Les Brèves

    IL FALLAIT Y CROIRE

    L’église de Saint-Martin-le-Beau

    « Il était une foi... » L’histoire aurait pu se terminer une nuit d’avril 2015, quand un incendie – dont on ne connaîtra probablement jamais l’auteur – l’a détruite en grande partie. Mais en fait d’inscrire le mot « fin » sur son frontispice, l’église de Saint-Martin-le-Beau vient d’ouvrir un chapitre : après sa restauration, le moment est venu d’accueillir à nouveau les fidèles. sébastien drouet

    Personne n’a oublié la triste nouvelle qui cueillit les Tourangeaux au réveil le 17 avril 2015 : l’église de Saint-Martin-le-Beau avait en grande partie brûlé dans la nuit. Les dégâts ? Énormes : la nef nord et la nef centrale étaient détruites ou gravement endommagées, leurs voûtes, en plus de la toiture calcinée, s’étant écroulées. L’origine du sinistre ? Un feu parti d’une voiture garée près du monument, et qui a embrasé la toiture vieille et sèche de ce dernier. Les auteurs ? Pas retrouvés. Et ils ne le seront sans doute jamais. En tout cas, l’affaire est classée depuis décembre 2016.

    Mais, comme Notre-Dame de Paris, l’église de Saint-Martin-le-Beau n’a pas été entièrement dévorée cette nuit-là. Il restait la possibilité de reconstruire ou restaurer les parties touchées tout en gardant celles qui n’avaient rien subi. Encore fallait-il laisser passer le premier temps, celui de l’abattement. « Pour tous les anciens qui ont été baptisés, qui se sont mariés, qui ont fait leur communion ici, et qui pour certains sentent que la fin est proche, cela a été un drame, rappelle Angélique Delahaye, maire de Saint-Martin-le-Beau. Les vieilles dames me demandaient de vite reconstruire pour être enterrées là. Je leur disais donc d’attendre (sourire), mais malheureusement, certaines n’ont pas pu... »

    Belles découvertes

    Après l’émotion, vint le temps des manches retroussées. D’abord, pour se motiver, il s’est agi de considérer les choses de la manière la moins négative possible. Ainsi, ce n’est pas la partie la plus précieuse de l’église qui a brûlé. Ce qui est le plus ancien (les éléments du XIIe siècle, dont le clocher), ce qui est le plus symbolique (le chœur), ce qui est classé (le porche, avec l’oculus de saint Martin), n’a pas été touché ; au pire, recouvert de suie qu’il a suffi de nettoyer. D’autre part, il faut bien admettre que jamais la commune n’aurait pu investir pour refaire des charpentes. L’argent des assurances, complété par des dons, a permis de rénover de fond en comble toute une moitié du monument.

    Plus de quatre ans après le dernier office, et à l’heure où nous écrivons ces lignes, l’église, dont la restauration/reconstruction a permis de réaliser d’étonnantes découvertes –

    telle cette Vierge sculptée dans la masse d’un mur mais cachée depuis des siècles – accueille de nouveau des fidèles, qui retrouvent là quelques pièces importantes, positionnées de telle sorte qu’elles soient bien visibles, comme le tableau de la Charité de saint Martin, restauré avant d’être présenté au Musée des Beaux-Arts de Tours dans le cadre de l’exposition des 1 700 ans du saint tourangeau, il y a quatre ans. Une reconstruction menée par l’architecte des Monuments historiques Philippe Villeneuve, en association étroite avec la commune. « C’est lui qui a la compétence, précise Angélique Delahaye. Mais il a toujours partagé avec nous, il nous a fait venir pour recueillir notre avis concernant la couleur des murs. Il nous a tout expliqué, c’était très enrichissant. » Dans la mesure du possible, les artisans locaux ont été sollicités, les matériaux français utilisés.

    Monseigneur Aubertin avant la retraite

    À vrai dire, une cérémonie a déjà eu lieu dans la nouvelle église. Le 29 juin dernier, Mgr Aubertin archevêque de Tours, conduisait un office en présence du père Bouzy, curé de la paroisse Saint-Jacque du Val de Cher. « Il m’avait promis de faire une messe à la réouverture de l’église, se souvient Angélique Delahaye. Comme il part à la retraite très bientôt, nous nous sommes donc mis d’accord sur cette date, profitant de la visite de nos jumelés catalans. » Une première depuis l’incendie, rendue possible grâce à un arrêté municipal permettant au public d’entrer pendant deux heures seulement sur ce chantier interdit d’accès.

    Depuis le drame, des caméras ont été installées dans la commune. À proximité de l’église, désormais surveillée, mais pas uniquement. « À la même époque, le feu a été mis à la porte de la mairie, à la porte des médecins, à la terrasse de l’auberge, des pneus de voiture ont été crevés, rappelle la maire. Tout a cessé d’un coup. » Grâce aux caméras ? Non, elles sont arrivées après. On peut d’ailleurs se demander si ces actes graves n’ont pas été commis pour activer leur mise en place. Quoi qu’il en soit, tous les bâtiments de la commune sont désormais couverts, ainsi que la gare.

    Si l’église est de nouveau opérationnelle, les travaux ne sont pas terminés pour autant*. La première tranche est achevée, la deuxième (sur sept) débute tout juste. Au programme : la réinstallation de l’électricité. Ce qui va permettre aux cloches de sonner de nouveau...

    *Par ailleurs, une peinture sur retable représentant les douze apôtres, œuvre d’un résident saint-martinois récemment décédé, devrait bientôt prendre place.

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