Les Brèves

  • Punk à Tours : le site

    Pour prolonger la découverte de la scène punk-rock tourangelle de la grande époque, le site Punk à Tours revient, année par année, sur les concerts des groupes locaux ou nationaux qui ont marqué la période, de 1977 à 1986 : Bijou, Little Bob, Starshooter, P.P Nôvo, Foutre, Pilhulle, Bocal 5, Oberkampf ou encore Les Bérurier Noir. Des extraits musicaux, des photos, et des vidéos sont disponibles. David Berrué a sélectionné une petite vingtaine de titres des groupes tourangeaux en une compilation intitulée : « 1970-1995, 25 ans de rock à Tours ».

    http://punkatours.free.fr/ et http://euthanasie.records.free.fr/

Punks sur la ville

Musique et culture

Du 4 juillet au 26 août dernier, la Bibliothèque municipale de Tours accueillait l'exposition Punk à Tours. Un intitulé aux allures d'oxymore, tant la Touraine évoque davantage les collerettes Renaissance que les crêtes à pointes. Et pourtant... Florian Mons


Dans la deuxième moitié des années 70, la crise qui semble s'installer durablement et la fin des utopies hippies créent un contexte explosif. Par endroits, l'absence de perspective, un mal-être diffus et l'ennui se combinent à un enthousiasme adolescent qui, décidément, refuse de se contenir. Un étrange mélange qui finit par prendre la forme d'un mouvement musical et culturel : le punk. Qui furent les premiers punks ? Les Ramones ? Les Sex Pistols ? Elvis Presley ? Dada ? Arthur Rimbaud ? Les archéologues de l'underground en débattent encore…

« Emmerdés » par la police

Quoi qu'il en soit, cette créature sidérante et provocatrice qui entend tout détruire et tout recommencer essaime alors internationalement, incarnée par le sourire sarcastique et carnassier de Sid Vicious, les épingles à nourrice dans les oreilles, les crêtes colorées et les tee-shirts déchirés décorés à la bombe. Même Tours, connue pour sa pondération conservatrice, comptera quelques-uns de ces martiens. Certes une poignée tout au plus, répartie en petits groupes, à Joué-lès-Tours, Tours-Nord ou encore Sainte-Radegonde.

« À Sainte-Radegonde, on était cinq », se souvient ainsi Jean-Baptiste, 16 ans à l'époque, qui découvrait alors les Sex Pistols. « J'ai commencé à me « looker », mais j'étais le seul de ma bande de potes…, raconte-t-il. Puis j'ai croisé d'autres gens qui partageaient les mêmes intérêts. » La place Jean-Jaurès, les bars de la rue Colbert ou le bar Le Colibri deviennent alors des spots punks. « Mais on était plutôt mal vus, on se voyait souvent refouler des bars et on se faisait pas mal emmerder par la police. Pourtant, il n'y avait pas de gros rassemblements », précise Jean-Baptiste. Pas simple, la vie de punk de province… Car en plus, « pour trouver des disques, il fallait se lever de bonne heure. On les commandait pour les recevoir trois mois après ! »

Génération spontanée

Il valait mieux faire de la musique soi-même. D'ailleurs, pour David Berrué – trop jeune pour avoir connu cette période mais documentaliste pointilleux du mouvement punk tourangeau et co-organisateur de l'exposition à la Bibliothèque municipale – le do it yourself était l’un des « principes » de base du punk. « Il faut mesurer que l'offre culturelle à l'époque à Tours était quasi inexistante », rappelle David Berrué.

Quelques groupes apparurent alors – comme Suzanne et les handicapés ou Pilhulle – qui, pour la plupart, dépassèrent rarement les limites du local de repèt', à l'exception notable de Foutre, créé en 1979. Son chanteur, Jean-Yves Pineau, se souvient de l'atmosphère tourangelle de l'époque : « on s'ennuyait dans cette ambiance plan-plan de cette ville de province très engoncée, très « droite-catho », et on n'entendait quasiment que de la variétoche fadasse. » À 15 ans, Jean-Yves Pineau, « quelques épingles à nourrice et graisse à traire à un franc pour faire tenir les cheveux », fut recruté par le groupe. « Ce mouvement punk nous convenait complètement : rebelle, subversif et alternatif. On ne voulait pas de parrains locaux, on se voulait une génération spontanée et tout expérimenter par nous-mêmes… » La formule ? « Trois notes, une mélodie, des paroles en français. Chanter en anglais n'avait pas de sens. »

Nous n’étions pas si infréquentables…

Concernant ces chansons précisément, « il y avait bien sûr des textes qui se voulaient choquants, mais nous nous inspirions aussi d'une littérature de science-fiction politique, comme les œuvres d'Aldous Huxley ou de George Orwell. Nous voulions, nous aussi, dénoncer un système froid, sans conscience, auto-alimenté et qui lobotomisait les individus. » Pour l'anecdote, et comme en écho à cet état d'esprit, l'un de ces punks tourangeaux fit, quelques années plus tard, la Une d'un magazine allemand et de Time, perché sur le mur de Berlin, marteau à la main, participant à sa destruction…

Punk, drogue, love

Au départ, peu de salles de concert ouvrirent leurs portes aux représentants tourangeaux du punk. Il faut dire que leur réputation de « fous furieux drogués » était déjà faite… « Il y a même eu des rumeurs de morts à nos concerts !, s'amuse aujourd'hui Jean-Yves Pineau. Mais tout ça avait un côté « maquis », et je pense que ça nous a soudés. »

Pour se faire connaître, Foutre comptait alors sur « 150 ou 200 malheureuses affiches et un entrefilet dans la NR. Mais les circuits alternatifs n'existaient pas vraiment… » La salle L'Amphi, ancêtre du Bateau Ivre et du Petit Faucheux, les accueillaient quand même. « Et les gens se sont aperçus que nous n'étions pas si infréquentables », soupèse Jean-Yves Pineau. Même si, c’est vrai, l'association des mots « punk » et « drogue » n'était pas un mythe et que quelques punks tourangeaux y laissèrent leur santé, quand d'autres perdirent la vie. Mais, pour Jean-Yves Pineau, « la chose n'était pas nouvelle dans l'histoire de la musique ou de la littérature. » Et de citer les musiciens de jazz ou Baudelaire… « Il ne faut pas oublier, non plus, que certains de ces jeunes souffraient et avaient trouvé une famille dans ce mouvement. »

Is punk dead ?

Cet aspect sombre, ce n'est cependant pas ce qu'ont voulu retenir les organisateurs de l'exposition organisée cet été à la Bibliothèque municipale. Témoins les photos qui furent proposées, lesquelles évoquaient davantage la joie adolescente que les fantasmes autodestructeurs. Ou ce film, L'aventure punk, réalisé à Tours en 1978 par Patrick Métais et Anne-Marie Fournier. Pour anecdote, l'artiste contemporain Claude Lévêque y faisait même une apparition…

L'archiviste David Berrué, venu au punk par le graphisme, ne veut aujourd’hui retenir que la créativité du mouvement. « Les gens partaient de zéro, se débrouillaient pour organiser eux-mêmes leurs concerts et créaient des radios, explique-t-il. C'était une période de renouveau culturel. » Éditeur indépendant, David Berrué presse les anciens disques de Foutre et d'autres groupes emblématiques. Il a numérisé tout un corpus de documents et d'informations, disponibles sur un site dédié. Nostalgique ? Pas vraiment. Son intérêt porte sur une époque donnée, mais il accepte qu'elle soit passée. Alors, is punk dead ? « Pour moi, oui, répond-il. Même la période rock alternatif qui a suivi n'était déjà plus du punk. ».

On s'ennuyait dans cette ambiance plan-plan de ville de province très engoncée, très « droite-catho »… 

Quant aux « punks à chiens » d'aujourd'hui, ils ne trouvent pas grâce aux yeux du punk première génération qu’était Jean-Baptiste. « Je respecte les choix des gens, mais nous ne vivions pas comme eux. Nous squattions, mais nous ne faisions pas la manche et nous faisions de la musique », se justifie celui qui enseigne désormais en lycée professionnel, et dont les tatouages de l'époque ont été recouverts par d'autres. Pour le chanteur Jean-Yves Pineau, le « no future » n'est également plus à l'ordre du jour. Engagé dans des projets collectifs de développement local, l'avenir le préoccupe. Il constate au passage avec amusement que « beaucoup de babas-cool sont retournés vers l'individualisme, alors que certains ex-punks se sont engagés dans des boulots ouverts aux autres… » Le punk, décidément indéfinissable… 

Les Brèves

  • Et maintenant ?

    Tours a encore une scène punk, mais aux références un peu plus récentes que le punk des origines. Depuis 2010, Mathieu Bonnelle anime ainsi le label Dirty guys rock et édite les albums de groupes tourangeaux comme Saints and singers – au sein duquel il joue de la basse –, Verbal razors, Ed Warners ou encore Jarod. Du punk trash ou hardcore, que l'on peut trouver en vente lors des concerts ou au bar pub Mulligan's à Tours. L'esprit punk a survécu : Dirty guys rock édite les albums de ces groupes uniquement en vinyl ou en cassettes, à des prix très accessibles.

    http://dirtyguysrock.com/