Les Brèves

    « On a stoppé l’hémorragie qui touchait notre secteur depuis cinq ans »

    Artisanat

    Après plusieurs années difficiles pour l’artisanat, avec des milliers d’emplois détruits rien que pour la région Centre-Val de Loire, la fin de la décroissance semble annoncée. Pour 2017, Gérard Bobier, président de la chambre de métiers et de l'artisanat départementale et régionale, se veut optimiste, même si rien n’est encore gagné.

    Par Marie Deroubaix

    Quel bilan dressez-vous de l’année 2016 ?

    Gérard Bobier : On a arrêté de perdre des emplois dans l’artisanat. On en a créé 400 dans le département durant le premier semestre 2016. À l’échelle de la région Centre-Val de Loire, ce chiffre s’élève à 590. Nous avons également augmenté le nombre d’apprentis qui était décroissant depuis 2010. Le CFA de la chambre des métiers d’Indre-et-Loire a enregistré 108 inscriptions de plus cette année, soit une hausse de 7 % par rapport à l’année précédente. J’ose y voir un début de reprise économique, même si les années électorales ne sont généralement pas favorables à la relance.

    « Le nombre de micro-entreprises explose »

    Vous êtes donc confiant pour l’année à venir ?

    Gérard Bobier : Je pense que l’on a stoppé l’hémorragie qui touchait notre secteur depuis cinq ans. Dans la région Centre, on avait perdu pas moins de 2 000 emplois ! En 2015, en Indre-et-Loire, le solde d’entreprises enregistrées par notre chambre était de + 406. En 2016, il affichait + 664 entreprises. À la lecture uniquement de ces chiffres, on pourrait dire que c’est fabuleux. Mais il y a un bémol. Les micro-entrepreneurs représentent pratiquement sept installations sur dix (69 %) au premier semestre 2016. Le chiffre d’affaires de ces micro-entreprises est plafonné, ce qui a deux aspects négatifs : ils ne peuvent pas embaucher, et ne peuvent pas non plus former d’apprentis. Ainsi, lorsqu’on dit que la création d’entreprises est en développement, en réalité leur nombre est en développement mais le nombre d’entreprises classiques qui embauchent est en diminution. Si c’est ce régime qui devient majoritaire, quid des embauches et quid des formations aux jeunes en apprentissage ?

    Comment expliquer cette hausse du nombre de micro-entrepreneurs ?

    Gérard Bobier : Certaines personnes, qui ont subi des plans sociaux, ont eu envie de créer leur micro-entreprise. En parallèle, les gouvernements successifs ont poussé à leur création pour faire baisser les chiffres du chômage. Mais seulement 2 % des micro-entreprises finissent par devenir des entreprises classiques et 57 % des micro-entreprises ne déclarent aucun chiffre d’affaires.

    Quels sont les secteurs de l’artisanat les plus porteurs ?

    Gérard Bobier : Les secteurs des services dans les domaines de la beauté et du bien-être (coiffure, spa, massage…) et tous les métiers arts et cuir (tapisserie, restauration de fauteuil…) marchent bien. Les services à la personne sont aussi montés en flèche.

    Quels sont vos projets pour cette nouvelle année 2017 ?

    Gérard Bobier : Nous voulons travailler sur le numérique. L’artisan n’a plus son crayon dans sa poche et son stylo derrière l’oreille. On est passé à l’ère du digital. Si on avait dit il y a 10 ans qu’un artisan boucher aller faire du commerce en ligne, on aurait parlé de science-fiction. Maintenant, c’est essentiel, il faut développer tous les nouveaux outils. Nous voulons également aider les artisans à exporter leurs produits. Beaucoup d’entres eux ont des produits qui pourraient s’exporter mais ils n’ont pas la structure pour le faire. 

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