Les Brèves

    « CHACUN DOIT CONTRIBUER À LA TRANSITION »

    INTERVIEW

    Charles Fournier, vice-président délégué à la transition énergétique et citoyenne (Région Centre-Val de Loire)

    En avril, la Région Centre-Val de Loire a organisé des réunions publiques afin de créer une COP régionale à l’image des COP mondiales sur l’environnement. L’idée ? Trouver des solutions pour concrétiser, sur notre territoire, les ambitions nationales. Un accord régional doit même être signé en ce sens au mois de décembre. Explications. propos recueillis par Claire Seznec.


    La Région Centre-Val de Loire souhaite lancer une COP régionale. Qu’est-ce que c’est ?

    La COP mondiale doit fixer les ambitions pour le climat à l’échelle mondiale. Notre COP régionale repose sur le même principe d’échanges entre plusieurs acteurs, mais elle tend à traduire les objectifs en actes. Il s’agit de relever le défi climatique, d’accélérer la transition écologique. On va faire un pas en avant, pour aller plus vite, et un pas de côté, en faisant autrement.

    Qui va participer à cette COP ?

    Il y a cinq parties prenantes : les acteurs publics (collectivités, État Ademe…), les acteurs économiques (de la plus petite à la plus grande entreprise), les acteurs financiers (banques publiques comme privées), les acteurs de l’éducation, de la culture et de la recherche et enfin les citoyens, qu’ils soient individuels ou en associations.

    Pourquoi vouloir grouper ces acteurs si différents ?

    Car chacun doit contribuer de manière juste à la transition écologique. Ce n’est pas une obligation, mais tout le monde doit être fier d’être partie prenante. D’autant plus qu’on a besoin de débats entre tous les acteurs afin de sortir des cloisons dans lesquels ils s’enferment.


    on ne va pas s’en sortir uniquement avec des écolo-gestes

    Comment permettre aux éventuels participants de se rencontrer ?

    Trois outils de participation sont mis en place. Tout d’abord, les entreprises et les collectivités peuvent être ambassadeurs de la COP régionale afin d’en être le relais. Ensuite, certains événements vont être labellisés dans le cadre de la COP. Enfin, des ateliers citoyens locaux vont être créés. Déjà, des réunions publiques se sont déroulées dans les six départements du Centre-Val de Loire. À Tours, environ 250 personnes se sont déplacées.

    Finalement, la COP régionale n’est-elle que synonyme de discussions ?

    Non, il faut s’engager. Nous allons notamment nous rendre dans les 80 communautés de communes afin de leur communiquer des formulaires d’engagement, d’expliquer aux élus qu’il faut agir maintenant, que ce soit au niveau des collectivités comme au niveau des entreprises. Ça peut concerner les transports des salariés, l’alimentation, l’énergie utilisée dans les bureaux. Tous les engagements vont être listés en mis à l’honneur. Il faut évidemment que ces engagements soient respectés.

    Y a-t-il déjà un exemple concret ?

    Dans notre région, la consommation énergétique augmente. C’est un problème. Nous devons travailler sur une stratégie de sobriété énergétique. Les usages de l’énergie doivent évoluer et il y a beaucoup de possibilités. En Centre-Val de Loire, une expérimentation pousse les entreprises de sept zones d’activités à coopérer autour de leur flux d’énergie, d’eau et de déchets. Maintenant, il faut trouver comment passer à l’action pour les diminuer.

    Vous parliez également d’éducation. Des actions sont-elles prévues dans les écoles ?

    Nous avons comme projet de lancer des défis entre les lycées de la région. Les établissements vont lancer des mini-COP et travailler sur des sujets tels le déplacement des élèves, l’alimentation dans les cantines… Au niveau mondial, les jeunes s’interrogent et se mobilisent. On l’a encore vu vendredi dernier.

    Qu’est-il prévu pour tout à chacun ?

    L’association WWF est partenaire de la COP régionale. Dans ce cadre, nous invitons les citoyens à télécharger l’application WAG (We act for good) qui permet de se lancer des défis écologiques et, surtout, de trouver des ressources pour les réussir. Nous sommes en train de finaliser un groupe spécial pour la région. Tous les défis et les engagements pris sur l’application vont être comptabilisés et inscrits dans l’accord.

    Quand va-t-il être pris, ce fameux accord ?

    On espère qu’il sera prêt au mois de décembre. Pour le faire, un « Climathon » va être créé pour permettre des avancées sur les sujets climatiques pendant trois jours, non-stop. On a besoin de ça, on a besoin de dépasser ce qu’on fait d’ordinaire. L’objectif est de répondre à une question cruciale : comment suivre les engagements pris ? Un conseil scientifique va apporter son regard et superviser l’accord. Ensuite, ce dernier va être présenté et affiné lors de réunions publiques à travers toute la région.

    L’accord va-t-il se calquer sur les objectifs environnementaux des villes ?

    Il ne doit pas ajouter des éléments contraignants mais doit mettre en liaison les différentes dynamiques existantes. Parfois, en raisonnant avec un cabinet d’experts, on se limite. La situation climatique actuelle demande de l’ouverture. La COP régionale va donc les compléter.

    Pourquoi inventer une COP régionale en 2019 ?

    L’été dernier (2018), les médias ont beaucoup parlé du jour de dépassement. Puis, Nicolas Hulot a démissionné. Les Français se sont rendu compte qu’il se passe quelque chose. La prise de conscience s’est élargie. Mais quand on regarde les trajectoires mondiales et nationales, on constate encore un écart entre là où on est et là où on devrait être en termes d’écologie. On doit aller plus vite, plus loin.

    N’est-il pas trop tard ?

    Ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas s’en sortir uniquement avec des écolo-gestes ! Il faut donner un cadre pour se mettre en mouvement. Les territoires sont les bons lieux pour que les ambitions se concrétisent. On ne va pas révolutionner le climat en Centre-Val de Loire. Mais on ne change pas le monde sans les gens. Ça dépasse largement notre modèle et nos pratiques courantes. Pour changer, il faut s’organiser. 

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      • 1 000

        jeunes environ défilent dans les rues de Tours pour le climat chaque mois.

      « TOUTE INITIATIVE EST BONNE »

      Échos citoyens

      En attendant la prochaine marche pour le climat, les associations et les lycéens se mobilisent pour « la transition énergétique ». Ils reviennent sur le plan climat de Tours Métropole. Claire Seznec

      En 2018, la Touraine a vécu l’année la plus chaude jamais enregistrée avec 3 degrés au-dessus de la normale. Entre les pluies diluviennes et les périodes caniculaires, notre département a souffert et risque bien de souffrir encore cette année. En fin de semaine dernière et début de cette semaine, nous avons tout de même gagné puis perdu 10°C en quelques jours. Alors la COP régionale initiée en Centre-Val de Loire va-t-elle fédérer les habitants, les entreprises et les associations d’Indre-et-Loire ? « Toute initiative est bonne pour l’environnement », déclare-t-on au sein du collectif Touraine Climat qui regroupe une vingtaine d’associations (Greenpeace, Attac, Zéro déchet, Sortir du nucléaire...). En attendant, le collectif reste sur ses gardes au niveau local : en mai dernier, il a été invité à examiner le plan climat 2011-2014 de Tours Métropole... Un mois après le vote de celui-ci. « Les objectifs de ce plan visaient à réduire de 8 % les émissions de CO2 en 2014 puis de 20 % d’ici 2020, a-t-il expliqué le temps d’une conférence de presse. Mais nous n’avons aucun bilan officiel sur les 56 actions prévues dans le plan climat. Nous attendions des données quantifiables. » Un autre rendez-vous pourrait être pris pour la fin du mois de juin ; puis un autre, à l’automne, afin de définir le prochain plan. Les lycéens eux-mêmes sont déçus. Dans le mouvement « Pas de printemps silencieux », les jeunes tourangeaux estiment que « le sujet, c’est la transition énergétique » et pas le développement durable, « une notion des années 1990 ». 

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      • EN DIRECT

        Courçay

        Le projet de méthanisation inquiète

        Dans le Lochois, une centrale de méthanisation pourrait être construite par la SAS Méthamorphose Biogaz. Pour Benoît Latour, agriculteur et président de la SAS, il s’agit de répondre à « un enjeu de société » et de faire de « l’économie circulaire » en valorisant les produits agricoles pour produire de « l’énergie verte consommée localement ». L’usine doit traiter environ 19 000 tonnes de matières par an et pourrait alimenter 1 700 foyers en gaz. Mais il doit s’implanter à 500 mètres des habitations du village de Courçay, au lieu dit « Le Pas de la mule » précisément. Et les riverains sont vent debout contre le projet. S’ils ne sont pas contre la méthanisation, ils sont surtout opposés à un projet si proche des maisons. Ils auraient préféré que l’usine s’installe plus loin. Ils ont lancé une pétition sur le site Change.org. Actuellement, un peu plus de 800 personnes ont signé contre l’unité de méthanisation de Courçay. Si le projet est accepté par la préfecture d’Indre-et-Loire, le collectif de riverain n’exclut pas d’engager des recours.

        Tours

        Des amendes contre la pollution

        Depuis le mois de septembre dernier, la Ville de Tours s’est dotée d’une brigade verte. Dans un premier temps, les huit agents ont sensibilisé les citoyens aux bonnes pratiques et aux bons gestes (jeter les papiers dans une poubelle, jeter son mégot dans un cendrier ou une poubelle, éviter les dépôts sauvages). Depuis le mois de mars, ils peuvent désormais verbaliser les auteurs d’incivilités. Voici quelques contraventions possibles :

        • jet de mégots et chewing-gums : 68 €

        • jet de papiers sur la voie publique : 68 €

        • déjections canines non ramassées : 68 €

        • dépôts sauvages et abandons d’encombrants : 68 €

        • bac à déchets non rentré : 35 €

        Reste que dans certains quartiers de la ville, les agents ne semblent pas passer. Ou du moins, pas assez.

        Tours Métropole

        La chaufferie biomasse se construit

        Lundi dernier, la première pierre de la chaufferie biomasse installée dans la zone industrielle du Menneton, à Tours, a été posée. L’objectif est de « chauffer l’ouest de la métropole » tourangelle avec de l’énergie verte. Plus précisément, le réseau de chaleur va investir les hôpitaux Clocheville et Bretonneau, l’Hôtel de Ville de Tours, l’Université, les logements Tours Habitat, les gymnases, les crèches et encore les écoles de cette zone. L’énergie produite doit être « à 73 % renouvelable » et devrait être composée de bois issu des forêts locales, ce qui pose d’ailleurs un problème de densité forestière : « 26 600 tonnes de bois » vont être prélevés chaque année « dans un rayon de 100 km » et 1 000 tonnes de pépins de raisin seront également fournies par une entreprise.

        Le projet doit s’achever en 2023.

        Indre-et-Loire

        Les plus jeunes inventent demain

        La finale départementale du concours Ecoloustics a été remportée par trois classes d’Indre-et-Loire : les CE2-CM1 de l’école Yvan Pommaux (Draché), les CM1 d’André Cravatte (Perrusson) et les 6e5 du collège Léonard de Vinci (Tours). Ce concours, organisé par le Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire (SIEIL), se donne comme objectif de sensibiliser les jeunes à la transition énergétique. Dans ce cadre, chaque classe a présenté un projet innovant. Pour exemple, les élèves lauréats de Drahcé ont imaginé « un mur anti bruit fait de panneaux solaires le long de la ligne LGV qui traverse la commune », une idée jamais développée jusqu’à présent.