Les Brèves

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    C’est le nombre d’appels journaliers au numéro de téléphone pour les enfants en danger. Mais deux tiers restent sans réponse. Le gouvernement a décidé de mettre 400 000 euros de moyens en plus pour recruter cinq écoutants supplémentaires. Actuellement, ils ne sont que 43 dans toute la France.

« Personne ne sait qui s’occupe des enfants maltraités »

Benoît Fiaud, coordinateur de la Maison des droits de l’enfant Touraine

En Touraine comme ailleurs, les structures de défense et de protection des droits de l’enfant souffrent d’un manque de moyens. Récemment, le gouvernement a annoncé un plan pour protéger les enfants. Utile ? propos recueillis par Claire Seznec

En novembre dernier, la Convention Internationale des Droits de l’Enfance a fêté ses 30 ans. Mais qu’est-ce que cette convention ?

Ce texte a la particularité d’être le plus abordé au monde : il a été ratifié par 196 pays, sur les 197 que compte l’ONU. Les Etats s’engagent à mettre en œuvre les droits de l’enfant. Ceux-ci se découpent en quatre principes fondamentaux : la non-discrimination, la participation de l’enfant à tout ce qui le concerne (éducation, divorce, orientation scolaire), la survie et l’intérêt supérieur de l’enfant.

Respecte-t-on bien cette Convention en France ?

Il y a toujours des éléments à améliorer, notamment autour de la violence faite aux mineurs. Dans certaines régions, comme la Guyane et Mayotte, la survie et la protection des enfants sont parfois critiques…

Vous parlez de violence…

Les violences faites aux enfants pour tout ce qui n’est pas fait pour les enfants. On parle beaucoup de harcèlement scolaire, qui est une forme de violence entre les enfants. Mais les adultes ne peuvent pas non plus nier leurs responsabilités. À la Maison des Droits de l’Enfant de Touraine, on travaille sur la question de l’empathie, du respect. On apprend aux jeunes, dès la maternelle, à ne pas aller embêter l’autre, à avoir conscience que l’autre est un égal. Si on éduque les enfants dans le respect, il y aura moins de violence, harcèlement.

Le gouvernement a annoncé un plan pour protéger les enfants et leurs droits. Qu’est-ce que ça change par rapport à ces dernières années ?

Dans les 22 mesures énumérées, il y a forcément des choses intéressantes. Le problème du « 119-Allo enfance en danger » est qu’ils n’ont pas de moyens. Ils ont failli fermer ! À Tours, une mère a appelé plus de vingt fois avant de finalement se tourner vers nous. Donc plus que des déclarations d’intentions, on attend maintenant les moyens mis en œuvre pour aider les structures des droits de l’enfant.

Dans ce plan, il est expliqué que chaque département sera doté d’unité pédiatrique dédiée aux violences faites aux enfants, d’ici la fin du quinquennat. Est-ce envisageable ?

En réalité, ce type d’unité existe déjà sur le fonctionnement. Les enfants peuvent déposer leur parole, souvent à l’hôpital pour enfant. Les policiers s’y déplacent, écoutent, prennent la déposition. Mais quand on discute avec la brigade des mineurs, on se rend compte qu’ils sont déjà débordés. Eux aussi manquent de moyens.

« si on éduque les enfants dans le respect, il y aura moins de violence »

Est-ce que tous les acteurs de la défense et de la protection des droits de l’enfant auraient besoin de plus d’aide ?

Sur le terrain, par exemple, la Maison des Droits de l’Enfant en Touraine n’a absolument aucune subvention. L’Education Nationale et la Préfecture financent uniquement les interventions qu’elles nous demandent de faire dans les établissements scolaires, notamment. On est repéré comme faisant du bon travail. Tout le monde est ravi. Peut-être qu’il faudrait mettre la main au porte-feuille maintenant ? Il n’y a qu’un salarié mais du travail pour trois personnes…

Finalement, est-ce bien utile d’inventer de nouvelles structures si les « anciennes » travaillent toujours aussi bien ?

On entend souvent qu’il faut innover. Et si on considérait déjà ce qui existe et qu’on leur donnait des moyens ? ! Aujourd’hui, les structures des droits de l’enfant fonctionnent mais leurs actions doivent être renforcées. Personne ne sait qui s’occupe des enfants maltraités et de toutes les questions liées à leurs droits. En réalité, il faut tout reprendre à zéro. Dans notre société plutôt violente, le problème est surtout là.

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  • Internet, la violence et les jeunes

    Les bénévoles de la Maison des Droits de l’Enfant de Touraine se rendent dans les écoles, collèges et lycées du département afin de sensibiliser les jeunes à de nombreux sujets : le divorce, les droits à l’école et dans tous les lieux de vie, la justice des mineurs, l’orientation scolaire, les rapports avec les professeurs et les camarades de classe, les difficultés rencontrées avec des adultes. Souvent, ils constatent que les adolescents, et même avant, tombent relativement souvent sur des vidéos et autres contenus violents voire pornographiques. Ils ont à peine treize ans, l’âge minimum pour s’inscrire sur les réseaux sociaux. Pour Benoît Fiaud, de la Maison des Droits de l’Enfant de Touraine, c’est encore bien trop jeune pour s’y rendre. « C’est déjà bien d’avoir supprimé les téléphones à l’école, ça limite l’accès aux contenus inappropriés aux mineurs, lance-t-il. Mais il faudrait aller plus loin. Tous les jours, chez eux, entre eux, ils voient des choses qu’ils n’ont pas à voir. »

    Pour limiter ce problème, des contrôles parentaux peuvent être mis en place sur les ordinateurs, tablettes et smartphones. Pourquoi ne pas contrôler, également, directement le téléphone, avec son enfant pour lui expliquer ?