Les Brèves

  • De source sûre

    Si l’affaire n’avait pas été aussi sérieuse, il y aurait eu de quoi rire, le week-end dernier, autour de la « méprise » sur le vrai/faux Dupont de Ligonnès interpellé en Écosse. Les réseaux sociaux sont souvent la lie de la plus basse connerie humaine, mais certains détournements d’internautes facétieux valaient quand même le coup d’œil. Certes, les médias en ont pris pour leur grade, et cette dernière « bavure » ne va pas œuvrer pour remonter la cote d’amour – déjà assez basse – des journalistes auprès du grand public. Sans corporatisme mal placé, remettons quand même les choses en perspective : pour une fake news sortie, combien d’informations exactes parues dans vos journaux ?

    Ce qui pose davantage question dans ce remake de Fantomas chez Scotland Yard, c’est moins de savoir comment Le Parisien, premier à sortir le « scoop », s’est emmêlé les pinceaux, mais d’observer à quel point le reste des médias ayant relayé l’info ont fait preuve d’un suivisme grégaire. Avec le recul, les débats organisés le vendredi soir sur les chaînes d’information en continu à grands renforts d’experts n’en étaient que plus grotesques. Idem pour les unes des quotidiens régionaux et nationaux le lendemain matin, lesquels ont dû rétropédalé dans la journée du samedi et faire, un à un, acte de contrition.

    Mais revenons pour conclure à la source, pour un petit coup de pied de l’âne qui fera hurler la profession : sachez qu’une « révélation » arrive rarement par hasard, qu’un document qui fuite dans la presse n’est jamais offert à un journaliste pour ses beaux yeux et que, lorsqu’une « source proche du dossier » parle, ce n’est pas toujours pour le plaisir de se délier la langue. Le secret des sources est certes un trésor qu’il faut préserver, mais dans un monde idéal, un journaliste devrait expliquer la manière dont il a obtenu une information ; parfois aussi éclairant que l’information en elle-même. Comme dans les enquêtes policières, cherchez le mobile, et vous trouverez la source. 

JULIEN HEBRAS, ÂME DE BOIS

Dans l’atelier Lemaire, Julien Hebras restaure des meubles anciens, datés entre le XVIIe et le XXe siècle. Pourtant, rien ne le prédestinait à ce métier, mis à part son intérêt pour le bois, cette matière si vivante. Claire Seznec

La porte à peine poussée et l’odeur de l’atelier Lemaire prend aux narines. Effluves de colle, de produits divers, de bois se mélangent en un cocktail ni agréable ni désagréable. Julien Hebras, les yeux vissés sur un petit miroir ovale en bois, ne le sent même plus. Cette odeur fait partie de son quotidien depuis déjà de nombreuses années. Il est tombé dedans un peu par hasard, au détour du collège quand, à 15 ans, on lui a demandé : « que veux-tu faire comme métier pour le restant de ta vie ? ». Lui n’en n’a alors aucune idée. Toujours est-il que l’école ne l’amuse pas, qu’il veut « entrer dans la vie active rapidement ». Les week-ends, son père bricolait souvent. Julien l’y aidait avec plaisir, appréciant surtout le travail du bois. Se disant « tiens, ça pourrait être chouette d’être ébéniste », il a commencé un CAP d’ébénisterie à Joué-lès-Tours, avant d’enchaîner sur d’autres formations en tournage du bois, en marqueterie. « Je me suis révélé, éclaté, j’avais envie d’aller en cours, rit-il, aujourd’hui adulte. Finalement, j’ai fait neuf ans d’études. Pour quelqu’un qui n’aimait pas ça… » Ses années d’études, il les a terminées en tant qu’apprenti dans l’atelier Lemaire, ateliers de restauration de meubles anciens, installés dans le centre-ville de Tours à l’époque. Déjà, son rêve était d’avoir son propre atelier, dans un esprit détendu, pour travailler avec plaisir. Plusieurs années plus tard, en 2015 précisément, tout est devenu réalité : Julien a repris les ateliers Lemaire et a déménagé de l’autre côté de la Loire, dans un local bien plus grand. Avec son équipe et ses apprentis, tous des passionnés, il restaure des meubles anciens, datés entre le XVIIe et le début du XXe siècle, soit « avant Ikea », sourit le patron.


« via l’objet, on entre dans l’intimité »

De l’émotion et des histoires

Si aujourd’hui Julien fait beaucoup de déplacements, de salons, d’administratif, il garde de la fougue pour son métier. Lorsqu’il a un objet ancien, souvent endommagé par le temps, entre les mains, il a à cœur de lui redonner vie. Il entre dans l’état d’esprit de l’ébéniste qui a créé l’objet afin de refaire comme lui, même les imperfections. Certains objets le touchent particulièrement. Il y a le petit miroir, remarqué au début ; et d’autres, « lourds d’émotion » et d’histoires de familles. Le restaurateur tente de les ressentir, de vivre ce qui se dégage de l’objet. Dans l’atelier, il a vu défiler le petit jouet en bois de Louis XVII il y a quelques années, auquel il « repense souvent » ; mais aussi le coffre-fort personnel de Louis XIV. « Grâce à un objet, on entre dans l’intimité des personnes, estime Julien. Quand l’autre accepte qu’on ait un contact avec ses meubles, une confiance se crée. » Le plus clair du temps, la restauration s’effectue patiemment, à la main. Quelquefois, au fin fond de l’atelier, on entend le ronron d’une machine du XIXe siècle, qui scie du bois ou de l’ivoire, matériaux souvent utilisés pour le plaquage des meubles anciens. Car ce plaquage, « fin comme une allumette », demande une sacrée précision. Pas question de le fissurer pour réparer la structure mouvante de l’objet en question. « La restauration d’un meuble doit être invisible », lance Julien en dévoilant une somptueuse commode à la marqueterie Boulle, un « style » du XVIIe avec du plaquage d’écailles de tortue, du métal, du cuivre et du laiton. Évidemment, pour tous les meubles nécessitant de l’ivoire ou de l’écaille de tortue, l’équipe de l’atelier Lemaire n’est pas partie à la chasse. Ces matériaux sont désormais interdits à la vente, les espèces animales étant protégées ; mais il y a des stocks en France, créés pour la restauration de meubles anciens notamment. « Il n’existe pas encore de substitut adapté, précise Julien. Au contraire, pour la nacre, il y a des variétés différentes. »

Si aujourd’hui vous voulez faire restaurer le meuble de votre arrière-grande-tante, il faudra tout de même patienter. L’agenda de l’atelier Lemaire n’est pas extensible et aucun objet ne sera pris avant le mois de novembre... 2020. 

Les Brèves

  • CV

    13/04/1982

    né à La Rochelle

    1997

    commence un CAP d’ébénisterie à Joué

    2015

    reprend l’atelier Le maire à Tours/Saint-Cyr-sur-Loire