Les Brèves

    Au Sanitas, un projet de démolition dans la douleur

    Tours

    Visages fermés, mines rabougries, et même quelques larmes... C’est dans la douleur qu’a été évoqué, jeudi 11 mai, lors d’une réunion publique menée par la municipalité, le projet de démolition de 430 logements sociaux d’ici 10 ans, au sein du quartier du Sanitas. Explications.

    Par Marie DEROUBAIX

    « Notre vie leur importe peu ». - « Oui, mais ça leur rapporte beaucoup ! » Avant que la réunion publique organisée par la municipalité sur le projet de renouvellement urbain du Sanitas ne commence, la discussion entre ces deux habitantes reflétait bien le climat de tension pesant dans la salle. En prenant en premier la parole, Serge Babary, maire de Tours, a tout de suite donné le ton de la soirée. Un ton ferme pour expliquer un projet qui « vise à améliorer la qualité de vie des habitants du quartier et à en faire un moteur d’attractivité du centre-ville en vue de sa situation, près de la gare. » L’objectif est de démolir 10 % des logements sociaux du Sanitas, d’ici 10 ans, avec un total de 430 logements détruits. À la place, de nouveaux logements privés seront construits. « Nous voulons une diversification de l’offre de logements pour éviter une ghettoïsation », explique clairement Serge Babary, qui ajoute qu’il s’agit d’une demande de l’État. Le quartier du Sanitas fait en effet partie des 200 quartiers prioritaires de France qui doivent répondre à une exigence de mixité sociale. Le maire de Tours s’est dit « conscient du déchirement » que peut provoquer le départ de son logement, mais a promis « un accompagnement ». Grégoire Simon, directeur de Tour(s) Habitat, en a d’ailleurs expliqué les modalités : « Vous pourrez choisir de rester ou de quitter le quartier. Les familles seront prioritaires dans notre parc, mais également chez les autres bailleurs sociaux. Les frais de déménagement et de réinstallation seront pris en charge par Tour(s) Habitat et l’Agence nationale de rénovation urbaine ».

    Les premières démolitions prévues pour 2018

    Les premiers relogements devront se faire en 2018 avec la destruction, en 2019, des n° 2, 5, 8, 11, 14 et 17 place Saint-Paul. En 2020, les démolitions concerneront ensuite les n° 2, 4, 6 et 8 allée de Cheverny ; les n° 1, 3 et 5 allée de Moncontour et les n° 1 et 3 allée de la Béchellerie. Le 10 avenue du Gal de Gaulle et les 3 et 5 allée de la Belle Fille font également partie des bâtiments concernés, ainsi que du 2 au 12 rue Aristide Briand et du 32 au 36 Rue Théophane Vénien. Le choix des logements voués à disparaître s’est calculé sur des données à la fois économiques et techniques. Si les démolitions ont été au cœur des discussions de la réunion publique, le projet de renouvellement urbain ne se cantonne pas à cela puisqu’il prévoit aussi l’amélioration et l’adaptation du parc HLM, avec notamment l’installation du double vitrage partout d’ici 2020 et un effort sur l’accessibilité grâce à des ascenseurs.

    Les habitants dépeignent un manque de concertation

    Cette femme qui prend la parole a poussé comme un grand cri de détresse, qui fut applaudi par l’assemblée venue en nombre : « Nous voulons être acteurs de notre propre quartier, être inclus dans la discussion ! » Une autre, renchérit : « Pourquoi choisir la démolition et non pas la réhabilitation ? » Et un homme de conclure : « On nous informe de décisions qui sont déjà prises, on peut toujours causer, ça ne changera rien... » L’inquiétude chez les habitants du Sanitas est palpable, même si la municipalité assure que le nombre de logements qui se libèrent chaque année dans le secteur est suffisant pour reloger ceux qui voudront y rester. D’autres s’inquiètent de l’évolution du quartier. La Poste restera-t-elle ? Rien n’est moins sûr... « Nous allons essayer de trouver une solution, au moins pendant les travaux », répond simplement Grégoire Simon. La station-service Total, elle, devrait décamper, la stratégie du groupe étant désormais de capitaliser sur une présence à l’extérieur des centres-villes. Les habitants concernés par la démolition seront rapidement contactés, des ateliers seront organisés en juillet et octobre, et une nouvelle réunion publique devrait être programmée avant la fin de l'année. En attendant, un collectif d’habitants contre le projet de démolition s’active pour faire entendre leurs voix. 

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