Les Brèves

  • CV

    2005

    agrégation d’anglais

    2009 

    arrivée à Tours

    2015 

    archetière à part entière

CLAIRE BERGET PROFESSION : ARCHETIÈRE

Ancienne étudiante de Normale Sup, agrégée d’anglais, prof de grammaire anglaise à l’Université, Claire Berget, 35 ans, a délaissé les cours magistraux en amphi pour fabriquer des archets baroques dans son atelier. Afin d’être en accord avec elle-même... Sébastien Drouet

Dans une vie précédente, pas si lointaine, Claire Berget était professeur de grammaire anglaise à la fac de Tours. Un poste occupé au terme d’un parcours estudiantin qui suscite l’admiration : Hypokhâgne et Khâgne à Strasbourg, École Normale Supérieure à Lyon, agrégation à 22 ans. Mais son cœur, lui, battait pour une autre passion, dont elle s’était d’ailleurs ouverte au directeur de l’ENS. Lorsqu’il l’avait interrogée sur ce qu’elle voulait faire après, elle avait répondu : « De la lutherie. » Pas précisément le point fort de cette (très) grande école... Mais la passion pour le baroque était trop vive. « Quelque chose a peut-être joué un rôle silencieux dans cet intérêt pour cette musique, pour ces instruments, suggère Claire. Enfant, j’ai passé cinq ans à Rome, où l’imprégnation visuelle baroque est très forte. Quand on est jeune, on absorbe ça comme une éponge, les formes des palais, des fontaines, les courbes et les contre-courbes. » L’esthétique de l’environnement a sûrement joué, d’autant plus qu’un manque cruel s’est fait sentir quand Claire a quitté Rome... pour Rennes ! Un autre style, assurément.

Revenons à Normale Sup. Pendant son cursus, Claire, déjà musicienne – ado, elle a appris seule la guitare et le piano – suivra des cours de viole de gambe et participera à des stages de lutherie, avant d’enseigner au plus haut niveau les subtilités de la langue de Shakespeare. Sans pour autant remiser son rêve de toujours : la fabrication d’archets occupera ainsi, en parallèle, une partie de son temps.

En fait, le basculement complet dans son nouveau métier date d’il y a quatre ans : « Je suis allée au bout de mon engagement décennal, avec beaucoup de plaisir, dont celui d’enseigner. Mais il est arrivé un moment où, pendant que je corrigeais les copies, je pensais aux archets, et pendant que je fabriquais des archets, je pensais aux cours. » Il a donc fallu choisir, sans regrets. « J’ai été très contente dans mon métier d’avant, je suis très contente dans celui d’aujourd’hui. Je croise des étudiants parfois. » Il lui arrive de conjuguer les deux, puisqu’elle transmet sa science de l’archèterie dans le cadre de stages dans une scierie du Jura, là-même où elle a appris il y a quelques années. Histoire de boucler la boucle !


« Choisir un archet, c’est comme pour un peintre choisir un pinceau »

Processus magique

Connue par le bouche-à-oreille (c’est un petit milieu, et ils ne sont guère que dix en France à exercer dans ce domaine), Claire, dont les journées se déroulent au son de la musique baroque dans la mesure où elle n’écoute que cela – d’autant plus qu’elle est l’épouse du claveciniste Pierre Gallon ! –, vend des archets partout où des musiciens baroques s’expriment, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Jusqu’aux Éats-Unis, en Suède et au Japon.

Dans son atelier de Tours, elle découpe les planches de bois exotique (amourette, boco) ou européen (cormier, érable, if, cytise), tourne, taille, lime, pour donner forme, au terme d’un processus qui relèverait presque de la magie – arriver à une baguette ronde en multipliant les facettes –, à cette partie fondamentale du violon, du violoncelle, de la viole de gambe qu’est l’archet : « Chaque archet fait parler l’instrument, révèle le caractère de celui-ci. Selon l’archet utilisé, l’instrument va être plus nasillard, ou plus clair, avec plus d’harmoniques, ou plus de fondamentales. Choisir un archet, c’est comme pour un peintre choisir un pinceau qui donnerait plus d’épaisseur, ou plus de filant à ses couleurs. » L’allusion à la peinture ne s’arrête pas là : « Pour retrouver les archets tels qu’ils étaient au XVIIe ou au XVIIIe siècle, je m’inspire de tableaux où ils sont représentés. On doit chercher dans les détails, parfois. » Finalement, la professionnelle ne laisse aucune place à l’à-peu-près : « On travaille avec quasiment rien, un peu de matériel, du bois, des crins de cheval, mais il faut que ce soit parfait. On ne peut pas tricher. » Ce que Claire, en embrassant cette nouvelle carrière, n’a pas fait non plus avec elle-même… 

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  • ÉCOUTEZ-VOUS

    Comme à chaque rentrée, on décide d’avoir de bonnes résolutions, un peu comme au Nouvel an d’ailleurs. Tiens, et si j’arrêtais de fumer ? Tiens, et si je commençais le sport ? Tiens, et si je me mettais à bouquiner cent pages par jour ? On se lance, et au bout d’une semaine, deux pour les plus motivés : patatras. « Pourquoi ? », sommes-nous tous en droit de nous demander. Réponse d’un philosophe de comptoir : « ce n’était pas ce qu’il te fallait, à ce moment précis de ta vie ». Dis comme ça, cette phrase paraît bien simpliste. Peut-être n’a-t-il pas tort, finalement. En se fixant des objectifs particuliers, on cherche le bonheur, on court après au risque de trébucher, de tomber, de déprimer sans atteindre le Graal. Et si, plus qu’être empli de bonheur, on tentait d’être optimiste ? Ce serait un premier pas. D’ailleurs, d’après une étude scientifique menée aux États-Unis, les optimistes vivent plus longtemps car ils peuvent contrôler leurs émotions plus facilement et donc réduire les effets du stress. Évidemment, c’est très facile à dire, d’être optimiste, et au quotidien, c’est un combat permanent. Quand on a une fuite d’eau, quand notre sac de course se craque, quand on fait une insomnie, quand on est en retard au boulot... On voit tout d’un œil noir. Pour résoudre le « problème » (si on le voit ainsi), il faudrait nous recentrer sur nous-mêmes. Respirer, les pieds bien ancrés dans le sol, le dos bien droit pour laisser l’air circuler librement dans notre corps. En faisant ça, on se sent vivre. On prend conscience que notre corps nous porte, qu’il nous permet de marcher, de parler, d’écrire, d’observer, de ressentir le chaud et le froid. En inspirant, on imagine de bonnes choses entrer en nous, comme la bonté, la générosité, la joie. On finit par sentir son propre esprit en soi. Et on découvre ce dont on a envie ou besoin. Pas forcément d’aller s’épuiser dans une salle de sport mais plutôt de marcher au bord de la Loire en regardant les canards. Pas forcément de lire sans cesse mais d’écrire. Pas forcément de continuer à aller au supermarché mais à aller cueillir ses légumes au Jardin de Meslay. Écoutez-vous, vous vous entendrez.