Les Brèves

    « J’AIME ME METTRE LE NEZ DANS LES PARTITIONS »

    Opéra de Tours

    Baptiste Trotignon, pianiste 

    Déjà venu à Tours pour un concert organisé par le Petit Faucheux au printemps, le pianiste Baptiste Trotignon revient en Touraine… à l’Opéra ! Artiste en résidence pour deux saisons, il fera découvrir au public tourangeau plusieurs de ses facettes, entre l’improvisation jazz et la composition de pièces symphoniques. Propos recueillis par Émilie Mendonça

    Pour ceux qui vous avaient vu en concert à Tours en mars 2019, c’est étonnant de vous retrouver à l’Opéra plutôt qu’au Petit Faucheux. Comment est né ce projet de résidence artistique au Grand Théâtre de Tours ?

    C’est vrai qu’on trouve plutôt mes disques au rayon jazz ! Mais depuis 7 ou 8 ans, j’ai aussi décidé d’écrire de la musique pour des interprètes, dans le domaine du « classique », ou disons de la musique contemporaine écrite, sans improvisation. J’ai donc aujourd’hui deux facettes dans mon travail : l’improvisation au sein du jazz (au sens large), et mon versant plus européen, avec l’écriture. Je pense que c’est ce côté double qui a intéressé Benjamin Pionnier, directeur de l’Opéra, qui m’a proposé cette collaboration. Au fil de ces deux ans je proposerai donc ces deux aspects : des musiques écrites pour d’autres, et des moments où je serai sur scène, dans l’improvisation.

    Et comment êtes-vous venu à l’écriture ?

    J’ai un peu toujours été balancé entre mon amour de la tradition afro-américaine et du jazz, et mon goût pour la musique européenne (le « classique » si vous préférez), de Bach à la musique du XXe siècle, en passant par les romantiques. J’ai commencé par hasard à écrire pour des cordes il y a une dizaine d’années, mais la pierre fondatrice de ce travail a été l’écriture d’un concerto pour piano, pour l’orchestre national Bordeaux-Aquitaine, vers 2011. C’était une expérience jouissive, mais un plaisir différent…

    Le plaisir est ce qui vous guide ?

    Quoi que je fasse, la notion de plaisir est importante. Dans l’improvisation il y a le plaisir de l’éphémère, et dans l’écriture il y a le plaisir d’aboutir à une pièce finie, un peu comme un peintre, un sculpteur face à son objet artistique terminé. Et il y a aussi le plaisir d’apprendre, tout simplement ! Je suis un éternel apprenti, et j’aime me mettre le nez dans les partitions pour les comprendre, et apprendre à écrire pour d’autres instruments que le piano.

    Vous écrirez notamment une pièce pour le chœur de l’Opéra de Tours, avec violoncelle : ce sera une première fois pour vous ?

    J’avais déjà écrit pour un chœur amateur, ainsi qu’une pièce pour le violoncelliste Henri Demarquette et le chœur Vocello, à partir d’un long poème en prose d’Aimé Césaire. C’était une très belle expérience, qui m’a motivé à proposer à Benjamin Pionnier une création pour violoncelle et chœur, qui sera peut-être basée sur le Cantique des Cantiques…

    Les Tourangeaux découvriront aussi votre nouvel album You’ve changed : en quoi avez-vous changé ?

    Disons que cet album a été enregistré sur une période inhabituellement longue, et très mouvementée et douloureuse dans ma vie personnelle. Choisir ce titre, c’était faire un clin d’œil à mon parcours intime, à cette partie de moi que j’expose via la musique. 

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