Les Brèves

  • CV

    2013

    début du projet

    1er mars 2017

    départ de Tours

    Mai 2019

    retour à Tours

LA FAMILLE CHEVALLIER FUIR LA FOLIE DU MONDE

Pendant vingt-six mois, ces Tourangeaux âgés de 7 à 42 ans aujourd’hui ont parcouru le continent américain, du nord au sud, à bord de leur camping-car. Ce périple les a amenés à découvrir une partie du monde et différents modes de vie. Comme quoi, la curiosité est richesse. Claire Seznec

Ça y est : les passages chez le médecin, chez le coiffeur pour couper les tignasses, chez le bien-aimé dentiste, mais aussi les tests de l’Éducation nationale pour reprendre les cours en classe et les inscriptions à l’école pour la rentrée de septembre sont terminés. L’emménagement dans un nouvel appartement à Tours est enfin fini. Et le rythme du boulot reprend doucement, au magasin, pour les parents. Bref, les six membres de la famille Chevallier sont revenus à Tours en mai dernier après vingt-six mois de vadrouille en camping-car à travers le continent américain. Il a fallu se remettre à la vie sédentaire, aux us et coutumes du coin. Pas évident de se réhabituer au stress ambiant et aux incessantes râleries françaises, parce qu’il fait trop chaud, parce qu’il fait trop froid, pour un oubli de clignotant, pour une envie inassouvie. « On a vu des gens dormir dans des hamacs sous leurs camions, ça fait réfléchir quand même, soulève François, le paternel de la famille. Partout où nous sommes allés, on nous a proposé de l’aide, même dans une grosse ville comme New York, même en Floride, juste après le passage de la tempête Irma. » Mais aussi dans les autres états des États-Unis, en Colombie, au Mexique, au Canada, au Guatemala, au Costa Rica, au Belize... La petite famille est descendue jusqu’à Ushuaia, en Argentine, une ville à l’« ambiance station de ski devant un port » mais aux paysages à couper le souffle.


« les pays de Nord, l’australie... ça nous fait rêver »


« Tout le monde peut le faire »

Tous ne sont pas d’accord sur ce qu’ils ont préféré lors de ce voyage même si les États-Unis reviennent souvent dans la bouche de Samuel (12 ans), Romain (10 ans) et Thibault (16 ans). Leur truc à eux, c’était de faire les feux dans les campings, pour la nuit. « C’est vrai que ça a été un coup de cœur, sourit Magali, la maman. Les parcs américains sont aménagés pour être vus, ce n’est pas comme le Macchu Picchu, magnifique aussi mais où il faut marcher en altitude. » Reste que le Salar d’Uyuni, en Bolivie, pourrait bien être « la plus belle chose » découverte, avec une couche d‘eau sur ce désert de sel, formant comme un miroir dans lequel le ciel bleu se reflète. Mais la liste est tellement longue qu’il faudrait un roman pour raconter toutes leurs activités et tous les souvenirs que, tous, gardent en mémoire. Peut-être que Thibault n’aurait jamais fait de parapente en France, mais il en a fait en Colombie. Sans doute qu’aucun des enfants ne serait monté sur une planche de surf toute la journée pour un prix dérisoire s’ils étaient restés sur une plage bondée française. Jamais ils n’auraient pu s’amuser à compter les baleines, s’émerveiller devant les glaciers et rire devant les pingouins. « La plupart des gens pensent qu’il faut beaucoup de moyens financiers pour voyager autant et qu’il faut du courage, lance le couple. Mais tout le monde peut le faire ! C’est réalisable car on dépense moins par mois en voyageant qu’en vivant au quotidien chez soi en France. » Et puis, pour ces deux-là, le courage est surtout de rester dans « une vie de fou », à bosser comme des dingues, à s’enfermer sur soi, à être méfiant de tout. À bord de leur camping-car, au contact des habitants de chaque pays qu’ils ont traversé, ils ont laissé de côté la psychose et la méfiance. Ils ont fait appel à leur bon sens. Finalement, la curiosité l’emporte rapidement et des dialogues se sont engagés, de vive voix ou via le blog de la famille, Cap à 6. Les quatre plus jeunes comme les deux adultes sont intarissables sur leur voyage. Chacun y va de son anecdote ; on imagine sans mal tout ce qu’ils ont à raconter à leurs amis pour encore des semaines. Tous semblent connaître sur le bout des doigts la géographie de l’Amérique, celle du nord comme celle du sud, avec les pays et les capitales. Plus que ça, ils ont pu voir, sentir, toucher, découvrir une faune et une flore qui n’existent que de l’autre côte de l’Atlantique. Les différentes façons de vivre, également, changent la manière de voir le monde et la vie. Et, sans doute une telle expérience change leur propre vie aujourd’hui. Avant de repartir dans quelques années ? 

Les Brèves

  • Trêve estivale

    Ce numéro de La Tribune HebdO que vous tenez entre les mains est le dernier de la saison. On vous parle de découvertes, d’eau et de verdure, d’animations ensoleillées et de moments de détente, puisque c’est ce que les mois d’été renvoient, et ce que les Français attendent, dit-on. On vous assomme aussi avec une bonne grosse louche de politique, de dispositif qui tarde à se mettre en place, de nouveautés pour septembre, de mesures locales écolos, qui préfigure déjà de la rentrée et d’une course à l’échalote qui en fait déjà pleurer certains, et rire beaucoup. Allez, en attendant, c’est promis, on oubliera absolument tout : on troquera la chemise cintrée contre le bermuda fleuri ; on partira se dorer la raie ou visiter les merveilles du monde et, au retour, il n’y paraîtra plus. Tout recommencera comme avant, mais l’esprit sera comme lavé des problèmes et autres tracas du premier semestre.

    À moins qu’un Benalla ne passe par là – d’ailleurs, De Rugy défraie la chronique, ça occupe, que le ciel ne déborde ou que des millions d’euros ne soient dépensés dans le transfert d’une vedette du football, notre quiétude sera totale, pour peu que nous lâchions enfin ce p…de portable.

    À moins que, d’ici à la fin du mois d’août, entre quinze et vingt femmes n’aient succombé aux coups de leurs bourreaux. Sur ce dernier point, à vrai dire, on n’est pas tout à fait sûr de se planter : depuis le début de l’année, au moins 75 féminicides ont été répertoriés en France. Mais pendant l’été, le bruit des vagues et de la mer continueront à couvrir les coups et les cris de celles qui se font massacrer. C’est bien, la trêve estivale, ça fait oublier le reste, le morbide, le désagréable. Ça fait aussi oublier que près de chez nous, à Orléans, sous le pont Thinat, un clodo est mort comme un chien, à 40 berges à peine passées. Ça fait oublier qu’à Tours, il y a toujours des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent et dorment dans les rues, sous les ponts, sur les îles de la Loire.

    En plein été. 

    Avec ce genre de nouvelles, c’est comme si nous ne sortions jamais de l’hiver.

    Pensez-y un peu, et revenez-nous en forme.