Éditorial Par Philippe Hadef, rédacteur en chef de La Tribune Hebdo

Les Brèves

  • La démocratie est-elle trop chère ?

    Ça commence à devenir fatigant, très fatigant… L’État doit faire des économies et, par une magie incroyable, ce sont les collectivités territoriales qui doivent se serrer la ceinture. À la limite, on peut en discuter et l’entendre, d’autant qu’il s’agit d’une vieille rengaine pour ne pas dire une vieille recette qui tranche avec l’image de renouveau qu’on veut imposer au sommet de l’État.

    Par contre, quand j’entends que, pour faire des économies, et plus encore pour le symbole – il a bon dos le symbole –, il faudrait réduire le nombre d’élus locaux… Billevesée. On devrait pourtant avoir confiance dans la capacité de calcul du « savant » ex-patron de l’économie française devenu aujourd’hui Président. Mais dire que réduire le nombre d’élus peut alléger la dette de la France me paraît simplement absurde, et de surcroît populiste. Oui, il faut oser le mot. Le prix – modeste au plan local – de la démocratie ne serait-il plus supportable pour la France ?

    Je suis encore plus en colère quand on explique que ce serait pour mieux rémunérer ces élus et mieux protéger leur statut. Une phrase cache-misère, disons-le. Un voile pudiquement posé sur une volonté de réduction des édiles pour simplement confirmer à ceux de nos concitoyens les plus en souffrance que l’on réduit ces « inutiles ». Et au niveau du symbole, nous serions ainsi là au paroxysme de l’hypocrisie. Cela me fait penser aux grandes régions et aux faramineuses économies qui devaient en découler. Mensonges !

    D’autant que, à vouloir resserrer les rangs et donc mobiliser d’autant plus d’heures à la tâche de gestion et de décision de ces élus « rescapés » de la guillotine des restrictions, qui pourra un jour prétendre s’inscrire dans cette démarche et devenir élu ? Car aujourd’hui, si les édiles les plus en responsabilité (maires et adjoints majeurs) n’ont certes que peu de possibilités d’avoir une activité à temps plein par ailleurs – sauf à être un chef d’entreprise, un libéral qui peut gérer son emploi du temps, un fonctionnaire en détachement ou un retraité – il reste encore sur les bancs – souvent en tant que simple conseiller – des ouvriers, des techniciens, des cadres. Des Français, en quelque sorte… Croyez-vous qu’un de ces salariés du privé mettra en péril toute sa carrière professionnelle pour servir la collectivité ? Et pensez-vous qu’il imaginera avec enthousiasme de repasser par la case Pôle emploi pour retrouver du travail après six années passées loin de ses bases, de son emploi, de son entreprise initiale et sera ainsi en capacité de rebondir dans le monde du travail ?

    À la limite, si l’on veut vraiment réduire le nombre d’élus, réduisons le nombre de communes. Pour ma part, je préfère voir disparaître des barrières symboliques que de voir disparaître la démocratie au plan local et le peu de place laissé déjà à ceux qui représentent la masse des Français.