Les Brèves

    DES RÉUSSITES DE PAR LE MONDE

    Entreprises

    Les produits traditionnels de Touraine, comme le vin, s’exportent facilement à l’international. Mais la Touraine compte aussi quelques success stories notables dans le monde de l’entreprise. Florian Mons

    Le développement à l’international, c’est d’abord des rencontres et l’envie de travailler avec des gens qu’on aime bien ». À écouter Denis Le Poupon, dirigeant et créateur de Proludic, qui fabrique de l’équipement de jeux pour enfants à Vouvray, le monde des affaires internationales ferait presque figure de bac à sable. Mais l’entrepreneur rappelle la réalité moins idyllique de ses débuts : « un intermédiaire italien voulait me passer une commande pour la ville de Rome. J’ai honoré la commande, mais il avait remporté l’appel d’offre sur des produits qui n’étaient pas les miens, et que la ville a refusés. Il m’a alors demandé de faire des contrefaçons de produits d’un concurrent et cela a été à mon tour de refuser ! » Résultat : une « grosse facture impayée ». Mais « une mauvaise expérience, c’est encore une expérience », philosophe Denis le Poupon.

    De la Touraine à l’Australie

    La suite fut beaucoup plus satisfaisante. Le chef d’entreprise s’entoure d’une spécialiste en commerce international, bénéficie d’aides et de conseils et s’oriente d’abord vers l’Allemagne, moins suspecte que l’Italie, où il rencontre des distributeurs. C’est ensuite la Russie qu’il explore, avant de créer Proludic Angleterre, Proludic Australie et Proludic Pays-Bas. En comptant filiales et distributeurs, la marque est maintenant présente dans 48 pays, jusqu’en Asie. « 60 % de notre chiffre d’affaire est réalisé par les filiales du groupe », précise Denis Le Poupon.

    Bien sûr, il faut s’adapter aux « adultes japonais obsédés par la sécurité », aux climats locaux humides qui prohibent les structures en bois ou à ceux, trop chauds, qui interdisent les glissières en inox, mais globalement, « les enfants jouent partout de la même façon. Nous avons bien vendu notre côté « french tech » », estime Denis Le Poupon, en insistant sur l’importance de la recherche et du développement, et sur celle de fournir des produits haut de gamme. S’il assure la représentation de l’entreprise à l’étranger, le patron de Proludic ne voyage plus autant et vit en Touraine. Le globe-trotter se réjouit maintenant d’être en « cinq minutes de (son) boulot. Et la majorité du personnel est à moins d’un quart d’heure. La qualité de vie, c’est un gage de performance ! »

    D’autres entreprises tourangelles ont su conquérir le monde grâce à leur savoir-faire, comme les établissements Bergerault, spécialistes des xylophones et percussions, qui équipent notamment les universités américaines et des artistes de dimension internationale. Ou encore Lestra, dont les couettes et sacs de couchage de l’extrême accompagnent les explorateurs polaires.

     

    « Le développement à l’international concerne 350 entreprises en Touraine » Denis Carré, en charge des dossiers internationaux à la CCI 37


    Accompagner l’export

    Mais tous n’ont pas encore acquis ce niveau de développement et de rayonnement, et à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Touraine, on est à l’écoute des ambitieux. Mieux, on se permet même de leur suggérer la conquête des marchés extérieurs. « Nous n’avons pas à proprement parler de service « international », confie Denis Carré, membre du bureau de la CCI 37, en charge des dossiers internationaux. Mais nous considérons que le développement à l’international est très important pour un territoire. Ce développement, en Touraine, concerne environ 350 entreprises et 1 700 en région Centre-Val de Loire, surtout dans le secteur des cosmétiques et de la pharmacie. » Les grosses entreprises comme Pfizer ou Plastivaloire, rompues à l’exercice de l’export, ne font pas appel à la CCI. Les plus petites, en revanche, y bénéficient de formations sur les techniques de commercialisation, ainsi qu’au plan administratif.

    « Les choses ont été facilitées par le rapprochement de Business France et des CCI au sein de Team France Export », précise Françoise Baucher, conseillère spécialisée et référente Team France à la CCI pour l’industrie, qui gère un portefeuille de 200 entreprises. « Certaines aimeraient exporter, mais hésitent, faute d’expérience, poursuit-elle. Nous les connaissons et nous adoptons une démarche proactive en leur proposant de se développer, lorsque nous voyons que leur produit est de qualité et innovant, que le dirigeant est motivé et que quelqu’un dans l’entreprise peut dégager du temps pour ce travail. Cela ne va pas de soi, car cela suppose de se déplacer fréquemment et de vivre dans des hôtels et des salles de réunions… »

    Voir ailleurs…ou pas

    Puis vient l’examen des marchés, grâce aux études de Business France, et la mise en relation, qui suppose des déplacements. Un budget est élaboré, les marchés testés, les distributeurs contactés. Bien sûr, tout cela a un coût. « Le diagnostic seul peut revenir à 2 000 € environ. La première vraie démarche peut coûter entre 5 et 10 000 €, sans compter les frais de déplacement. Le ticket d’entrée est quand même un peu gros », reconnaît Denis Carré. Mais des aides existent, dispensées par le Conseil régional, dans le cadre du dispositif Cap Export, et par la Banque Publique d’Investissement (BPI), sous forme d’assurances. « Mais il faut que les entreprises de 200 à 300 salariés puissent exporter, à l’image des entreprises allemandes, estime Denis Carré, et elles doivent y être aidées. Elles ont maintenant les moyens de ne pas partir la fleur au fusil. » 

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    • LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS EN TOURAINE

      Selon une étude de l’agence régionale Dev’up, 97 établissements étrangers sont présents en Touraine, et emploient 9 085 salariés. Les principaux employeurs sont l’italien ST Micrélectronics, le suédois SKF et l’américain Faiveley. Les entreprises étrangères évoluent principalement dans les secteurs de l’électronique, du matériel médical et des transports.

      En 2017, l’Indre-et-Loire et l’Eure-et-Loir se sont partagées la moitié des créations d’emploi consécutifs à des investissements étrangers. Citons, comme exemple de maintien ou de création d’emplois en 2018, l’entreprise Axess Vision, fabricant d’endoscopes à Joué-les-Tours, soutenue par sa maison mère finlandaise, ou le rachat du fabricant de jouets Corolle, à Langeais, par le groupe allemand Simba.