Les Brèves

    « L’économie collaborative est une économie grise voire noire, souterraine et rampante »

    Interview

    Les 12 et 13 mars, le Parc des Expositions de Tours a accueilli 130 professionnels de l’hôtellerie, de la restauration et des métiers de bouche de la région Centre-Val de Loire pour la première édition d’un salon qui leur était consacré. De nombreux visiteurs avaient fait le déplacement, à l’heure où les difficultés du secteur sont nombreuses. L’occasion de faire le point sur la situation avec Jean-Marie Gervais, président de l’UMIH 37 (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie).

    Par Marie DEROUBAIX

    La Tribune Hebdo : Comment se porte le secteur de l’hôtellerie restauration dans le département ?

    Jean-Marie Gervais : En 2016, il y a eu une légère baisse au niveau de l’hôtellerie, et une forte baisse dans la restauration de moyenne gamme, allant jusque dans les -10 %. Ces chiffres correspondent à la tendance nationale. On a dénombré 1,5 million de touristes en moins en 2016 en France. Un phénomène directement lié aux attentats, et c’est Paris qui a souffert le plus de cette baisse de fréquentation.

    Quelles sont les autres explications pouvant expliquer ces mauvais chiffres ?

    Jean-Marie Gervais : Le digital est là, et on doit y entrer ! Nous devons nous y adapter car nous n’avons plus affaire à la même consommation qu’il y a 10 ans. Nous devons faire attention à l’économie collaborative, comme les tables partagées à la maison. C’est une économie grise voire noire, souterraine et rampante. Elle met en danger nos établissements, ça va finir par faire fermer les restaurants dans les campagnes. De plus, il s’agit d’une économie collaborative, mais pas solidaire ! En ce qui concerne les tables partagées à la maison, cet échange d’argent est-il fiscalisé ? Est-ce que les hôtes paient des charges à la fin ? Non ! On impose des choses aux professionnels, et les autres rien, mais qui va remplir les caisses de l’État demain ? C’est soi-disant cool mais ça ne va pas être très cool à la fin ! Il faut les mêmes obligations fiscales pour tous, les lois doivent être les mêmes pour tout le monde. Nous devons aussi faire face à 50 normes supplémentaires par an, avec parfois des choses aberrantes. Le temps que l’on passe à mettre en place ces directives, c’est du temps en moins consacré pour le client. Il faut que l’on arrive à être moins submergés par les nouvelles normes qui nous détournent du client et de sa satisfaction.

    En ce qui concerne l’économie collaborative, il y a eu des avancées sur le plan légal, notamment sur les locations ponctuelles via des sites tels que Airbnb. En êtes-vous satisfait ?

    Jean-Marie Gervais : C’est un premier pas, mais on ne va pas dire que nous sommes contents non plus. On regrette que l’obligation des plateformes à transmettre les revenus de leurs utilisateurs ne soit applicable qu’en 2019. Et d’autres choses aussi, comme le fait que le seuil de revenus à partir desquels les particuliers louant leur logement doivent payer des cotisations est trop haut.

    Quelles sont les relations entre l’UMIH et les centres de formation d’apprentis ?

    Jean-Marie Gervais : Nous sommes là pour les écouter, tenter de trouver des solutions... Il y a un manque d’apprenants car le secteur n’est pas très bien vu par les parents. C’est considéré comme une voie de garage. Mais c’est faux ! On peut être apprenti et monter son affaire demain. Il y a un potentiel formidable d’ascenseur social. Il faut qu’il y ait une prise de conscience collective en France sur l’importance des touristes. 85 touristes, c’est égal à un emploi.

    85 touristes, c’est égal à un emploi.

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