Les Brèves

  • La préfète reçoit des gilets jaunes

    Face à la contestation des gilets jaunes, des réunions ont lieu à Tours, en préfecture. Quatre thèmes, « sujets d’inquiétude mis en avant par le mouvement », y doivent être abordés : le chauffage, la voiture, le logement et la mobilité du quotidien. À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas ce qui est sorti de ces échanges entre la préfète et les « jaunes », que nous ne connaissons également pas.

  • Une main arrachée, samedi

    Samedi 1er décembre, lors de la manifestation des gilets jaunes, Ayhan a perdu sa main droite et a été brûlé à la jambe droite. Une grenade de désencerclement est tombée près de lui, il l’a ramassée afin de l’envoyer plus loin, des enfants étant autour. L’engin a explosé. L’homme est toujours hospitalisé à l’hôpital Trousseau. Une collecte a été lancée par ses amis et ses collègues sur la plateforme Leetchi. L’objectif est d’aider Ayhan pour les soins et, éventuellement, en cas de poursuites judiciaires.

  • 38

    C’est le nombre de blessés lors de la manifestation de samedi 1er décembre, sur la place Jean Jaurès.

La ligne jaune est franchie

TOURS

Sur la place Jean Jaurès, les violences continuent en marge des rassemblements des gilets jaunes. Samedi dernier, des « individus perturbateurs » s’en sont notamment pris aux policiers tourangeaux avec des jets d’acide. Claire Seznec

Trois semaines de blocages, de filtrages, de rassemblements pacifiques autour et sur les ronds-points d’Indre-et-Loire. Et puis, la semaine dernière, tout a semblé déraper, d’abord avec la manifestation des lycéens, vendredi 30 novembre, qui n’a pas été sereine ; puis avec le rassemblement des Gilets jaunes, le lendemain, au départ de la gare de Tours. Un millier de personnes s’y sont donné rendez-vous afin de poursuivre les actions contre les taxes. Elles ont rallié la place Jean Jaurès dans une ambiance relativement bon enfant. Mais rapidement, une centaine d’individus « perturbateurs » sont entrés en action : des jeunes ont mis le feu à des poubelles et les ont envoyées au beau milieu du carrefour ; d’autres, bouteilles d’acide en main, se sont apprêtés à les jeter sur les forces de l’ordre. Les heurts ont-ils commencé avant ou après l’arrivée des gilets jaunes à Jean Jaurès ? Les témoignages divergent. Toujours est-il que des violences s’y sont déroulées tout l’après-midi, dans les gaz lacrymogène, les détonations des gaz de désencerclement, et encore les projectiles en tous genres à destination des forces de l’ordre postées à l’entrée de la rue Nationale afin d’en protéger les commerces. « Nous, on était venu juste pour manifester, comme d’habitude, soutiennent des gilets jaunes croisés quelques jours plus tard sur la place Jean Jaurès. Les gaz sont arrivés très vite. On n’a pas compris ce qu’il s’est passé. Pourquoi avoir voulu tout de suite nous disperser ? » Pour eux, il s’agit d’un affront, d’un déni du droit de manifester et ce, même si le rassemblement, illégal, n’a pas été déclaré en préfecture.

Des « provocateurs », pas des casseurs

Néanmoins, ils ont bel et bien vu les individus « perturbateurs » et s’en désolidarisent instantanément. D’ailleurs, si certains les appellent des « casseurs », à l’instar de Christophe Bouchet, le maire de Tours (« la tenue des casseurs, masques de ski, masques à gaz », ndlr), d’autres estiment plutôt qu’il s’agit de « provocateurs, noyés dans la masse de manifestants, venus en découdre avec les policiers ». D’après Jean-Luc Beck, le procureur de la République de Tours, ils « allaient vers les forces de l’ordre » au lieu de se disperser comme ça a été le cas pour la plupart des gilets jaunes. « D’ailleurs, il n’y a pas eu trop de casses par rapport à d’autres villes », souligne le procureur. Reste que sur la journée de samedi, neuf personnes ont été mises en garde à vue, dont deux mineurs. Trois d’entre elles ont été déférées devant le tribunal de Tours dès lundi après-midi (lire ci-contre). Mais il est clair que l’aspect judiciaire n’a pas été la priorité lors des affrontements de samedi dernier. Les policiers tourangeaux n’ont eu qu’un rôle de « maintien de l’ordre », sans renfort à leurs côtés. Pendant la manifestation des lycéens, vendredi 30 novembre, ils étaient « une soixantaine face à une centaine de personnes virulentes voire violentes ».

Les Brèves

  • Des violences condamnées par la justice

    Lundi dernier, un homme de 24 ans est passé devant le tribunal de Tours en comparution immédiate suite aux violences en marge de la manifestation du samedi 1er décembre. Il a été jugé pour fabrication et détention de « marchandises incendiaires » ; lors de son interpellation, il s’apprêtait à « lancer un engin de sa fabrication à destination des forces de l’ordre ». Il a écopé de six mois de prison avec sursis.

    Deux autres individus ont été déférés devant la justice, avec mesure de détention provisoire, en début de semaine. Âgés de 19 et 22 ans, ils sont déjà connus de la justice pour de multiples condamnations. Cette fois, l’un et l’autre ont été accusés de violences à l’encontre des agents des forces publiques, en récidive, mais également de jets d’acide. L’un d’entre eux a d’ailleurs reconnu en avoir acheté « mais pour d’autres personnes ». « On a vraisemblablement affaire à des meneurs », estime Jean-Luc Beck, le procureur de la République de Tours.

    D’autres convocations sont prévues en juillet pour des faits blocage ; un mineur doit également se rendre devant le juge des enfants pour avoir casser la vitre du palais de justice, place Jean Jaurès.

  • RÉACTIONS

    Christophe Bouchet, maire de Tours

    « Je condamne fermement tous les débordements de quelques dizaines de casseurs qui se sont mêlés aux gilets jaunes et gâchent leur authentique colère pour des motivations bien plus sordides. »

    Sophie Auconie, UDI 37

    « Rien ne justifie la violence inouïe qui s’est déroulée, n’oublions pas le courage des forces de l’ordre, des pompiers, des agents communaux tout comme le soutien aux forces économiques et aux citoyens touchés par ces événements. »

    Convergences services publics

    « Le blocage de l’entrée de la rue Nationale par les policiers et, sans aucun dispositif préalable, le recours immédiat à l’envoi de bombes lacrymogènes ont conduit à des postures d’affrontements violents. Celles-ci auraient pu avoir des conséquences encore plus graves. »

    Association C’est Au Tour(s) du Peuple

    « Quel insensé a pensé que, comme à Paris, la manifestation des gilets jaunes à Tours samedi serait forcément débordée par des commandos de casseurs et qu'il fallait prendre des dispositions exceptionnelles et un armement anti-émeute surdimensionné ? »

Les Brèves

  • Combien par département ?

    Pour tenter de combler le vide qui parfois s’est installé faute de moyens ou de praticiens, l’ARS a retenu 23 projets sur les 33 projets adressés par les six groupements hospitaliers de territoires de la région Centre-Val de Loire.

    Voici la ventilation par département de cette enveloppe de six millions d’euros supplémentaires alloués à l’Agence Régionale de la Santé :

    - 30 000 euros pour le Cher

    - 1 980 000 euros en Indre-et-Loire

    - 310 000 euros dans l’Indre

    - 685 000 euros en Indre-et-Loire

    - 1 965 000 euros dans le Loir-et-Cher

    - 1 120 000 euros dans le Loiret

  • CHIC Amboise – Château-Renault

    Outre la ventilation de cette enveloppe supplémentaire, l’ARS a décidé de soutenir le CHIC Amboise – Château-Renault dans la mise en place, en 2019, de l’unité mères-bébés avec une subvention d’investissement de 410 000 euros allouée dans le cadre du Fonds d’intervention régional 2018. Ce projet à vocation régionale vise à proposer une prise en charge du parent et de l’enfant en cas de pathologies psychiatriques du post-partum et plus généralement de problématiques psychiatriques maternelles à risque pour l’instauration du lien parents-bébé et le développement de l’enfant.

    Alors qu’il y a un peu plus d’un an le centre de périnatalité avait été maintenu après que l’ARS soit revenue sur la décision de réduire sa subvention, cette nouvelle intervention de l’Agence Régionale de Santé devrait renforcer l’attractivité et la spécificité de cet hôpital.

Six millions pour sauver la psychiatrie régionale

Agence Régionale de Santé

Si la Touraine n’est pas le département le plus à plaindre au niveau de la démographie médicale en psychiatrie, l’édifice était chancelant et dans d’autres secteurs de notre région, on peut parler de véritable désert. Les six millions d’euros d’enveloppe complémentaire doivent pérenniser certaines structures en danger comme au centre hospitalier de Chinon, mais également créer un nouveau maillage territorial avec des équipes mobiles. Philippe Hadef

La psychiatrie est en souffrance au plan national. Elle était même en danger jusque-là au cœur de notre région. Une étude réalisée en 2017 sur les ressources financières mises à disposition du service public hospitalier pour la psychiatrie « a montré que le ratio des budgets par habitant était de 20 % inférieur aux autres territoires dans l’Hexagone » explique Emmanuelle Carreau, chef de projet en santé mental au niveau régional.

Une situation d’autant plus complexe qu’en France la prise en charge psychiatrique est déjà dans une situation difficile. Il y avait donc une urgence cruciale pour mieux doter la région Centre-Val de Loire et « nous espérons que cette première enveloppe de crédits supplémentaires sera suivie d’une autre » explique Emmanuelle Carreau.

Ces six millions pourront-ils résoudre la problématique d’ensemble ? Non c’est déjà une certitude mais cette enveloppe complémentaire va déjà permettre de pérenniser des services nécessaires et de développer un maillage dans les zones de désert médical afin de mieux répondre aux besoins en dehors des grandes villes.

Une demande en croissance constante

D’autant que les professionnels ne font plus face à la demande croissante, notamment chez les jeunes adolescents. « On suit de très près l’activité des sites. Mais il est vrai que tout est « psychiatrisé » dès qu’un enfant va mal » ajoute Emmanuelle Carreau. D’ailleurs ce n’est pas totalement un hasard car face à des adolescents qui jouent leur part de révolte dans un univers très différent de celui de leurs parents, auquel vient s’ajouter une problématique liée à la méconnaissance du périmètre de la psychiatrie, la demande ne cesse de s’accroître sans qu’elle soit pour autant nécessaire.

Peut-être faut-il aussi rapprocher de cette situation de suractivité une donnée financière : Si la consultation chez un psychiatre peut donner lieu à un remboursement de la part de la sécurité sociale et des mutuelles, ce n’est pas le cas des psychologues qui pourraient pourtant jouer un rôle non négligeable dans cet environnement du « mal être ».

Des séances chez les psychologues bientôt remboursées ?

Cette équation financière est évidente. Difficile de renoncer au remboursement quand une séance chez un psychologue sera facturée 50 euros dans la plupart des cas avec, si cela s’avère nécessaire, des rendez-vous qui s’enchaînent et un budget qui enfle. Mais, depuis plusieurs mois une expérimentation est en cours dans plusieurs départements : les consultations chez les psychologues sont remboursées pour les jeunes et les adolescents. « Il faudra évidemment une évaluation précise de ces expérimentations », ajoute Emmanuelle Carreau. C’est évidemment dans un second temps qu’une généralisation pourra être envisagée si les résultats sont probants.

Mais dans tous les cas, encore faut-il bénéficier de l'apport de nouveaux praticiens. Car même si Tours est la seule ville de notre région à former les médecins dans cette spécialité, il est difficile de les retenir. Même s’il faut l’avouer, Tours, grâce cette capacité de formation des étudiants psychiatres dans son environnement, souffre moins que les autres territoires de la région Centre-Val de Loire. Le nombre de cabinets privés de psychiatre est trois fois plus important qu’à Orléans à titre de comparaison.

Un maillage plus pertinent

Alors si dans chaque département il existe une maison des adolescents qui est un véritable point d’entrée pour identifier les réponses à apporter aux problèmes des jeunes, les zones urbaines ou rurales sont trop excentrées pour permettre un accès rapide et efficace.

C’est ainsi que des antennes de proximité vont être mises en œuvre notamment à Loches et Chinon pour ce qui concerne l’Indre-et-Loire. « C’est pour nous une priorité de travailler sur un meilleur maillage du territoire ».

Un autre projet va être sauvé après avoir vécu une première année au centre hospitalier de Chinon. « L’année dernière, nous avions pu obtenir des crédits non reconductibles au plan national pour la création d’une équipe mobile dans le cadre du suivi des jeunes souffrant de refus scolaire anxieux, le tout en partenariat avec l’Éducation nationale », explique Emmanuelle Carreau. Mais après un premier bilan, une enveloppe a été allouée pour que Chinon conserve ce service et soit en capacité de le pérenniser.

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