Les Brèves

    LIRE LA TERRE COMME DANS UN LIVRE

    Collégiale Saint-Ours de Loches

    Après quatre semaines de fouilles archéologiques dans la collégiale Saint-Ours de Loches, les scientifiques vont ranger leurs outils.

    Ont-ils découvert la fameuse tombe de Ludovic Sforza, mécène de Léonard de Vinci ? Ce n’est pas si simple : plusieurs sépultures ont été mises à jour et il faudra des mois pour effectuer des analyses. claire seznec

    Ces derniers jours, l’entrée de la collégiale Saint-Ours, dans la cité royale de Loches, se fait par le côté (lire en page 7). Une fois la porte passée, puis la tombe d’Agnès Sorel, l’accès à la nef est fermé par des grilles. La cause ? Des fouilles archéologiques y ont commencé à la mi-avril. Initiées par la Ville de Loches et par le Conseil départemental d’Indre-et-Loire, elles doivent tenter de trouver la tombe de Ludovic Sforza, duc de Milan et mécène de Léonard de Vinci. Capturé par l’armée française vers 1500, celui-ci a été jeté au cachot dans le château de Loches. Il est décédé en 1508 et sa tombe n’a jamais été retrouvée. « De toutes les sources historiques contemporaines à sa mort, aucune n’indique clairement où il est enterré, explique Pierre Papin, archéologue du service départemental en charge des fouilles. On sait juste qu’il l’a été avec tous les honneurs dus à un prince, dans un tombeau anonyme non élevé. » Il existe tout de même deux hypothèses sur la localisation de la tombe : « sous le crucifix de l’église du château de Loches », à savoir la collégiale Saint-Ours, et « dans le bas-côté septentrional » de l’édifice. Les deux proviennent de descriptions, d’échanges épistolaires, voire peut-être de tradition orale, mais aucune ne précise les sources de son information. Mais la première, reprise plus souvent, a retenu l’attention des quatre archéologues. À l’aide d’un plan daté de 1771, ils ont réussi à définir où devait se trouver le fameux crucifix, à l’époque romane, juste à côté de l’autel du crucifix, aujourd’hui disparu, sous l’actuelle nef. Sur 30 m2 environ, les scientifiques ont déposé les salles sur le sol pour découvrir le dallage ancien, de l’époque romane (XI-XIIe siècles), sous lequel se trouvent plusieurs tombes.


    « Il faut tordre les clichés sur les fouilles archéologiques » Pierre Papin, archéologue 


    Une sépulture intriguante

    Quatre fosses de sépultures ont été identifiées. Parmi elles, celle du baron Roland de l’Escaouette, capitaine du château de Loches, dont on savait qu’il avait été enterré là au XVe siècle. À l’époque, une plaque de cuivre la recouvrait et quelqu’un l’a fait reproduire avec un nouvel indice : la tombe de Sforza se trouverait « en dessous » de celle du baron. Mais si c’était si simple, les archéologues n’auraient pas eu tant d’intrigues lors des fouilles. « Dans chaque fosse, on trouve plusieurs squelettes, deux voire trois crânes, des fémurs, des humérus..., décrit Pierre Papin. À l’époque médiévale, une tombe pouvait être ouverte de nouveau, les os poussés dans un coin pour y replacer un macchabée. » Dans les trous des fouilles, on peut découvrir, notamment, les traces noircies de l’emplacement de cercueil en bois. Reste qu’une des fosses retient particulièrement l’attention de l’archéologue. Située juste à côté de celle du baron, postérieure à la mort de ce dernier, pile en face de l’ancien crucifix, l’équipe scientifique y a retrouvé « au moins trois pots funéraires » à encens et des squelettes... Et si c’était celle recherchée ?

    Évidemment, en regardant les fouilles de Saint-Ours, certains peuvent se montrer déçus. Ici, loin de l’imaginaire, pas question de trésor, de caveau doré et d’inscriptions sur les murs. « Il faut tordre les clichés sur les fouilles archéologiques. Dans une église ou un cimetière médiéval, ce n’est pas comme dans une pyramide en Égypte, lance Pierre Papin. À l’époque médiévale, très peu d’objets étaient mis dans les sépultures, et les morts étaient enterrés nus. Ce qui rend compliquée l’identification. » Les études de plans, d’informations sur le contexte, sur l’histoire de Sforza, sur celle de l’édifice, sur les différentes couches archéologiques (le sol, les dalles, la terre, etc) ont été plus que nécessaires. La dernière semaine des fouilles a donc permis aux archéologues de pousser plus loin ses premières fouilles en la collégiale Saint-Ours. Ils ont tenté de découvrir les anciennes fondations de l’église disparue, celle fondée au Xe siècle, elle-même installée sur une église du Ve siècle. « C’est une opportunité unique de pouvoir étudier la stratigraphie du site, affirme Pierre Papin. On collecte des informations inédites sur la collégiale mais aussi sur le château de Loches. » 

    Et après... ?

    Une fois les fouilles archéologiques terminées, à la fin de la semaine, si certains éléments semblent prégnants, les scientifiques vont passer aux analyses en laboratoire. Il s’agit d’une partie moins connue car inaccessible du travail archéologique. Pourtant, elle est primordiale. Dans un premier temps, des échantillons d’os, de terre, pourraient permettre de dater la sépulture « sur une tranche de cent ans ». Puis, d’autres pourraient informer sur le sexe des personnes enterrées là et donner une estimation de l’âge du décès. « S’il s’agit d’un homme, d’environ 55 ans, mis en terre vers 1500, des analyses plus précises seront réalisées afin de découvrir les valeurs isotopiques* du mort, avance Pierre Papin. Enfin, la toute dernière étape s’appelle la paléogénétique, c’est-à-dire la recherche de l’ADN. Mais tout ça va durer des mois. »

    D’autant qu’une troisième hypothèse peut également naître dans nos esprits : et si le tombeau de Sforza n’était pas du tout dans la collégiale Saint-Ours de Loches ? 

    * Les valeurs isotopiques montrent, grâce à ce que contiennent les os, les caractéristiques du lieu de vie (eau bue, nourriture mangée, etc) du mort. Ces caractéristiques changent selon les régions du monde.

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        L’ÉDIFICE A BESOIN DE TRAVAUX

        Au cœur de la cité royale de Loches, la collégiale Saint-Ours date principalement du XIIe siècle. Cette année, un programme de restauration et de sauvegarde est lancé par la Ville. Il doit s’étirer pendant plusieurs années. Claire Seznec

        Commencée vers l’an 965 par le comte d’Anjou Geoffroy Grosegonelle, père de Foulques Nerra, la collégiale Saint-Ours de Loches a évolué le temps de deux siècles : l’édifice principal a été construit dans la moitié du XIe siècle ; mais il a été agrandi lors d’importants travaux entrepris par le prieur Thomas Pactius, lui donnant un véritable aspect roman. Son architecture comprend notamment des éléments « exceptionnels » dont un portail polychrome sculpté de personnes et d’animaux fantastiques, portail considéré comme « le mieux conservé de Touraine », et deux pyramides octogonales creuses, les « dubes » couvrant la nef, « une particularité unique en France ». Dans la collégiale se trouve le tombeau d’Agnès Sorel, la favorite de Charles VII, surmonté d’un gisant en albâtre. En 2015, ce dernier a été restauré suite à une étude sur son état de conservation. Cette fameuse étude en a amené une autre, sur l’état global de la collégiale. Le diagnostic est alors tombé : il faut faire des travaux pour la sauver. En 2019, la Ville de Loches s’est donc engagée dans un programme de restauration et de sauvegarde du monument.

        Tout semble à restaurer

        Soutenue par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), par le Département d’Indre-et-Loire et encore par la Fondation du Patrimoine, la commune recherche encore des soutiens, le coût de la rénovation de la collégiale s’élevant à plus de 6 millions d’euros... Car les travaux vont se dérouler en plusieurs endroits : à l’intérieur et à l’extérieur des dubes pour les rendre étanches ; sur le portail où la couche picturale doit être consolidée, nettoyée et parfois remise en couleurs à l’aquarelle pour une « lisibilité convenable » ; sur les vitraux signés « Lobin », restaurés à l’identique ; sur l’orgue, dont la mécanique doit être reconstruite ; mais aussi sur les murs intérieurs et extérieurs du bâtiment, là où se trouvent les parements dont certaines pierres de tuffeau risquent de chuter à un moment donné. La flèche du clocher est également fragile, faute d’étanchéité. Le clocher entier doit être remis à neuf. Et la liste des parties à restaurer est non-exhaustive puisque d’autres éléments intérieurs et extérieurs s’y greffent.

        Tentant le tout pour le tout, la Ville de Loches a déposé une candidature « au repérage du patrimoine en péril, initié par la Mission Stéphane Bern ». Elle espère être éligible à un prochain potentiel Loto du Patrimoine. 

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        • 6 millions d’euros

          C’est le montant total minimum des travaux engagés pour les prochaines années à la collégiale Saint-Ours de Loches.