Les Brèves

    À la conquête de la Touraine Viking

    Parcours d’histoire

    Les Vikings n’ont jamais eu autant le vent en poupe ! Après le succès de la série, l’épisode d’Astérix et Obélix, les groupes de métal et les jeux vidéo, pourquoi ne pas profiter des vacances pour remonter la Loire sur les traces de ces « barbares sanguinaires », plutôt d’origine danoise, qui ont durablement marqué la Touraine de leurs nombreux raids entre 843 et 903 ?

    Par Aurélie SCHNEL


    D’amont en aval, la Loire a déversé ses richesses sur la Touraine, faisant de la région une terre de convoitises, attirant les puissants et les envieux pour qui la cupidité n’avait aucune limite. Pas étonnant que durant tout le IXe siècle, les Vikings aient remonté le fleuve royal, attirés par l’odeur alléchante des conquêtes, de la gloire et des pillages, semant le chaos, l’effroi et la mort. Inspirant autrefois la terreur et forçant aujourd’hui l’admiration, les Vikings ont largement participé à la formation de la Touraine féodale. Pour s’en protéger on construit des forteresses, on élève des enceintes, on fortifie les villes, on tente de les convertir, on paye des rançons, on leur offre des terres et des châteaux. Ainsi, par exemple, le terrible Hasting, chef Viking, devient comte de Chartres en 882.

    Les premières incursions scandinaves dans l’Empire Franc datent de 799. Mais, les Vikings redoutent la Loire, fleuve impétueux dont les eaux bouillonnent. Toutefois, profitant des troubles politiques qui interviennent à la mort de Louis le Pieux, dès 843, les Normands cherchent à remonter la Loire depuis leur campement de Noirmoutier. Le 24 juin, plus de 4 000 hommes, à bord de 67 drakkars arrivent à Nantes sous le commandement de leur chef Hasting. La ville est mise à sac, puis c’est au tour d’Angers, de Saumur, de Chinon… Tours résiste. Une nouvelle tentative est faite en vain en 845. Mais, l’automne 853 est fatidique, la réussite Viking est totale puisque 105 navires Vikings remontent la Loire jusqu’à Amboise. À leur bord, environ 60 hommes par bateau, pillant systématiquement toute la Touraine à la recherche de trésors. De nombreux raids s’en suivent (857, 862, 865, 867, 869, 871), détruisant ce qu’on a à peine le temps de reconstruire. Les raids barbares en Touraine prennent définitivement fin en juin 903, alors que les côtes françaises y font face jusqu’en 1017. Saint Martin aurait protégé irrémédiablement la ville.

    Les Ponts-de-Cé, aux portes de la Touraine

    « J'ai traversé les Ponts-de-Cé. C'est là que tout a commencé... » dit la chanson d'Aragon. En 869, la menace Viking s’intensifie et Charles II, dit le Chauve ordonne la multiplication des fortifications et l’édification de défenses efficaces contre « ces diables de Vikings ». Ainsi, à l’emplacement stratégique de la confluence entre la Loire et la Vienne est édifié un pont fortifié complété d’une motte féodale protégeant ce qui constitue l’unique passage sur la Loire. Pour assurer leurs arrières, les défenses ligériennes détournent le débit de la Loire en développant une rivière secondaire : le Louet, bloquant le passage aux navires ennemis.

    Le château d’Ussé, forteresse Viking

    Bien avant d’être le merveilleux château de la Belle au Bois Dormant, Ussé était une forteresse en bois, érigée en 1004 par Gueldin 1er de Saumur, surnommé le Diable de Saumur, ancien Viking converti mais redoutable, à qui le comte de Blois, Thibaut II, avait confié les seigneuries de Saumur, d'Ussé et de Pontlevoy. Son fils Guelduin II lança en 1040 la construction du premier château en pierre.

    Tours

    La basilique St-Martin : Le 8 novembre 853, les Normands atteignent la ville de Tours. La population, terrifiée, se réfugie dans la cité fortifiée. Faute de pouvoir pénétrer les défenses, l’envahisseur se tourne vers le riche faubourg en plein développement, installé autour de la basilique Saint-Martin. L’édifice est intégralement ravagé, pillé et incendié.

    La brèche normande, rue des Ursulines fut le théâtre d’un véritable miracle. En effet, en 903, après avoir une nouvelle fois ravagé la basilique, les Vikings se ruèrent à l’assaut des remparts de la ville. Ils y campèrent durant 3 mois, terrorisant les habitants. Les défenses tourangelles prêtes à céder, on espéra un miracle. Il suffisait de demander ! La ville fut sauvée par Martin. Les reliques du saint, portées en procession, épouvantèrent les Normands, pris subitement de vertiges, et les mirent en déroute ad vitam aeternam ! Chaque année, ce « jardin des Vikings » accueille l’Association Torvald qui y reconstitue les grandes batailles.

    Marmoutier : L’abbaye de Marmoutier, la plus ancienne abbaye de France, n’échappe pas aux pillages, bien au contraire. En 853, une importante crue de la Loire, repousse les barbares qui, faute de mieux, s’attaquent à Marmoutier. L’abbaye est mise à feu et à sang, 126 moines sont massacrés, 24 en réchappent. Héberne, le prieur, eut à subir d’horribles tortures, mais survécut suffisamment pour assister au cruel spectacle du massacre de ses frères. Au total, cette année-là, les Vikings auraient saccagé 28 églises. Ils réitèrent en 903 et ravagent 22 établissements religieux.

    Saint-Martin-le-Beau

    Le 30 juin 903, après avoir été repoussés par les Tourangeaux grâce au miracle de Saint-Martin, les Normands sont finalement écrasés dans une sanglante bataille au cœur de la campagne tourangelle. Plus de 900 Vikings rejoignent le Walhalla. Sur le lieu de la victoire, on bâtit une église : Ecclesia Sanctus Martinus Belli, c’est-à-dire l’Église de la Guerre de Saint Martin, aujourd’hui Saint-Martin-le-Beau.

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