoriser, et le maintien de la paix. 

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    • Orléans, exclue des infos européennes ?

      À Tours, la Maison de l’Europe fait également office de Centre d’information Europe Direct (CIED). En lien avec la commission européenne, il diffuse gratuitement des informations sur l’Europe et conseille les citoyens sur l’Union européenne. « Des palettes entières de documents arrivent, précise la présidente de l’association tourangelle. Nous traitons toutes les informations. »

      En Centre-Val de Loire, un autre centre existe à Bourges. Jusqu’à il y a quelques années, un troisième était installé à Orléans, au Centre régional d’information jeunesse (CRIJ) mais celui-ci a perdu son habilitation. « C’est un problème car on ne peut pas être partout…, souligne Christine Bousquet. On aimerait bien créer une antenne de la Maison de l’Europe à Orléans mais on n’en a pas les moyens financiers. » Aujourd’hui, l’association salarie une personne en CDI et une autre, en CDD, à temps partiel. Deux services civiques et un service volontaire européen les assistent cette année. Mais d’après la présidente, « six salariés à temps plein » ne seraient pas de trop.