Les Brèves

    CHU de Tours : qu’est-ce que la nouvelle loi sur le don d’organes va changer ?

    Santé

    Depuis le 1er janvier 2017, la législation sur le don d’organes a évolué. Le principe de consentement présumé a été renforcé, et les moyens pour informer de son éventuel refus démocratisés. Cette mesure permettra-t-elle d’augmenter le nombre de greffons disponibles, alors que les patients en attente d’un organe sont de plus en plus nombreux ? Les spécialistes du CHU de Tours, seul hôpital habilité dans notre région à effectuer des transplantations, ont-ils bien accueilli la modification de la loi ?

    Par Marie DEROUBAIX

    « Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une pénurie d’organes. Les transplantations sont victimes de leur succès », déplore le professeur Ephrem Salamé, chef de service de chirurgie digestive au Centre hospitalier régional et universitaire de Tours (CHRU). Dans ces circonstances, le chirurgien se réjouit de la nouvelle mesure sur le don d’organes, entrée en vigueur le 1er janvier 2017. Une mesure qui durcit le principe de consentement présumé, déjà inscrit dans la loi Caillavet il y a quarante-et-un ans, mais qui, dans la pratique, n’aboutissait pas à un prélèvement systématique : « Dans environ 27 % des cas, à Tours, nous faisions face à un refus de la famille », précise Jean-Christophe Venhard, médecin coordinateur du prélèvement d’organes au CHRU, avant d’expliquer : « Si la personne n’a pas exprimé son souhait de son vivant, la famille est dans l’incertitude, et cela peut aboutir à l’absence de prélèvement. Le but de la loi est de diminuer le taux d’opposition. »

    « Il est inenvisageable de réaliser un prélèvement d’organes si la famille s’y oppose formellement »

    Cette modification de la loi prévoit que « le prélèvement d’organes peut être pratiqué sur une personne majeure dès lors qu’elle n’a pas fait connaître, de son vivant, son refus d’un tel prélèvement, principalement par l’inscription sur un registre national automatisé prévu à cet effet. » Mais dans la pratique, malgré le durcissement de la loi, le rôle de la famille reste crucial : « Il est inenvisageable de réaliser un prélèvement d’organes si la famille s’y oppose formellement », précise le médecin. En l’absence d’inscription sur le registre national des refus, il est prévu que les proches peuvent faire valoir, par écrit, une opposition au prélèvement d’organes exprimé oralement par le patient décédé. « Il faut simplement spécifier à quel moment le défunt a exprimé son opposition au don d’organes », explique Jean-Christophe Venhard. Enfin, dernière solution pour exprimer son refus : rédiger une simple note écrite de son vivant, avec sa signature, et la remettre à un proche.

    Pour le professeur Ephrem Salamé, qui a perdu 28 patients en 2016 faute de greffons disponibles, soit 16 % des patients en attente d’un foie au CHRU de Tours, il est « éthiquement logique que l’on soit donneur présumé dans un pays où le don d’organes est gratuit et anonyme. Les dons bénéficient aux malades les plus graves. Ce n’est pas le cas partout. Il y a des pays où on rémunère les donneurs, et certains où il faut payer pour se faire transplanter ! Si cette nouvelle mesure peut faciliter certaines discussions avec la famille, les pousser à accepter le don d’organes lorsque le défunt n’a pas indiqué son souhait de son vivant, alors c’est une bonne chose. Si on pouvait supprimer le taux d’opposition de la famille, on arriverait presque à combler la pénurie. » Pour Matthias Büchler, responsable de l’unité de transplantation rénale du CHRU, qui est à la tête d’une cohorte de 1 700 patients, en comptant les personnes ayant déjà bénéficié d’une transplantation et dont il faut assurer le suivi, « il n’est pas évident de prévoir les retombées que peut avoir la nouvelle mesure. » S’il faudra encore attendre pour déterminer si le nombre de greffons disponibles sera plus nombreux, pour Jean-Christophe Venhard, « quelque soit l’impact de la loi sur le nombre de prélèvements, ce décret aura permis à chacun d’aborder ce sujet avec ses proches. »

    Pratique

    À partir du 23 janvier, le registre national des refus sera accessible en ligne, sur www.registrenationaldesrefus.fr

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    • Des dons insuffisants pour couvrir les besoins

      Depuis plusieurs années, la hausse des patients en attente de greffons a considérablement augmenté. « Une hausse due aux progrès de la médecine, des techniques de transplantation et des médicaments antirejet », comme l’explique le professeur Ephrem Salamé, chef de service de chirurgie digestive au Centre hospitalier régional et universitaire de Tours, avant d’ajouter : « Tous les ans, des malades meurent par défaut d’accès, à temps, à un greffon, tandis qu’un lot de patients restent inscrits. Mais plus le temps d’attente devient long, plus le risque de mortalité est élevé. » Matthias Büchler, responsable de l’unité de transplantation rénale du CHRU, explique également que « la typologie des greffés a changé depuis 10 ans. On transplante des gens de plus en plus âgés, l’espérance de vie s’étant rallongée. » Il faut également rappeler que pour que les organes soient prélevés (foie, poumon, cœur, rein...), ils doivent être en état d’être greffés : « Les morts encéphaliques représentent 1 % des décès dans les hôpitaux, et constituent à eux-mêmes 95 % des prélèvements faits en France », rappelle Jean-Christophe Venhard, médecin coordinateur du prélèvement d’organes au CHRU.