Les Brèves

    « ÊTRE ENTRE FEMMES RASSURE »

    Victimes de violences

    Depuis douze ans, l’accueil de jour Interm’Aide, géré par le Secours Catholique, offre un espace de sérénité et de repos aux femmes tourangelles précaires et victimes de violences. Au premier semestre, une centaine d’entre elles ont déjà franchi la porte de l’établissement. Claire Seznec

    Chercher un refuge, une soupape, une écoute. Lorsqu’une femme subit des violences physiques et/ou psychologiques de la part de son conjoint et/ou de sa famille, elle a parfois des difficultés à partir. Pour aller où ? Vers qui ? Le sentiment d’isolement se déclenche rapidement. À Tours, l’accueil de jour Interm’Aide, géré par le Secours Catholique, accueille depuis douze ans les femmes en précarité, isolées, avec ou sans enfant. Depuis plusieurs années, il contribue à la lutte contre les violences faites aux femmes. « C’est un lieu où elles peuvent venir se mettre à l’abri la journée, explique Bénédicte Delavault, en charge d’Interm’Aide. Elles peuvent également être orientées vers des partenaires dans leurs parcours juridiques, administratifs ou psychologiques. » Car ces victimes sont « cassées », fatiguées psychologiquement. Sur la centaine de femmes accueillies au premier semestre de cette année, la moitié raconte des faits de violences dont encore la moitié (soit environ 25 % de l’ensemble des femmes) de violences subies en France. Au sein d’Interm’Aide, elles trouvent le temps de boire un café, de se poser, de cuisiner, de laver leur linge, de participer à des activités

    Un accueil 100 % féminin

    Dans l’accueil de jour, il y a toujours du monde. « C’est un lieu vivant, animé, parfois bruyant, souligne Bénédicte Delavault. Ce brouhaha, notamment dû aux bébés, peut être fatigant mais pour beaucoup de femmes accueillies, cette ambiance a quelque chose de rassurant. » Ce qu’elles recherchent ? Un soutien, une compréhension. La quarantaine de bénévoles d’Interm’Aide soulage, aussi, les victimes. La solidarité semble intuitive dans ce lieu dédié uniquement aux femmes. Ensemble, elles se sentent en sécurité, libres de vivre, libres de parler, d’échanger, de laisser de côté la terreur qui les étreint. « Quand une femme est fragilisée, notamment dans la grande précarité, elle fuit les lieux mixtes, même pour les repas, explique-t-on au Secours Catholique. Proposer un accueil strictement féminin est important. Être entre femmes rassure. » Après et pendant un parcours compliqué, avec un difficile et souvent urgent départ du domicile conjugal, les victimes de violences tentent d’envisager l’avenir avec sérénité. Il faut se retrouver au milieu des procédures pour être logées, pour trouver du travail, pour garantir la sécurité des enfants. L’accueil de jour du Secours Catholique les aide à voir le positif de la vie et à se reconstruire. Les bénévoles les épaulent afin qu’elles ne baissent pas les bras et qu’elles s’accommodent, finalement de la violence physique et/ou psychologique de leurs conjoints. 

    + d'infos

    Vous avez besoin d’aide ? Situé au 37 rue de la Fuye, à Tours, l’accueil de jour Interm’Aide est ouvert du lundi au samedi de 9 h 30 à 17 h 30 et le dimanche après-midi. Il offre un accueil inconditionnel, sans inscription.

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    • Plus de 100

      femmes ont été accueillies à Interm’Aide au 1er semestre 2019

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      À LA SOURCE DE LA BRUTALITÉ

      Auteurs de violences conjugales

      à Tours, le dispositif Athoba, géré par Entraide & Solidarités, prend en charge des thérapies pour les hommes auteurs de violences conjugales. C’est le seul en région Centre-Val de Loire. C.S.

      Dans le pôle santé de l’association Entraide & Solidarités, une équipe de psychologues cliniciennes spécialistes des psychotraumatismes et des violences conjugales œuvre depuis douze ans. Chaque année, elle prend en charge une soixantaine d’auteurs de violences conjugales orientés par la justice tourangelle. Depuis 2016, le dispositif, nommé Athoba, accueille également les femmes auteures de ces violences même si elles ne représentent qu’1 % des auteurs. « Il est important de libérer la parole des victimes mais aussi celle des auteurs, affirme Véronique Livera, responsable du secteur santé de l’association et à l’initiative d’Athoba. S’ils ne s’expriment pas, la cause des femmes n’avancera pas. »


      « il est important de libérer la parole des victimes mais aussi celle des auteurs de violences conjugales » Véronique Livera, à l’initiative d’Athoba

      Jusqu’à 95 % de non-récidive

      Plusieurs actions sont menées pour amener les auteurs de violences conjugales à réfléchir sur le couple et sur ce qui amène leur violence : la prise en charge clinique individuelle, les stages de sensibilisation, et les groupes de parole. Ceux-ci sont le volet principal d’Athoba. Ils poussent à la responsabilisation. « L’intérêt est qu’il y a une écoute mutuelle, un sentiment de cohésion, précise Véronique Livera. Quelqu’un qui arrive peut sentir de l’espoir en voyant ceux qui ont progressé sur le sujet. » Ces groupes permettent, à terme, de réduire la récidive des hommes violents, que ce soit envers leur compagne actuelle ou les futures. Chaque auteur du dispositif est aussi évincé du domicile conjugal et installé dans un appartement. En une dizaine d'années, le taux de non récidive des anciens auteurs de violences conjugales passés par Athoba oscille entre 90 et 95 %. « Ça s’avère assez efficace, souligne la responsable. Pourtant, le gouvernement a bloqué les subventions pour ce genre de dispositif à destination des auteurs... En plein Grenelle contre les violences conjugales, c’est paradoxal. » Malgré l’engagement de la préfète et du procureur d’Indre-et-Loire, Athoba a un budget déficitaire depuis plusieurs années. Le dispositif se heurte à des difficultés pour pérenniser ses actions. 

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