Les Brèves

  • CV

    14/07/1957

    née en Algérie

    Années 1960 

    étudie le design à Paris

    2015

    préside Certesens à Tours

RÉGINE CHARVET-PELLO : L'ESSENCE DES CINQ SENS

Arrivée à Tours il y a quelques années, cette designer des mobilités défend une idée : les objets du quotidien doivent être agréables à vivre. Pour ça, avec une équipe de chercheurs, elle s’intéresse et travaille avec nos cinq sens. Claire Seznec

Entre les anciens bureaux, en centre-ville de Tours, et le nouveau siège de Certesens, laboratoire conseil en design et d’ingénierie sensoriels, qu’elle préside, aux Deux-Lions, Régine Charvet-Pello court partout en ce moment. Elle tient tout de même à prendre le temps de nous accueillir, de répondre à nos questions, de nous proposer un café. Ce mois-ci, elle va recevoir une « petite médaille bleue sur la poitrine », insigne du Chevalier des Arts et des Lettres, mais surtout symbole de reconnaissance. Après vingt ans de travail sur l’intelligence des sens dans le design, cette distinction semble lui prouver qu’elle ne s’est pas trompée. Car si son job est de dessiner des moyens de transports publics, ceux qui roulent et qui volent, sa volonté demeure particulière : plus que la beauté de l’objet, elle veut en faire un plaisir, un confort, « pour que les gens se laissent transporter, que le tram, par exemple, soit un lieu de vie et pas seulement un transport », explique-t-elle. Pour ça, entourée de chercheurs, elle réfléchit à la meilleure manière de rassurer dans un monde de plus en plus virtuel en travaillant sur nos sens, nos sensations physiques, nos émotions. « Nos sens sont une fenêtre sur le monde, souligne Régine. En les sollicitant agréablement au quotidien, on essaie de rendre la ville plus confortable à vivre. » Dans sa boîte à outils, mis à part des feuilles et un crayon pour esquisser les mobilités, se trouvent la vue, le toucher, l’ouïe, le goût et l’odorat.


« tours est une terre d’accueil sans forfanterie, le pays de l’art de vivre »

Au cœur du réel

Tous ses sens ont été mis en éveil dès l’enfance. À l’âge de 5 ans, elle se réveillait avec les odeurs animales et synthétiques de textile qui émanaient de l’atelier de tapisserie de sa mère, « lieu magique » situé à côté de la chambre. Les tissus colorés, découpés, « prêts à se transformer en siège, en rideau ou en tenture » l’ont accompagnée de longues années. En journée, souvent, la petite Régine accompagnait aussi son grand-père, entrepreneur de travaux publics, sur ses chantiers. Ça sentait bon le ciment frais, une odeur dont elle se « délecte » encore aujourd’hui. Rapidement, elle a su comprendre les matières, avoir une vision 3D, et s’est mis en tête de perpétuer la tradition familiale des métiers de savoir-faire. Sa mère aurait pourtant aimé qu’elle devienne pharmacienne. « J’ai préféré trouver d’autres médicaments, ceux pour aider les gens dans l’utilisation d’objets du quotidien, souligne Régine, déjà idéaliste à l’époque. C’est presque chevaleresque ! »

Nomade, elle a quitté sa terre natale pour suivre des études de design à l’école Boulle, à Paris. Après avoir bossé pour la SNCF et d’autres grosses boîtes de transport, elle en a eu assez d’être « la cerise sur le gâteau », celle qui embellit simplement un objet. Avec son équipe, elle a donc décidé de s’occuper des humains et plus uniquement des machines. « Je m’en suis pris des râteaux il y a trente ans », se souvient-elle. Une jeune femme, face à des cadors des transports, pour leur dire qu’il faut prendre en compte le ressenti des passagers pour créer la mobilité de demain... Il a fallu batailler dur et garder espoir pour mener à bien le projet. Depuis, la « petite goutte d’eau » semble devenir une grande rivière : le tramway de Tours, le tramway de Nantes, le métro de Rennes, celui de Lyon, des trains en Chine, des études sur les transports du Grand Paris... Les demandes pleuvent. « Les consommateurs cherchent du sens. Il faut arrêter de produire sans cesse des choses que personne n’achète ni n’utilise, ne se lasse de répéter Régine depuis plusieurs années déjà. Il faut être en lien avec la vie réelle des gens. » Sachant que 80 % des innovations partent à la poubelle chaque année, on ne peut qu’opiner du chef. Et ces mots ont peu à peu de l’écho. Au siège de Certesens, une filière pourrait bien naître en terre tourangelle. Une plateforme collaborative va y accueillir ceux qui veulent donner du sens et des sens à la vie quotidienne. Un Design Lab va même investir les lieux. Et si Tours devenait le carrefour de la philosophie et des techniques visant à rendre la vie agréable ? 

Les Brèves

  • Ô temps, suspend ton vol

    Temps, nom masculin : continuité indéfinie, milieu où se déroule la succession des événements et des phénomènes, les changements, mouvements, et leur représentation dans la conscience. Partant de cette définition, « est-il possible d’échapper au temps ? », a demandé l’un des sujets de philosophie du baccalauréat littéraire de cette année. Nous nous situons tous par rapport au temps. Nous voulons prendre le temps, suivre le cours du temps, courir après le temps, rattraper le temps perdu, profiter du temps présent. Notre temps s’étire en secondes, en minutes, en heures, en journées, en semaines, en mois, en années. Nous le comptons, nous sommes « à l’heure » à nos rendez-vous, nous calculons combien de temps nous allons mettre pour effectuer un quelconque trajet. Il reste, par exemple, neuf mois avant les élections municipales 2020. À Tours, les candidats (Nicolas Gautreau, Xavier Dateu, Françoise Amiot, Benoist Pierre, Philippe Lacaille, Christophe Bouchet) sont déjà sur la ligne de départ. Certains se sont déjà déclarés. D’autres attendent encore d’être investis, notamment par La République en Marche, le parti de la majorité présidentielle. Et l’actuel maire de notre cité ligérienne, Christophe Bouchet, aimerait bien être en tête de liste. Ceux-ci aimeraient bien accélérer le temps, histoire de savoir et de préparer la campagne, puis la bataille électorale. Peut-être manqueront-ils de temps pour convaincre les citoyens ? Alors ils aimeront échapper au temps pour l’étendre, le rendre plus long, avoir des journées de 48 h, peut-être ? Peut-être même les candidats se feront-ils des cheveux blancs en voyant le temps passer sans prise aucune ?

    Et dire qu’en quelques secondes, le temps de glisser un bulletin dans une enveloppe, tout le temps passé à vadrouiller sur les marchés, à peiner dans le froid de l’hiver, à toquer aux portes des Tourangeaux, va réduire à néant les chances d’accéder au Graal de l’Hôtel de Ville. Un seul ou une seule deviendra maire et aura bien investi son temps, avec son équipe. Les autres auront-ils perdu leur temps ? Ils affirmeront que « non » mais, sans aucun doute déçus, prendront quand même le temps de s’en remettre.