Les Brèves

  • CV

    17/06/1933

    Naissance à Boulogne-Billancourt

    1974

    Directeur de l’agence Gamma

    Septembre 2019

    Publie Dans l’intimité des stars de la chanson

HUGUES VASSAL, GRAND SEIGNEUR

Photographe des vedettes françaises (Johnny, Piaf, Aznavour) avant de parcourir la planète, co-fondateur de l’agence Gamma, ce Tourangeau a tout vu, tout connu… Mais en ce moment, c’est lui qui fait l’actualité, avec son dernier livre, Dans l’intimité des stars de la chanson française. Les vedettes du show-biz y sont toutes « belles, belles, belles » ! Sébastien Drouet

Une grande photo décore le mur du salon, dans l’appartement situé près de la place de la Tranchée, à Tours. Prise en 1969 en Afrique du Sud, dans un stade, elle montre d’un côté les Blancs, de l’autre les Noirs, les deux couleurs de peau étant séparées par une corde. L’apartheid dans toute sa bêtise. Symbolique, l’image a fait le tour du monde et a servi à réveiller les consciences, même s’il a fallu attendre encore vingt ans pour que ce régime tombe. C’est la photo préférée de son auteur, Hugues Vassal. Offerte notamment à Barak Obama, elle est régulièrement présentée dans des expositions. Hugues Vassal reçoit même des courriers d’enseignants qui en parlent à leurs élèves. « Là, je considère que j’ai réussi ma carrière », dit-il. Une carrière débutée au milieu des années 50 et qui le verra, avant qu’il ne se rende sur les points chauds de la planète pour témoigner, accompagner les plus grandes vedettes françaises afin d’immortaliser leur vie publique et, souvent, leur vie privée…

Tout commence en 1953. Hugues Vassal, alors « mannequin junior » à Paris, découvre la photographie. Il a 17 ans. « J’ai tout de suite compris qu’il valait mieux être derrière l’objectif que devant. D’instinct, j’ai trouvé que mannequin, ça n’avait pas d’intérêt. » Il embrasse alors le métier de photographe. En 1957, n’étant encore qu’un jeune reporter employé par France Dimanche, il se voit confier un sujet sur Édith Piaf. Une rencontre essentielle et marquante, puisque la « Môme », séduite d’emblée, le choisit en tant que photographe personnel. « Un sacré coup de pot. C’est les clés du paradis, parce qu’après, tu as accès à tout le show-biz. À l’Olympia, on m’appelait “l’abominable homme des coulisses”, parce que là-bas, je faisais ce que je voulais… » Avec Édith aussi. « C’était no limit. Quand elle avait besoin de moi, elle me téléphonait, j’arrivais pour la photographier, elle, ou pour photographier ses amants. » Et tout cela se retrouvait dans France Dimanche…


« tous passent devant son objectif : brel, aznavour, bécaud, brassens… »


Choisi par Piaf

Edith meurt en 1963. Une page se tourne. Après elle, il y a Johnny. Une période sur laquelle nous reviendrons plus loin. Les nuits sont courtes, surtout qu’Hugues ne se contente pas de ne photographier qu’une seule vedette, quand bien même il en est l’« immortaliseur » attitré. Toutes passent devant son objectif : Sylvie évidemment, Brel, Aznavour, Bécaud, Brassens, Cloclo, Dalida, Sheila… Mais au bout d’un certain temps, Hugues aspire à autre chose. « À 30 ans, j’avais fait le tour. » Il fonde alors, avec trois autres associés (dont Raymond Depardon), l’agence Gamma. De photographe people financièrement à l’aise, notre homme repart de zéro…

Au début, il fait vivre l’agence avec ses archives « show-biz ». Puis, l’horizon s’élargit. Il devient grand reporter à part entière, voyage partout dans le monde. Il y a l’Afrique du Sud, donc, mais aussi Israël, avec Golda Meir, la Centrafrique de Bokassa, la cour du Shah d’Iran, dont il est le photographe officiel, et où il croise Nixon et Sadate, la Chine du Grand Timonier au moment de la Révolution culturelle dite « heureuse », en 1971… Leica en bandoulière, Hugues passe sa vie dans les avions, sur la route, dans les hôtels, les palais. Au milieu des années 70, c’est la chute, suivie d’une période difficile. Le photographe arrive en Touraine « à la ramasse » pour être soigné trois mois et demi à La Membrolle-sur-Choisille, après avoir quasiment tout perdu à la suite d’une énorme affaire d’État – un sujet sensible qu’il préfère ne pas évoquer. Mais il remontera la pente, exercera de nouveau le métier, chez Point de vue Images du monde, créera des sociétés, deviendra consultant à l’ONU. Aujourd’hui, même s’il aimerait réaliser un dernier reportage, c’est notamment sur scène qu’il s’exprime, à travers le spectacle Raconte-moi Édith Piaf, dans lequel il narre d’incroyables anecdotes. On peut aussi le suivre dans Édith Piaf, une vie en noir et blanc (éditions du Signe), un imposant volume composé d’images signées Hugues et de textes écrits par le spécialiste de la chanson française Jacques Pessis, ou encore Dans l’intimité des stars de la chanson française (éditions de l’Archipel), à travers les portraits de 32 chanteuses et chanteurs des années 1950 à 1970. S’y révèlent l’intimité des artistes… et le talent du photographe.

Les Brèves

  • Au bout du rail ?

    En 2007, le groupe La Chanson du dimanche dénonçait avec humour, dans son titre Petit cheminot, la grève quasi perpétuelle de la SNCF. En 2019, rien n’a changé, ou presque. À cela s’ajoutent des travaux chaque automne, des incidents liés à la météorologie (c’est étonnant mais en Sibérie, les trains circulent, tout comme en Asie, mais bon…). Un état de fait presque naturel pour tout un chacun. Un immobilisme. Il ne s’agit pourtant pas de taper sur le cheminot, là n’est pas la question, mais plutôt de regarder en face la réalité. En France et en région Centre-Val de Loire – qui met, entre parenthèses, beaucoup d’argent sur la table depuis de nombreuses années aussi bien sur les lignes de chemin de fer que dans l’investissement dans du matériel –, les trains semblent pour beaucoup dater de l’ère soviétique ! Et surtout, ils arrivent en retard. Quand ils passent…

    La Cour des comptes, aux niveaux régional comme national, a publié dernièrement un rapport qui est juste la version comptable d’un système qui marche mal depuis des années. Mais la vraie question est : Pourquoi sommes-nous obligés de continuer à le subir ? Une ouverture à la concurrence devrait être l’occasion de tester d’autres solutions, car il en existe.

    La technologie est là, d’ailleurs. Pourtant, il y a bientôt deux cents ans, le chemin de fer arrivait en France… Et depuis, rien n’a changé, si ce n’est l’énergie qui fait avancer les trains, encore très majoritairement le diesel pour les TER, avec la pollution que cela implique. Cependant, la recherche avance. L’hydrogène, dont on commence seulement à acter l’utilisation future au niveau des trains – mais aussi

    des projets novateurs ou que certains détracteurs qualifieront de fous – comme Spacetrain et Hyperloop. De l’autre côté, les problématiques environnementales sont également de plus en plus réelles. De quoi imaginer un autre avenir pour le rail, mais faut-il encore le vouloir. Lors du premier choc pétrolier en 1976, Valéry Giscard d’Estaing avait déclaré : « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. » Il serait temps d’essayer de leur donner leur chance.