Du cœur à la plume

Journaliste, homme de Lettres et passionné d’Histoire, Gonzague Saint Bris est décédé lors d’un accident de voiture, dans le Calvados (Normandie). Grand amoureux de la Touraine, il a notamment participé à la renommée culturelle du territoire. 

Un choc, brutal, sur la RD675 à hauteur de la commune de Saint-Hymer dans le Calvados (Normandie), en pleine nuit, entre le 7 et le 8 août, a fait perdre la vie à Gonzague Saint Bris, écrivain et journaliste. Sa compagne, qui était au volant du véhicule, a été grièvement blessée mais ses jours ne sont pas en danger. L’onde de ce choc a stupéfié le monde culturel français. Pendant ces quarante dernières années, l’homme a laissé libre court à sa passion : la littérature.

Né en janvier 1948 à Loches, en Indre-et-Loire, Gonzague Saint Bris vécut son enfance au château du Clos Lucé, à Amboise, ce même château où le peintre Léonard de Vinci termina sa vie. D’ailleurs, à peine âgé de 13 ans, le jeune Gonzague fut convoqué par son père dans la salle des gardes : « Tu as l’âge de la majorité chez les rois de France, je t’autorise à aller dormir dans le lit de Léonard, ça te donnera des idées ». Si, enfant, Gonzague rêva que le célèbre peintre lui fasse ses devoirs, « surtout en maths », une fois adulte, il marcha dans ses pas. En 2014, à dos de mulet, il retraça le voyage de de Vinci à travers les Alpes, traversant les mêmes vallées, s’arrêtant au même endroit.

Son amour des arts et particulièrement de la littérature l’amenèrent à prendre la plume. D’abord en tant que journaliste au Maroc, puis à la Nouvelle République de Tours. Puis en tant que chroniqueur au sein des rédactions d’Europe 1, du Figaro et encore de Paris Match. En 1981, il fut également l’un des pionniers des radios libres en lançant Radio Méga l’O sur les ondes parisiennes. Car si l’histoire, en particulier la Renaissance, fut au cœur de ses intérêts, Gonzague Saint Bris resta toujours ancré dans le présent. « Je vois une rencontre entre la technologie et la culture, à travers le secours que le numérique peut apporter à une nouvelle création », affirma-t-il en 2015.

« Du bonheur en Touraine »

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, de récits historiques et de biographies, il s’intéressa aux vies du marquis de Sade, de François 1er, d’Alfred de Musset, d’Honoré de Balzac, de George Sand, de Napoléon et encore de Michael Jackson, qu’il rencontra en février 1992. Après une première récompense pour son ouvrage d’inspiration autobiographique Les Vieillards de Brighton (Prix Interallié en 2002), une deuxième pour L’Enfant de Vinci (Prix des Romancières en 2006), il reçut le Prix Hugues-Capet en janvier 2016, mention « grand prix spécial », pour l’ensemble de son œuvre.

Son dernier livre, Les Aristocrates rebelles, relate le destin de Cyrano de Bergerac, d’Olympe de Gouges et encore de Lord Byron. Il doit sortir le 27 août 2017. Date, également, à laquelle se tient la 22ème édition du festival littéraire La Forêt des livres, à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire). Cet événement aujourd’hui incontournable des amoureux des livres fut créé par Gonzague Saint Bris. Car le « Tourangeau pur rillettes », comme il aima se définir lui-même, n’eut de cesse de promouvoir la culture sur son territoire natal, comme en écrivant le texte Dans la forêt de l’Histoire pour le spectacle du château de Chambord (joué de 2013 à 2015). « Parler du bonheur en Touraine, n’est-ce pas une évidence ou un pléonasme ? », écrivit-il, d’ailleurs, en été 2010, dans le Magazine de la Touraine. « Il suffit de poser ses yeux « le long du coteau courbe et des nobles vallées » pour comprendre que le bonheur a une adresse et la félicité un domicile. (…) Le Val de Loire est le royaume où le romantisme rebondit après la Renaissance. Une descente du fleuve royal en radeau ou en gabare, des rillettes et des rillons entre vin de Vouvray et rouge de Chinon, des mots d’esprit qui éclatent comme des bulles signées par Rabelais, Ronsard, Vigny, Anatole France, Georges Courteline, des châteaux de tuffeau et des grottes de verdure, des égéries royales et des princes poètes, des mariniers fraternels et des jardiniers inspirés, la Loire nous en en France la plus belle coulée du bonheur. » Depuis sa disparition, ce bonheur s’est quelque peu flétri.

Citations : Le Magazine de la Touraine (n°115 et n°135)

Le crédit de la photo : Pascal Avenet.