Les Brèves

  • 1959

    naissance à Moulins (Allier)

    1977

    arrive à Tours, pour un cursus en musicologie

    2011

    création de l'Ensemble Consonance

    2020

    sortie du disque de l'Ensemble Consonance « Dolce Affetti »

FRANÇOIS BAZOLA TÉNOR DU BAROQUE

Il est, en réalité, baryton. Il y a huit ans, en créant l'Ensemble Consonance, François Bazola donnait à Tours une bonne raison de plus de se prendre pour une place incontournable du monde de la musique baroque et ancienne. Rencontre avec un bosseur qui aime la liberté. Florian Mons

La parole est vivante et convaincante. Le regard est à la fois franc et bienveillant. On croit reconnaître un bon prof. « Consonance », cela signifie, étymologiquement, « faire sonner ensemble », réunir », explique François Bazola. « Je ne voulais pas d'étiquette », ajoute-t-il pour justifier la concision du nom. Une volonté de conserver une liberté – « C'est l'idée que je me fais de la musique » – que le chef a démontrée avec la création de « Face à face », en binôme avec la compagnie de danse hip-hop X-Press, en 2015. Quant à la composition de cette formation baroque, alors que l'on s'attend à des critères techniques exigeants, à une sélection longue, François résume : « Il faut être compétent et sympa ». Déconcertant. Pas de perles, pas de talents exceptionnels, engagés à la suite d'auditions douloureuses, vraiment ? « La seule star de Consonance, c'est la musique », répond-il. La musique, c'est « la récompense pour avoir passé des milliers d'heures à monter des projets. Si on doit travailler avec des gens ennuyeux, c'est inutile. » Heureusement, le chef semble avoir le choix : « Tours attire de plus en plus de talents ».

Famille de chœur

Lui aussi a été attiré par Tours, vers la fin des années 70, conseillé par une amie étudiante en musicologie. Mais ça, ce n'était qu'une étape de plus. La carrière de François Bazola a commencé bien avant et c'est peu dire qu'elle était déterminée. La musique et le spectacle, c'est l'ADN de la famille Bazola. Venus du nord de l'Italie au milieu du XIXe siècle, les aïeux de François s'installèrent en Auvergne et donnèrent naissance à son arrière grand-père, qui monta le cirque Bazola Minori. Le cirque ferma en 1914. Revenu du conflit, le grand-père de François, pianiste, acheta un cinéma et accompagnait les films muets avec son épouse violoniste. Quant à leur fils, instituteur, il était aussi pianiste, contrebassiste et dirigeait une chorale. « J'ai chanté dans la chorale de mon père. D'abord alto, puis basse. Je jouais aussi du piano », raconte celui qui, dans l'intervalle, est devenu baryton basse. Et cela pourrait continuer encore longtemps. L'épouse de François, Noemi Rime, est soprano et leurs quatre enfants sont musiciens. L'un d'eux, Étienne, fait une belle carrière d'artiste lyrique.

« Enfant, je n'était pas très comique. À onze ans, sur mon premier électrophone, je mettais des symphonies de Beethoven ou des disques d'Oscar Peterson », se souvient François. Une inclination pour l'austérité qui lui faisait même envisager la magistrature pour l'avenir... Pas longtemps. Après un Bac obtenu à Moulins, il débarque donc à Tours, en fac de musicologie. Acharné de travail, il entame une trajectoire sans à-coups. Pendant ses études, il passe une audition, rejoint le chœur de l'Opéra, entre au conservatoire. Après sa licence, il passe un Capes, puis prépare l'agrégation pendant son service militaire, où il joue de la contrebasse harmonique et de la grosse caisse ! Reçu à l'agreg', il enseigne aux collèges de Saint-Pierre-des-Corps et de Joué-lès-Tours et crée le Chœur universitaire de Tours. Mais le « grand aiguillage », ce sont les cours du prestigieux William Christie au conservatoire de Paris où François entre comme auditeur libre. Plus tard, en 1994, Christie lui proposera la direction du chœur des Arts florissants, puis l'organisation de représentations en Europe, aux États-Unis, à Singapour…

Baroque et jazz

« Avant les cours de Christie, je n'étais pas particulièrement porté sur le baroque », se souvient François. Il découvre alors « un univers ouvert qui offre une grande part de liberté dans l'interprétation ». C'est-à-dire ? « La basse continue s'apparente au jazz, avec ses accords chiffrés. Les ornements ne sont pas écrits. Celui qui joue est libre d'improviser sur ces accords. Celui qui dirige peut choisir les instrument qui les joueront. Et puis c'est une musique qui raconte les « affetti », les sentiments. Avec le baroque est né l'opéra et les personnages sont apparus sur la scène... » Une passion qu'il entretient avec Consonance, mais qu'il transmet aussi aux plus jeunes en intervenant dans les écoles. « Le baroque est très accessible », assure le chef. « Purcell ou Rameau sont plus faciles à chanter que Mozart. Je veux leur faire toucher la musique, la faire vibrer en eux. » À l'inverse, le chef écoute-t-il ce qu'écoutent les jeunes générations ? « Je ne porte pas de perruques et je ne dîne pas aux chandelles », s'amuse-t-il. « Les enfants, nous ramènent à aujourd'hui ». Une préférence dans le répertoire pop ? « Sting ! Ce n'est pas ce qu'on appelle une grande voix, mais elle touche tout de suite. » Mais au fait, comment l'a-t-il trouvée, lui, sa voix ? « C'est un cheminement long, introspectif. Il y a les critères techniques, la respiration, la posture, l'émission vocale, et subjectif : le plaisir qu'on y prend. Ceci dit, il y a aussi le déterminisme biologique, le corps. » Quand il entame un « Laaaaa... » à faire vibrer ce rez-de-chaussée, on comprend que son mètre quatre-vingt-dix a quelque chose à voir avec sa tessiture. « La moindre émotion influence la voix », explique-t-il, et lui-même redoute, parfois encore, certains lieds de Schubert. « On remet souvent tout à zéro... »

En janvier sortira le premier disque de l'Ensemble Consonance, « Dolci affetti », sous le label Herisson, dans lequel on entendra Monteverdi, Rossi ou encore Cazzeti, interprétés par une dizaine d'instrumentistes. Pour preuve supplémentaire de liberté, un projet se prépare pour 2020, où jazz et musique baroque se mêleront dans des improvisations. Quant à la carrière de magistrat de François Bazola, elle n'est plus à l'ordre du jour. L'austérité non plus. 

Les Brèves

  • Y aller… à reculons

    Selon une étude du Courrier des Maires-Smacl Assurances publié le 11 novembre dernier, « moins d’un élu local sur deux est certain de candidater aux municipales 2020 ». Aux 23 % d’entre eux qui hésitent encore à se présenter s’ajoute un tiers qui dit avoir renoncé à la fonction. Le seuil de 50 % pourrait être difficilement atteint. Si certains refusent pour des questions d’âge, l’étude rapporte que la charge de travail, l’insécurité juridique, les indemnités insuffisantes ou encore les relations dégradées avec leurs administrés, figurent parmi les principales raisons de ce « blues des maires ».

    Malgré les nuances selon la catégorie des villes, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Au congrès des maires de 2017, qui se déroula sur fond de suppression de la taxe d’habitation, c’est le « désarroi » qui régnait. En 2018, le ministère de l’Intérieur constatait une augmentation de 32 % de démissions volontaires chez les édiles, en majorité des petites communes, par rapport à la mandature précédente. Une situation à relativiser selon le détail des raisons de ces démissions et le rapport numérique à l’effectif total des maires, mais pas sans lien avec un contexte inquiétant. Gestion de la réforme territoriale, baisse des dotations et des ressources fiscales, suppression des emplois aidés, désertification médicale et fermetures, ça et là, de services de santé, services publics réduits à la portion congrue dans les territoires ruraux – encore qu’à ce propos, selon un rapport de la cour des comptes de mars dernier, la situation ne soit pas encore catastrophique – … Il y a de quoi, en effet, réfléchir à deux fois avant d’aller affronter le désengagement de l’État d’un côté et la contestation citoyenne de l’autre.

    Mais le volontarisme des élus locaux, en particulier dans les communes rurales, n’a pas disparu pour autant. Pour preuves, le courage de ceux qui ont pris des arrêtés contre les pesticides, les propositions de la maire de Graveron-Semervile, en Normandie, en matière de transition énergétique, le combat du Conseil municipal du Blanc, dans l’Indre, contre la fermeture de la maternité, l’aide à l’installation, avant la loi Egalim, de maraîchers bio, etc.

    Chers maires, vos concitoyens ont, plus que jamais, besoin de vous. Même si certains d’entre nous râlent parfois inconsidérément, et même si certains d’entre vous seraient effectivement mieux inspirés d’apprendre à jouer de la clarinette que de briguer un mandat, la grande majorité des uns et des autres tient à ce que cette fonction républicaine et démocratique vive encore longtemps et pleinement. Hauts les cœurs !