Les Brèves

    Libertinage en Touraine : une liberté assumée

    Libertinage

    Avec quatre lieux libertins ayant pignon sur rue en Touraine – une densité record en dehors des grandes métropoles – et plus d’une dizaine en région Centre-Val de Loire, les couples trouvent, sur notre territoire, un terrain favorable pour vivre une sexualité non-conventionnelle. Un monde qui a ses codes, ses usages… Découverte.

    Par Philippe Hadef et Claire Seznec

    Le libertinage n’est plus à ranger dans la case des pratiques marginales. Si on est loin d’une généralisation, on ne peut plus parler aujourd’hui d’anecdotes ou de pratiques élitistes.

    Triolisme, échangisme, exhibitionnisme, mélangisme, côte-à-côtisme… Ces pratiques connaissent une évolution spectaculaire en France à en croire les études réalisées et notamment le dernier sondage réalisée par l’Ifop en 2014.

    Ce n’est pas pour autant dans l’hexagone que l’on trouve la plus grande concentration de ces couples qui vivent cette forme de liberté sexuelle. Sans surprise en revanche, c’est au nord de l’Europe que les Libertins trouvent une terre d’expression. L’Angleterre et surtout la Belgique se retrouvent en tête de tous les classements. Étonnamment en revanche, dans un pays très marqué par la religion catholique, l’Espagne est la seule nation du sud à se hisser dans la tête de ce classement qui répertorie le pourcentage de population qui s’adonne à des pratiques dans l’intimité des habitations ou des lieux privés ouverts au public.

    La France, elle, se singularise par une attirance particulière pour les clubs libertins. Elle partage avec la Belgique, les deux premières places de ce podium coquin de l’Union européenne.

    Une forte progression en l’espace de dix ans

    Mais ce qui est le plus marquant, c’est la forte progression notée ces dernières années en France notamment. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à s’affranchir des codes traditionnels de la sexualité.

    Le triolisme, par exemple, pratique la plus répandue en Europe, concerne près de 10 % des couples en France. Est-ce l’effet d’une parole plus libre ? Ce même sondage réalisé en 2001 plafonnait à 3 %...

    Même constat lorsqu’il s’agit d’évoquer la fréquentation de lieu échangiste. La courbe est multipliée par trois en seulement huit ans pour atteindre, en 2014, 7 % pour les couples, 11 % pour les hommes. Et on note particulièrement un net rajeunissement des pratiques chez les moins de 35 ans, même si les couples de 35 à 49 ans sont majoritairement représentés.

    Cette tendance nationale trouve logiquement une illustration sur le plan local, d’autant que la Touraine est très – presque trop – bien pourvue en établissement. Il faut distinguer trois types de lieux très distincts.

    Les clubs qui s’apparentent à des discothèques, ceux qui y ajoutent un espace balnéo et les saunas. La Touraine, par exemple, avec quatre établissements et un sauna à Chambray-lès-Tours offre justement ce panel, chacun ayant fait le choix de se singulariser de la concurrence à l’exception du dernier venu, l’Ambassade.

    En règle général, chaque département possède un à deux établissements répertoriés.

    « C’est une moyenne qui évidemment est en lien avec le volume de population mais qui, théoriquement, permet à la fois au club de vivre sur un plan économique, mais aussi d’offrir à chaque pratiquant un lieu de proximité » explique Gérald, propriétaire de trois clubs dont un à Sainte-Maure-de-Touraine.

    Des règles strictement respectées

    L’itinérance, elle, est de mise. Certains couples peuvent parcourir 100 à 150 kilomètres pour trouver chaussures à leurs pieds. On pourrait supposer qu’il s’agit là principalement d’un souhait de s’extraire de son bassin de vie pour rester dans l’anonymat. Pour autant, plus que cet aspect qui reste à démontrer, c’est avant tout la réponse à des critères qui, eux, sont palpables : hygiène, confort, ambiance, population et respect des règles. Des règles ?

    En effet, si l’hygiène et le confort (déterminés par le type de prestations de service proposé) sont largement compréhensibles, les autres notions varient en fonction des attentes.

    La seule qui semble immuable et qui joue un rôle majeur dans la pérennité d’un club ou d’un sauna quel qu’il soit, ce sont les règles de vie au sein d’un établissement. Le respect, en est l’un des piliers. Tous ne viennent pas avec la même attente.

    Et respecter le désir de chacun est, à en croire les responsables de ces clubs qui y veillent avec ardeur, un prérequis. Car chaque client doit pouvoir vivre son expérience en toute liberté. Il faut dès lors respecter certains codes. Dans l’espace discothèque, le contact est surtout visuel et verbal. Comme dans tous lieux, la séduction se fait de façon naturelle. Seconde étape, pour ceux qui disposent d’espace balnéo, le toucher prend le pas sur les mots.

    « Le plus important est de toujours respecter le désir, notamment de la femme. Sans invitation explicite, on ne doit pas s’imposer à l’autre » explique le responsable du Paradis. Il n’y a aucune dérogation à cette règle qui est de mise dans le monde du libertinage et que chaque nouvel arrivant se voit expliciter clairement dès qu’il a l’autorisation de passer le pas de la porte.

    Et concernant les « coins calins » il en va de même. Déroger à cette règle est immédiatement sanctionné d’un avertissement ou d’une exclusion. Et pour cause, il en va de la survie même de l’établissement. L’offre est largement suffisante pour que la clientèle s’évapore en quelques semaines pour trouver ailleurs ce qu’il vient y chercher.

    La liberté d’être soi-même

    « Ce que je remarque c’est qu’une femme est bien plus tranquille dans un club libertin que dans une discothèque. Elle se sent paradoxalement moins harcelée » confirme le patron du club de Montlouis. Un vrai paradoxe qui s’ajoute à un autre. À l’inverse de ce que l’on pourrait penser, ce respect va au-delà de la simple approche. Quel que soit l’âge ou l’aspect physique, aucun jugement ne semble s’opérer de façon explicite. De fait, ceux qui se rassemblent dans ces lieux se sentent d’autant plus épanouis. « Dans libertin, il y a liberté… Je ne tolère aucun jugement, aucun ricanement dans mon établissement ». Et, à l’évidence, difficile de passer inaperçu quand on est l’auteur d’un acte inapproprié, même un de ceux qui pourraient sembler banals dans la société.

    Dans ces lieux, souvent pourvus d’habitués, se sont autant d’yeux et d’oreilles qui aident le propriétaire à veiller au respect de ces règles qui parfois sont écrites en toutes lettres à l’entrée de certains clubs. Reste un aspect qui peut paraître étonnant aux Béotiens que nous sommes : comment un couple peut-il survivre à ce genre de pratiques ?

    C’est Gérald, libertin lui-même depuis vingt-cinq ans, qui apporte ce témoignage éclairant : « Un couple qui viendrait avec déjà quelques failles ne se renforcera pas. Au contraire, il accélérera son déclin. Il ne suffit pas d’avoir envie d’apporter un peu de piment dans sa vie sexuelle. Il faut avoir déjà largement et honnêtement échangé sur ses désirs, avoir une réelle confiance l’un envers l’autre. Au final, avoir un véritable amour en partage. Souvent, les couples viennent une première fois pour découvrir sans se livrer vraiment. Ensuite, ils reviennent ou pas. Enfin, certains n’ont jamais de contact physique avec d’autres personnes. La forme concrète de leur présence est affaire de chacun. Il n’y a aucune obligation ».

    Ce que l’on confirme également du côté de Montlouis : « certains couples ne viennent que pour l’ambiance et n’ont aucune relation intime entre eux ou avec d’autres ».

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    • Trop de clubs en Touraine ?

      Il ne suffit pas de créer un club libertin pour ensuite récolter les fruits de cet investissement. Beaucoup ces dernières années ont émergé et n’ont pas duré. Le Milady, La Caverne – ouvert sans autorisation –, l’Indécence, autant de lieux qui n’auront pas survécu.

      Pour le Moulin’s Club, de Sainte-Maure-de-Touraine, un des plus vieux du département, trois établissements dans le département – le sauna est une activité trop différente pour être concurrente –, c’est suffisant pour apporter de la diversité et de la proximité. « Nous avons déjà un peu souffert, il y a dix ans, quand le Paradis à ouvert. Mais ensuite, après une petite année de flottement, chacun a trouvé sa clientèle car nous avons tous notre spécificité ».

      Il est vrai que si, chaque week-end, ils sont plusieurs centaines à occuper les pistes de danse de ces établissements, l’arrivée de l’Ambassade crée une situation de tension. À tel point d’ailleurs que les responsables de ces derniers nous ont laissé porte close sans que l’on sache réellement ce qu’ils avaient à cacher ou à préserver.

      Le monde libertin de Touraine est donc clairement en ébullition. Pour les clients, en revanche, cette diversité est l’occasion de comparer.