Les Brèves

  • CV

    13/07/1972 

    né à Menetou-Salon (18)

    1994 

    se lance dans le monde du spectacle

    2004 

    crée HYH Créations à Tours

Yanosh Hrdy Inoxydable

Loin de l’air frais d’une campagne adorée, cet artisan-designer tourangeau construit des structures, des décors, du mobilier. Son truc, c’est l’acier, les matériaux bruts. Après des années de boulot solitaire, il souhaite partager son savoir. Claire Seznec

Dans le hangar d’usine qui sert d’atelier à Yanosh, il fait un peu frais en ce mois de décembre. Heureusement, à côté des prototypes de fauteuils « rétro-modernes », il a installé un radiateur pour réchauffer les bouts de doigts gelés. « Ici, il faut bouger, sinon on a vite froid, souligne Yanosh en ouvrant son thermos à café. Quand je bricole, ça va. » Découper, poncer, souder… Ses journées sont rythmées par la création, la recherche du beau, de l’utile lié à l’agréable. Gamin déjà, il bidouillait la terre, se lançait dans des maquettes de voitures aérodynamiques, inventait des robots avec ses Lego. Dans la maison familiale de potiers céramistes, entre Bourges et Sancerre, l’ambiance baignait dans la créativité. « Il y avait toujours des travaux, raconte Yanosh. Mon grand-père m’inspire beaucoup, c’est lui qui a fabriqué le four en métal de mon père, pour la poterie. » Le bac en poche, que faire ? Du design, pendant quelques années, le temps des études ; mais le jeune bricoleur n’en a pas vu la finalité. En 1994, il découvre le monde du spectacle, particulièrement du théâtre de rue. Il décide de fabriquer des décors de pièces, notamment au Printemps de Bourges. Quelques années plus tard, avec des copains, il crée une compagnie ambulante, la Française du Contage. Après plusieurs années de brainstorming et de chantiers, la pièce « 33 h 30 minutes » sort. Et tourne à n’en plus finir. « Et puis il y a eu la grève des intermittents du spectacle, dont je faisais partie, se souvient Yanosh. Beaucoup de comédiens et d’autres collègues ne sont pas venus. » Une nouvelle pièce, avec décor monté en direct ; et puis l’envie de « faire autre chose », de monter une société d’aménagement des lieux. À Orléans, il crée le mobilier des vestiaires, de la signalétique et du vestibule de la salle l’Astrolabe. Il jongle avec les matériaux, avec les matières.

Des restes de punk

Après un rapide passage dans le Lot, cet artisan-designer s’est finalement installé en Touraine, loin de la campagne qu’il chérit tant, loin des arbres qui lui apportent la sérénité, loin de la montagne où il aime tant skier. Le plaisir de se retrouver dehors et de marcher un peu, il vient de le redécouvrir avec le golf si bien que plusieurs clubs sont rangés dans un coin de l’atelier. Heureusement, le plaisir de construire prend aujourd’hui le pas sur l’attrait du grand air. « J’ai le cerveau qui bouillonne, lance Yanosh. Je viens souvent le samedi, parfois le dimanche, pour monter mes projets dans l’atelier. » Ces derniers mois, il a fabriqué la boutique du Mame, à Tours, un espace pérenne, tout en inox brossé ; à côté, avec des lycéens tourangeaux, il a planché sur de nouveaux bancs pour Rochecorbon. Entre deux tôles d’acier, un prototype est d’ailleurs exposé, n’attendant que le bois du menuisier pour être terminé. Souvent, ces idées sortent de nulle part, quasiment sans aucune référence artistique ni influence précise. Ses créations oscillent entre le prosaïsme et le lyrisme, entre la légèreté et la dureté, entre la lumière et la poussière. En les observant, on aime ou on n’aime pas. Mais on ne peut que constater dans ce travail un côté rock'n'roll, des restes de « punkittude de la jeunesse », celle où l'onse débrouille comme on peut, avec honnêteté. « Dans le monde du spectacle, les budgets culturels sont ric-rac, on fait tout sans argent, il faut aller au charbon pour manger, précise Yanosh, plongé dans ses souvenirs sans pour autant paraître plus nostalgique que ça. Alors on s’entraide, on partage. » Sans doute est-ce de cette expérience que se tire l’envie, dans un futur proche, d’enseigner ses savoirs artisanaux dans les lycées. Prendre un apprenti ? Trop compliqué quand le bricoleur va d’un projet à l’autre, de ses dessins graphiques à son poste de soudure. Toujours en mouvement, il se projette dans le temps, dans l’espace, avec des dizaines d’idées comme bagages. Quel sera son prochain voyage ? 

Les Brèves

  • LA DER DES DERS

    2020 sera l’année du renouveau, l’année de tous les possibles. Parce que, comme on dit désormais en blaguant : « le changement c’est maintenant ». La vie nous malmène. Parfois, elle semble nous laisser dans une sombre impasse, avec des arbres dégarnis, des corbeaux qui croassent et des méchantes sorcières cachées derrière une jolie pomme rouge. Parfois, elle nous coule comme le Titanic. Sommes-nous Jack ou Rose ? Est-ce qu’on s’oublie, est-ce qu’on laisse la place aux autres ? Ou est-ce qu’on monte sur le radeau, est-ce qu’on rame jusqu’à un autre bateau ? La vie, parfois, elle nous fait des cadeaux. Elle nous montre qu’il faut se battre, contre les autres et contre soi-même, pour soi-même. Elle nous montre que, finalement, rien n’a d’importance si ce n’est nous-mêmes. Être égoïste n’est parfois pas si mal quand il s’agit de se protéger et d’avancer. La vie prend des chemins tortueux, avec des intersections incroyables qui nous questionnent. Qui suis-je ? Que fais-je ? Où vais-je ? On tâtonne, on se lance, on rétropédale, on réessaie. Plus qu’après l’argent, plus qu’après le bonheur, la vie nous fait courir après le sens. Le sens de la vie, le sens de notre profession, le sens de nos relations. Alors on trie, un peu comme quand on déménage. On oublie les uns, on tisse de forts liens avec les autres. On en sort plus fort, même si jamais on n’a été faible.

    Pour cette dernière de l’année 2019, la personne qui écrit le dernier mot vous remercie, vous, lecteurs et lectrices. Mais aussi les journalistes qui ont de merveilleuses idées d’articles, les commerciaux qui font vivre l’hebdo, les graphistes dont les doigts filent sur le clavier pour être dans les temps, la secrétaire de rédaction qui vérifie l’orthographe, la grammaire, l’écriture ; bref, tous ceux qui œuvrent pour que ce journal, votre journal, soit imprimé toutes les semaines.

    Une superbe année 2020 à tous, qu’elle soit pleine de bonnes surprises, de petits bonheurs, de joies, d’opportunités, de reconnaissance, de solidarité, de rencontres !

    À bientôt.