Les Brèves

    La petite histoire de « l’eau bénite des caves »

    Vins de Touraine

    Touraine et vins sont indissociables depuis plus de 20 siècles. On le boit, on le chante, on le lit, bref, on le vit. « À boire ! À boire ! » ne furent-ils pas les premiers mots prononcés par Gargantua ? Revenons à ses origines.

    Aurélie Schnel


    Capable de rivaliser avec les plus grands crus, le vin de Touraine aurait été introduit, selon la légende, par saint Martin autour de Marmoutier. Il semblerait que ce soit bien plus ancien avec des premiers ceps plantés vers l’an 92 par les Gaulois, nos ancêtres les Turons. Saint Martin serait finalement à l’origine de la taille de la vigne, ou plutôt son âne qui aurait brouté quelques sarments... Pourtant, à leur arrivée en Touraine, les Romains font arracher les vignes sur ordre de Domitien qui avait peur que ses troupes s’enivrent, ne les autorisant à boire que du vinaigre. Ce n’est qu’en 276 que l’empereur Probus accorda à la cité tourangelle le droit de replanter les vignes. Quoi qu’il en soit, l’existence du vignoble ligérien est citée pour la première fois par Grégoire de Tours qui atteste de son ancienneté. Après la chute de l’empire romain, la culture de la vigne se maintient principalement grâce à sa reprise ecclésiastique. Chaque monastère possédait ses propres vignes et la viticulture prit rapidement une valeur marchande importante, faisant du vin un véritable produit de luxe que l’on exportait grâce à la Loire.

    C’est véritablement à l’époque moderne, au XVIIe siècle, que le commerce des vins du Val de Loire explosa grâce aux Hollandais qui raffolaient des vins blancs et surtout de moelleux, donnant une impulsion décisive à certains secteurs tels que Vouvray. Ce prodigieux commerce permit aux vignerons tourangeaux de s’enrichir et d’améliorer considérablement leur niveau de vie. La viticulture se popularise et bientôt chaque paysan possède son propre lopin de vigne fournissant le vin nécessaire à la consommation familiale. Le XIXe siècle constitue l’âge d’or de la production des vins de Touraine avec, notamment, l’arrivée du chemin de fer qui en facilita largement le commerce.

    L’indre-et-Loire relativement épargnée par le phylloxéra

    Lors de la grave crise du phylloxéra entre 1850 et 1895, par chance, l’Indre-et-Loire ne fut que peu touchée comparé aux autres régions de France. Le secteur de Noizay est diagnostiqué en 1882, puis une interdiction de faire entrer sur le territoire des pieds de vigne des autres départements est mise en place, une décision salvatrice à l’origine de la sauvegarde des vignobles. En 1890, on comptabilise 127 communes touchées par les insectes pour une surface détruite de 9 500 ha contre 250 000 ha détruits en Charente dès 1870. En 1902, la plus grande partie du vignoble est renouvelée et la reconstitution à peu près terminée en 1905. En 1929, la vigne occupe en Touraine 36 840 ha malheureusement en constante diminution, passant de 20 000 ha en 1955 à 10 000 en 2003. Malgré tout, aujourd’hui, les vins de Touraine sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et reconnus comme le premier vignoble œnotouristique de France. Chaque année, 250 millions de bouteilles issues de la production du Val de Loire sont vendues dans 140 pays différents au rythme de 8 bouteilles par secondes !

    Nous en sommes bien fiers, réputés pour notre gouaille et notre bonne humeur. Après tout, ici vivre est un art ! D’ailleurs, comme aimait à le dire Balzac, « Honte à qui n'admirerait pas ma joyeuse, ma belle, ma brave Touraine dont les sept vallées ruissellent d'eau et de vin ! ». La chanson traditionnelle des vendanges le dit bien :

    «  le vin est nécessaire, Dieu ne le défend pas, Il eut fait la vendange amère S’il eut voulu qu’on n’en but pas !  ». Le vin est ici bien plus qu’une tradition. Chaque automne, les vendanges sont un événement, une fête populaire et familiale, l’occasion d’un travail collectif des plus joyeux. La tradition est de retour dans certains vignobles tels que Bourgueil qui organise chaque année une vendange à l’ancienne au départ des Caves du Pays de Bourgueil. Hotteurs, rappeurs et vendangeurs suivent la charrette tirée par un cheval transportant les gueules-bées et la rapoire au son des accordéonistes igorandais, accompagnés de Bacchus portant haut les couleurs des confréries. Après l’effort, le réconfort, on foule la vendange avant d’en recueillir le premier jus et de l’offrir à la dégustation. Mais, n’oublions pas, le vin est bon qui en prend par raison ! 

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